dimanche 21 décembre 2014

Guardiola, en vert et or (Rétro 2014)


On nous avait annoncé dès le début de l'année que l'histoire des toros de Guardiola touchait à sa fin. Cela faisait déjà plusieurs saisons, pour ne pas dire une bonne décennie, que les Guardiolas avaient commencé à disparaître des affiches. 
Sondez plusieurs générations d'aficionados, et ils vous diront la plupart que parmi les toros les plus braves qu'ils ont pu admirer, il y a forcément des Guardiolas. Aux quatre coins du planisphère taurin, dans de nombreuses ferias et corridas-concours, le tableau de chasse des Guardiolas est impressionnant. Et il y a, comme repère le plus célèbre, les fameuses corridas dites du "Lunes de resaca" de la feria de Séville. 
En 2014, le destin semble scellé et la poussière promise aux derniers toros de Guardiola vivant sur les terres d'El Toruño, à Utrera. 
Il faut dire qu'à l'apogée de son histoire, Guardiola était un nom générique. On comptait quatre fers différents : deux d'encaste Villamarta, celui des Herederos de Salvador Guardiola Fantoni ainsi que celui des Señores Guardiola Domínguez ; et deux d'encaste Pedrajas : Herederos de Salvador Guardiola Domínguez... et l'inévitable et savoureux María Luisa Domínguez Pérez de Vargas. 
En 2002, le célèbre mayoral de la maison, Luis Saavedra, dont Jacques Durand disait qu'il menait avec ses toros un "Entretien infini", est décédé. En octobre 2011, c'est Alfonso Guardiola, le propriétaire, qui a quitté ce monde, à quarante-huit heures d'intervalle avec Antonio Chenel "Antoñete". 
Pour le mois d'août 2014, une novillada de Guardiola Fantoni, le dernier fer en lice de la maison, était annoncée à Parentis. Des Villamartas appartenant à cette devise rescapée, on avait récemment vu des sorties plus âpres et compliquées que braves, et plus défensives qu'offensives. 
On ne savait donc pas vraiment à quoi s'attendre de cette "dernière" novillada, combattue à Parentis. Les deux premiers novillos, "Músico" et "Felpillo", confirmèrent la tendance des ultimes saisons. En revanche, les quatre autres, "Cipotillo", "Finanza", "Violin" et "Preferido", furent exceptionnels. 
Au total, la novillada de Guardiola ira dix-neuf fois à la pique sans se faire prier. De présentation, c'était un magnifique lot de novillos, sans excès, parfaitement charpenté, aux pelages noirs parsemés de tâches blanches. 
Une novillada brave, mobile, encastée, exigeante, et qui s'est grandie au cours du combat. Lorsque le troisième novillo, "Cipotillo", a envoyé toute sa force et sa bravoure lors de la première pique, on avait compris. 
Les novillos répondaient à la moindre sollicitation à la pique comme à la muleta, avec des charges lointaines. Face au sixième, de pelage berrendo, le vénézuélien César Valencia coupa deux oreilles. 
Durant sa faena, la pluie commença à tomber. Une averse froide, comme un présage pour un élevage que l'on ne veut surtout pas voir disparaître. Et si au fond, pouvait-il encore exister un espoir ? 
Aucun novillo cet après-midi là n'eut les honneurs de la vuelta posthume. Mais si deux d'entre eux avaient eu un mouchoir bleu, on n'aurait absolument rien trouvé d'abusé et d'excessif. Ce fut une splendide novillada. Et au final, c'est le mayoral qui donna un tour de piste. 
A Parentis, de la devise verte et or de Guardiola Fantoni, le vert rappelait la forêt des pins des Landes, et l'or le sable de son littoral.


Florent

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