samedi 20 décembre 2014

Rafaelillo, torero du Plumaçon (Rétro 2014)


L'une des corridas les plus passionnantes de l'été aura été celle de Miura lors des fêtes de la Madeleine. Il y avait à Mont-de-Marsan, le dimanche 20 juillet, un parfum de grande Miurada, avec tout ce que l'on est en mesure d'attendre de cet élevage mythique. Une légende qui parfois s'estompe, mais qui chaque année livre en certains endroits des toros qui donnent l'envie d'y croire, encore et encore... 
Au Plumaçon, les toros de Miura, aux carrosseries ferroviaires, ont rencontré un Rafaelillo dans sa plénitude.
Rafaelillo, c'est l'étiquette des toreros vaillants et bagarreurs. Depuis 2010, on a pu se dire que la motivation de ce torero était parfois émoussée. Et pour cause, à Las Ventas en 2010, Rafaelillo aurait dû ouvrir la grande porte devant une corrida de Dolores Aguirre. Mais la présidence a fermé la porte, laissant seulement à Rafaelillo un tour de piste et une oreille. Un sentiment amer, et peut-être l'impression de ne jamais avoir été aussi près de ce triomphe à Madrid... Mais sa carrière a continué comme si de rien n'était. 
A chaque fois qu'il torée à Mont-de-Marsan, on le découvre comme transfiguré. Ce n'est pas un hasard. 
Au Plumaçon, à près de 1000 kilomètres de chez lui, il entretient une belle histoire. Au fond, peut-être que Mont-de-Marsan est l'arène où il se sent le plus en confiance. 
Tout juste âgé de quatorze ans, dans un habit fuchsia et noir, Rafaelillo coupa trois oreilles et une queue au Plumaçon le 22 juillet 1993 face à des erales de Martínez Elizondo, propriété de la famille Chopera. Un an plus tard, le 21 juillet 1994, en blanc et or, ce sont trois autres oreilles lors d'une novillada non piquée face au même élevage. 
Deux prouesses qui, ironie de l'histoire, ne pourraient guère se produire à l'heure actuelle, puisque l'âge légal pour toréer ainsi en habit de lumières est de seize ans.
Mais ces deux novilladas étaient suffisantes pour forger des repères en ces lieux. Bien longtemps après, le 20 juillet 2008, Rafaelillo torée pour la première fois au Plumaçon en tant que matador, face aux toros de Miura, et coupe deux oreilles après une estocade magistrale. 
En 2010, la Miurada n'a ni plumage ni ramage, elle est médiocre, mais Rafaelillo donne deux tours de piste et laisse une belle impression malgré les conditions défavorables. 
En 2013, c'est le mano a mano avec Robleño face aux toros d'Escolar Gil, et des naturelles de face extraordinaires au premier toro de l'après-midi. 
Dimanche 20 juillet 2014, on l'a bien compris, Rafaelillo est ici comme dans son jardin. Cet homme d'un mètre 65 seulement n'est pas inquiet à l'idée de défier les toros de Miura une fois de plus. Par ailleurs, il est probablement le torero le plus expérimenté de nos jours face à cet élevage. 
Les toros de Miura et leurs charpentes interminables sont braves à la pique, puis difficiles, avisés, dangereux, rugueux, et tout ce que tu veux. 
C'est une corrida sous tension dont se dégage une chaleur moite. Celle de la sueur et du moindre faux pas interdit. Rafaelillo étale une courageuse tauromachie en mouvements, tout d'abord lors d'un premier combat mémorable. A plusieurs reprises, le torero a réussi à oublier l'adversité, avec l'exploit de toréer relâché. L'arène est un ring sous atmosphère électrique, et Rafaelillo est maître dans le jeu des esquives. Vers 18 heures 30, comme une lettre à la poste face à un toro plus grand que lui, il enverra une estocade d'anthologie. 

Florent

(Image : Rafaelillo le 22 juillet 1993 – Archives de la Peña Escalier 6 de Mont-de-Marsan)

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