vendredi 19 décembre 2014

Tomás Angulo respire encore (Rétro 2014)

Orthez. Dimanche 27 juillet. 
Hechicero, numéro 30, est le deuxième novillo de la matinée. Il porte sur sa cuisse le fer de Valdellán. Un élevage prometteur d'encaste Graciliano, un sang rare et précieux, dont on a pu se délecter en 2013 à Vic-Fezensac. 
Hechicero est un excellent novillo. Il n'a peut-être pas été mis en valeur tel qu'on l'aurait aimé au premier tiers. Mais il n'empêche qu'avant le début de la faena, il garde tout son allant et ses qualités. 
Face à lui, le novillero Tomás Angulo ne cherche pas d'échappatoire pour débuter le combat. Ce sont des cites de loin, au centre de la piste, sans jamais bouger les chevilles. Le début de faena est audacieux, et se poursuit sur une bonne note. 
Quelques minutes plus tard, et c'est normal, la faena retombe en intensité. Dans tous les cas, cet intéressant combat est bientôt terminé. 
C'est alors que vient une erreur d'inattention dont jusqu'alors on aurait ignoré la portée. 
Hechicero accroche Tomás Angulo de face avant de le projeter dans les airs. La chute est terrible. Il semble que l'on ait entendu le bruit d'un corps brisé. Au sol, le novillero est complètement inerte. 
Tomás Angulo pourrait être mort. A cet instant, cette pensée qui vient heurter l'esprit est terrible. On se sent comme voyeur, mal à l'aise. Ce sont pourtant des choses qui peuvent arriver. Mais putain, pas ce matin s'il vous plaît, pas à Orthez. On aimerait faire un bond de quinze secondes en arrière et que le sort épargne ce jeune homme de vingt-deux ans. 
Il est midi, le soleil tape fort, et aucune ombre ne peut masquer cette scène glaçante et terrifiante. Angulo est désarticulé, il a du sang sur le visage, et le bruit de sa cogida a été monstrueux. Déjà, avant même qu'il n'ait été emmené à l'infirmerie, on pense au bruit de la sirène de l'ambulance qui résonnera dans tous les sens. 
A peine trois minutes plus tard, l'incroyable se produit, puisque la silhouette de Tomás Angulo ressort de l'infirmerie. Il y a là comme un parfum de miracle. 
Angulo, commotionné, se reprend. Il monte l'épée et porte une estocade légèrement sur le côté, mais qui sera suffisante. 
Trois mouchoirs fleurissent ensuite au balcon présidentiel. Deux oreilles pour Angulo, et un mouchoir bleu pour Hechicero. 
Affirmer a posteriori que la présidence a été sensible face à un simple fait de jeu, c'est être d'un froid qui n'aurait rien à envier à la Scandinavie. A ce moment-là, il n'y a plus aucune échelle de valeurs qui puisse raisonnablement exister. Le violent accrochage n'était pas un simple fait de jeu, mais le tournant du match. 
Pour exorciser l'accident, on offre les deux oreilles à ce jeune homme venu d'Extrémadure. Et il serait bien honteux de venir s'en offusquer. Qu'importe la récompense, nous saluons ici ton extrême pundonor. Et ces deux oreilles étaient peut-être le meilleur des remèdes. 

Florent

(Image de Laurent Larrieu, Campos y Ruedos)

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