jeudi 18 décembre 2014

"Vole comme un papillon... et pique comme une abeille" (Rétro 2014)


Le geste d'Iván Fandiño, le 13 mai à Madrid, est à coup sûr le geste de l'année. 
Fandiño mène une carrière des plus étranges. Quand il était novillero, il pesait presque 100 kg. Mais aucune image n'est restée de cette période. Fandiño était anonyme, comme il l'a ensuite été lors de ses premières années de matador. Avant qu'un jour ne vienne le déclic...

Fandiño est un torero du Nord. Il est d'Orduña, au Pays Basque, mais possède également des origines galiciennes, cette merveilleuse région de l'Ouest de l'Espagne où les aficionados n'ont guère l'habitude de s'aventurer. Pourtant, pour ses paysages et son caractère singulier, la Galice mérite le coup d'oeil. 

Fandiño est un torero du Nord, puissant, rugueux, et il arrive parfois qu'on le moque pour son manque de douceur. On conteste aussi ses choix de vouloir affronter les mêmes élevages que les vedettes, et de renier les toros puissants, face auxquels sa tauromachie prend tout son sens. 

Car Fandiño est un torero hors-normes, capable de mettre la jambe sans douter un seul instant. 
A Madrid le 13 mai, il torée très bien deux toros encastés de Parladé. Au deuxième toro de l'après-midi, il coupe une oreille. Au cinquième, sa faena vaut bien une autre belle oreille... à condition de porter une bonne estocade. 
Pas de soucis quand on connaît l'engagement de Fandiño au moment de porter l'épée. En fin de faena, face à "Rapiñador", ce cinquième Parladé, il n'a jamais été aussi proche de sa première Grande Porte à Las Ventas. Une bonne estocade lui suffit pour repartir avec ce précieux butin. 
Sa saison est déjà très fleurie en contrats, et il n'a rien d'un torero désespéré, qui se verrait dans l'obligation de tout miser à pile ou face. 
Sans calcul, la muleta est alors jetée au sol avant l'estocade. Fandiño part à corps perdu, et pourrait être acheminé vers l'infirmerie en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire. 
Il a décidé, comme ça, en une seconde, de jouer la Grande Porte avec la suerte qu'avait popularisée Antonio José Galán il y a quarante ans. 
Agile dans les airs, Fandiño a réussi avec lucidité ce geste insensé. Et à cet instant, le porter en triomphe était la plus grande des évidences...


Florent

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