jeudi 30 janvier 2014

Le cas Michelito

Samedi dernier, l'empresa des arènes d'Arles a officialisé les affiches en vue de la prochaine feria de Pâques. Parmi celles-ci, il y aura le samedi 19 avril en matinée, une corrida mixte.
Elle verra défiler un rejoneador, un matador et un novillero. En l'occurrence et dans l'ordre, Ginés Cartagena hijo, Michelito Lagravère et Francisco José Espada, devant des toros et des novillos du Niño de la Capea.
Ces derniers jours, la critique taurine s'est par ailleurs faite très discrète sur cette question.

D'emblée, on a pu remarquer que cette corrida mixte venait remplacer la novillada avec picadors habituelle de cette feria. Un point négatif.
En outre, cette affiche mixte proposée vient poser plusieurs interrogations.

Effectivement, elle est la démonstration flagrante que le jeune Michelito Lagravère n'est pas en mesure de figurer dans un cartel en compagnie de deux autres matadors. A fortiori, la présentation médiane des lots de toros en France est généralement respectable.
Or, Michelito Lagravère a pris l'alternative à la fin de l'année 2012, à Mérida au Mexique, et a ensuite toréé des courses dans ce pays ainsi qu'en Amérique du Sud, avec des adversaires au gabarit commode, et sans aucun rapport avec le bétail que l'on voit combattre chez nous à l'âge adulte.

Ce n'est pas faire injure au jeune Michelito Lagravère que de prétendre qu'en Europe (du moins), son niveau est celui d'un jeune novillero.
A Arles, quels seront par ailleurs les "toros" réservés pour l'occasion ?
N'a-t-on pas envisagé de transformer cette affiche en novillada ? Le rang de la novillada avec picadors étant déjà honorable pour ce jeune homme de 16 ans.
Dans un cas bien différent, El Juli, qui lui possédait un bagage technique supérieur à cet âge là, avait toréé pas mal de novilladas en Europe avant de prendre l'alternative en 1998 à Nîmes.

Dans la situation de Michelito, ce sera sa présentation sur notre continent. Auparavant, ce jeune franco-mexicain était venu en 2008 et en 2009 pour toréer des becerradas seulement.
Le programmer ainsi en tant que matador dès maintenant, ce serait reconnaître implicitement son alternative prise en 2012. Et l'hypothèse n'est pas surréaliste, mais les organisateurs pourraient penser à le faire toréer au grade de novillero, avant qu'il ne reçoive plus tard une autre alternative.

Aussi, les corridas mixtes (façon canada dry) en prévision pourraient aisément démontrer que des novilleros avec picadors détiennent une expérience supérieure à celle de Michelito. Que dire alors du potentiel technique... Car de nombreuses novilladas piquées de France et d'Espagne ont un volume beaucoup plus imposant que toutes les corridas que ce jeune torero a affronté jusqu'à présent.
Et sa présentation en tant que matador semble assez (pour ne pas dire "extrêmement") précipitée.

Enfin, vous remarquerez qu'Arles n'est pas une arène de village, puisqu'elle figure en première catégorie au règlement de l'UVTF, ce qui en fait une arène sérieuse. Sérieuse, Arles l'est aussi bien de par son histoire que de par son rang. Pourvu qu'elle continue dans cette lignée...  

Florent

mercredi 29 janvier 2014

Histoires de torils

INTRODUCTION

Le toril est à n'en pas douter l'endroit le plus mystérieux d'une arène. En certains endroits, il s'agit de labyrinthes sans fin, et en d'autres, d'un simple couloir. Mais dans tous les cas, l'obscurité, le silence et l'inconnu y règnent.
Des portes claquent, et les murs sont lacérés de coups de cornes. Parfois, les torils sont des montagnes qui accouchent de souris. Et en d'autres occasions, ce sont des portes étroites qui voient sortir des charpentes splendides et imposantes.

La corrida commence avec le paseo. Mais en réalité, ne commence-t-elle pas pour de vrai lorsque s'ouvre cette fameuse porte ?
Rien qu'en pensant à elle et aux couloirs qu'elle dissimule, le stress et la tension montent.

En hiver, on pense à ces portes de torils, en guise de nostalgie du Printemps et de l'Été passés. A l'heure qu'il est, les torils de France et d'Espagne dorment paisiblement. Silencieux et déserts, ils ne sont pas à cette saison habités par le danger.

Le toril est donc l'endroit le plus mystérieux et le plus secret d'une arène. C'est en ce lieu précis que nos Toros admirés ont été enfermés pour leur dernier voyage.

Il y a des torils qui dorment l'hiver, et aussi des torils qui ne s'ouvriront plus, car définitivement fermés.
Des portes qui s'ouvrent et se ferment. Avec cette série hivernale à venir, intitulée "Histoires de torils", il sera question de souvenirs très divers, de détails, et d'anecdotes... On pourrait parler de cet endroit à l'infini, tellement il y a de mystères. Et à l'inverse de l'arène, le toril n'est pas un lieu à ciel ouvert...

Florent

lundi 27 janvier 2014

El Pana l'éternel

Mexico. Hier, 26 janvier.
A l'âge de 62 ans, le matador Rodolfo Rodríguez "El Pana" fait ses adieux. Ce n'est pas la première fois. Vêtu d'un habit grenat et or, tout se passe mal pour lui, comme prévu.

La chose était prévisible, car le temps s'est arrêté sept ans auparavant. Ce 26 janvier 2014, El Pana affronte des toros de Villa Carmela mal présentés, faibles et décastés. Et c'est Joselito Adame qui se taille un beau succès face à un sobrero de Montecristo. Adame semble en verve en ce moment, sa tauromachie a évolué d'une façon impressionnante en si peu de temps.
El Pana écoute pour sa part des silences, parfois quelques applaudissements, et à d'autres moments des sifflets puissants et des invectives.

Pour ses adieux de 2014, El Pana n'a même pas eu droit aux Golondrinas, la mélodie mélancolique destinée aux despedidas. Ajoutez-y des bajonazos d'anthologie, et toutes les composantes d'un rendez-vous manqué. On avait l'impression que le public attendait encore.

Car sept auparavant, le premier dimanche de l'année 2007, El Pana avait fait de la Plaza Mexico un volcan en ébullition. Ce jour-là, il portait un laid costume rose fané et argent soutaché de noir, qu'aucun becerrista ne rêverait de porter.
Qu'importe l'habit, El Pana livra ce jour-là une prestation unique, exagérée, remplie de postures, mais simplement extraordinaire. A la télévision, les commentateurs s'écriaient à en perdre la voix. "Bien de largo, bien con Rey Mago ! BIEN ! Rodolfooo Rodríguez... EL PANA !".
Ce jour de 2007, El Pana faisait déjà ses adieux. Il avait dédié au micro de la télévision son second toro aux prostituées du monde, ce qui était selon lui "le dernier toro de sa vie de torero".
Mais cette corrida tellement fantastique lui permit de relancer sa carrière.

Depuis, El Pana a toréé à de nombreuses reprises. Un jour, il arriva carrément éméché à un festival et dut être embarqué par la maréchaussée. Il y a deux ans, il fut même hospitalisé à cause d'un état de santé délabré. Le jour de son retour à la Monumental, il avait demandé au ganadero du jour de rebaptiser ses deux toros "Cirrhose" et "Cancer" (!).

Toujours est-il que depuis 2007, le public attend que le miracle se réédite. En vain, et sans trop y croire d'ailleurs. Car il y a sept ans, El Pana a gravé pour la postérité des gestes hors du commun, avec des trincheras et des muletazos au ralenti.

Hier, il est allé poser sa montera au centre de la piste. A l'envers, de manière ostensible, pour contredire toute superstition. Mais il ne s'est rien passé.
En sport, les catégories d'âge sont très strictes. Tandis qu'en tauromachie, tout est toujours très différent. Des sexagénaires peuvent affronter les mêmes toros que des toreros de 25 ans. C'est ainsi.
Hier, tout le monde pensait encore à la prestation de 2007. Sept années sont passées. Cela paraît être une éternité. Le souvenir lui, est toujours aussi vif. Et les gens attendent encore...


Florent

dimanche 19 janvier 2014

Fort de café

Tel que vous le voyez à l'image, le prix au triomphateur de la feria colombienne de Manizales est d'une grande beauté. Il s'agit du trophée "Catedral de Oro", une réplique en or massif de la Cathédrale de Manizales.
Cette année, la Feria du Café de Manizales avait lieu du 5 au 11 janvier avec cinq corridas, une novillada et un festival.

Une fois cette feria terminée, on a pu voir dans de nombreux médias taurins la publication des prix décernés. Or, on remarque que le jury de Manizales est certainement composé de bons humoristes. Voyons la chose en détail.

Torero triomphateur (prix Catedral de Oro) : Pablo Hermoso de Mendoza.
Mendoza était l'un des deux seuls rejoneadors au programme de la feria de Manizales, et il a toréé en compagnie de deux matadors à pied le 8 janvier. Cependant, la coutume veut qu'en de telles circonstances, le rejoneador officie avant les piétons. A fortiori, Pablo Hermoso de Mendoza a prix l'alternative bien avant Manuel Libardo et Iván Fandiño qui l'accompagnaient ce jour-là. C'est ainsi que le centaure a de manière ridicule imposé de toréer en troisième et sixième positions ses adversaires d'Ernesto Gutiérrez.

Meilleure ganadería : Ernesto Gutiérrez.

Meilleur toro : Villancico, d'Ernesto Gutiérrez.
Jusque-là tout va bien, puisqu'il s'agit seulement du nom d'un toro et de son élevage. Cependant, ce toro a été combattu par Pablo Hermoso de Mendoza à cheval le 8 janvier... et a été gracié ! On se doute donc bien de l'importance du tiers de piques pour le jury de la feria, et par la même occasion de la présidence coupable du mouchoir orange.
Il est quand même hallucinant de récompenser un toro pour le rejoneo (par ailleurs gracié !) dans une feria où beaucoup de toros ont été combattus à pied, et de mettre les deux tauromachies au même étage.
Pour la petite histoire, le pauvre Villancico a succombé à ses blessures dès le lendemain, au retour dans son élevage.

Meilleur toreo de cape : El Juli.

Meilleur novillero : Camilo Pinilla.

Meilleure estocade : Santiago Naranjo.
Comme son nom l'indique, le prix El Estoque à la meilleure estocade, a été décerné au matador colombien Santiago Naranjo. Oui mais voilà, Naranjo n'a affronté qu'un seul cornu au cours de cette feria du Café, le jour du festival, et l'a gracié ! Il s'agissait d'un novillo, Juglar, de 406 kg, et également de l'élevage d'Ernesto Gutiérrez. A priori, celui-ci a survécu à ses blessures...

Voici donc un peu d'humour pour bien commencer cette année 2014.
Un jour, le controversé commentateur sportif Thierry Roland, avait dit à propos d'un arbitre "Il devrait être en prison, pas sur un terrain de football". Pour le jury de la feria de Manizales, nous n'irons peut-être pas jusque-là, mais nous n'en sommes pas loin... 

Florent

samedi 18 janvier 2014

Imanol et l'avenir

L'avenir, quelle belle question ! Elle ne semble cependant pas être à l'ordre du jour dans tous les esprits en ce moment. En guise d'illustration, on peut contempler chaque semaine les frasques des vedettes de la tauromachie, qui semblent décidées à contrôler le futur et à avoir toutes les cartes en mains.
Pourtant, il ne s'agit que de quatre ou cinq vedettes. Quatre ou cinq vedettes qui ne sont rien comparées aux centaines de carrières de matadors et de novilleros. Quatre ou cinq vedettes, qui n'affrontent généralement que quatre ou cinq élevages. Quatre ou cinq élevages qui ne sont rien comparés aux centaines de ganaderías existantes.
Mais ainsi vont les choses, on ne se préoccupe guère du futur, et on a l'impression que ces quelques vedettes ont Thomas Malthus comme livre de chevet. Ces toreros veulent tout contrôler. Et dire que certains d'entre eux ont déjà des écoles taurines à leur nom, à leur effigie, tandis qu'ils sont encore en activité !

L'avenir de la corrida, il faudrait davantage s'en préoccuper, sans penser à ces divas qui ne font que du gagne-petit, alors qu'elles pourraient tirer leur compétition vers le haut en tentant des gestes improbables et inédits.

A l'heure qu'il est, je pense à Imanol Sánchez. Je pense a ce tout nouveau matador, car l'évolution de sa carrière est digne et n'a jamais été ornée de cadeaux.
Imanol Sánchez a débuté avec picadors fin 2008 en Navarre. Mais ce n'est que quatre ans plus tard, en 2012, qu'on entendit parler de lui en France. C'est donc cette année-là que nous allions le découvrir. Les aficionados français avaient vaguement eu connaissance de ce novillero courageux, venu d'Aragon. Le baptême du feu eut lieu à Céret.
Avec cette carrière, on réalise combien les arènes françaises sont un tremplin important pour les novilleros. Imanol Sánchez a fait au total sept apparitions en France, avec chaque fois l'envie d'en découdre.
A la fin de l'été dernier, il a pris l'alternative en Aragon. Mais il existe malheureusement un vide entre la carrière de novillero et celle de matador, ce qui fait que certaines promesses partent trop vite aux oubliettes.
Trop souvent, les organisateurs hésitent à engager des matadors nouveaux, et n'osent pas assez. La preuve en France l'an dernier, puisqu'un seul matador s'est présenté dans notre pays sur l'ensemble des corridas célébrées. Il y a comme un malaise.

Parmi tant d'autres, Imanol Sánchez mérite d'avoir une place, et ne doit pas rester comme un simple souvenir. Car c'est un torero à l'ancienne, avec un véritable sens de la lidia, et qui s'entraîne qui plus est face à du bétail... de caste navarraise !
En France, au cours de ses sept apparitions dans le circuit des novilladas, il aura laissé une bien belle impression.

. Céret. 15 juillet 2012.
Dans un habit rouge et noir et sous une forte chaleur, Imanol Sánchez débute en France avec "Fuentecillo" de José Escobar, un novillo encasté et difficile. Ce matin-là, Imanol aura surtout montré du courage, malgré sa technique limitée. Face à "Fuentecillo", il se fit déchirer le bas du costume, se retrouvant avec un pantalon aussi large que ceux des mangas japonais !
S'il connut des difficultés lors de cette novillada cérétane, Imanol Sánchez ne démérita jamais, en plantant les banderilles dans le berceau et en tuant avec sincérité.

. Orthez. 21 juillet 2012.
La vaillance d'Imanol Sánchez dans les trois tiers et son esprit bagarreur se confirment, face à une belle novillada de Fernando Palha.

. Parentis-en-Born. 4 août 2012.
Face aux Valdellán, Imanol Sánchez démontre une tauromachie beaucoup plus aguerrie que le mois précédent. Il met bien en suerte le quatrième ("Partidario") face au cheval, puis torée avec une volonté à toute épreuve. Une faena de bûcheron et une estocade engagée lui permettent d'obtenir la seule oreille.

. Hagetmau. 13 juillet 2013.
Imanol Sánchez coupe deux fois une oreille à ses adversaires d'Alma Serena et Malabat.

. Hagetmau. 4 août 2013.
En ce beau dimanche du mois d'août, Imanol Sánchez affronte une forte novillada de Miura, qui s'avérera intéressante. Le premier, brave et puissant, se brise un sabot pendant la lidia, et Imanol doit abréger à notre plus grand regret.
Au quatrième, on assiste à un beau combat, avec porta gayola, banderilles, générosité et muletazos de face. Épée engagée (comme d'habitude) et grosse oreille dans l'escarcelle d'Imanol.

. Parentis-en-Born. 10 août 2013. 
Novillada de Raso de Portillo. Dans sa plénitude, Imanol Sánchez fait ce qu'il faut face à un premier adversaire noble mais un peu fade. Comme à Hagetmau, il réalise ensuite un grand combat, face au cinquième "Melancólico", un novillo encasté et poderoso.

. Carcassonne. 1er septembre 2013.
La dernière novillada d'Imanol Sánchez en France, du fer de Miura. D'après les présents, ce fut peut-être la sortie la moins brillante en France d'Imanol Sánchez, qui connut des difficultés. Il faut dire qu'il prenait l'alternative une semaine plus tard...

L'alternative, Imanol la reçut donc le 9 septembre 2013 à Calatayud, et eut comme cadeau de bienvenue "Guitarra", un Alcurrucén âgé de quasiment six ans. Le nouveau matador coupa une oreille de ce toro, et il s'agit pour le moment de son unique paseo en corrida.

Cet hiver, Imanol Sánchez a décidé de partir au Pérou pour glaner des opportunités. Là-bas, la fiesta brava est très différente d'ici, car moins orthodoxe et beaucoup plus folklorique.
Cependant, Imanol Sánchez, parmi tant d'autres jeunes matadors ou novilleros, constitue l'avenir de la profession. Nous avons là un torero prometteur pouvant (et voulant) affronter tout type de toro. Imanol a les capacités physiques, la carure, et la technique pour affronter tous ces toros... Espérons que les organisateurs ne passeront pas à côté...


Florent

mardi 14 janvier 2014

Le mystère de l'hiver

1, 5, 6, 7, 8, 40, 54, 65, 66.
Ces neuf chiffres pourraient très bien constituer une combinaison gagnante de loterie. Il n'en est rien. Car il s'agit en réalité des numéros des neuf toros de Miura pré-sélectionnés pour être combattus le 25 janvier... au Venezuela !

La présence des toros de Miura au Venezuela est assurément l'attraction de l'hiver. A l'occasion de la cinquantième feria de San Cristóbal, l'empresa "Fabio Grisolía" a été ambitieuse, en annonçant pour le 23 janvier une corrida de Torrestrella avec Enrique Ponce, El Fandi et l'alternative de Fabio Castañeda. Et le 25 janvier, une corrida de Miura avec César Vanegas, Javier Castaño et un remplaçant d'Alberto Aguilar (blessé à Cali), avec en supplément un toro colombien d'El Capiro pour le rejoneador Leonardo Hernández.

Des neuf toros de Miura choisis, seuls sept devraient être exportés de l'autre côté de l'Atlantique. Il s'agit toutefois d'un feuilleton sans fin, puisque les Miura et les Torrestrella auraient dû arriver le 12 décembre dernier sur le tarmac vénézuélien. Ensuite, ils auraient dû effectuer un parcours rocambolesque en passant par les corrales de la plaza de Valencia (Venezuela) avant d'arriver à San Cristóbal.
Or, les choses ne se passèrent guère ainsi. La compagnie Iberia aurait dans un premier temps dû assurer le vol de ces toros, mais cela ne s'avéra pas possible. On a même parlé d'un avion de l'armée vénézuélienne pour les acheminer !

Alors, à peine dix jours avant la corrida, les toros de Miura (tout comme ceux de Torrestrella) ne seraient pour le moment pas encore arrivés.
Dans la presse et sur les sites internet vénézuéliens, on pouvait lire que pour ce voyage, les toros de Miura seraient équipés de fundas, ce qui n'est pourtant pas une habitude de la maison Zahariche.

Aussi, les rumeurs les plus folles ont couru depuis deux mois sur la possibilité de ces corridas. Des détracteurs de l'empresa ont parlé d'un canular, d'autres moins acides ont évoqué une promesse impossible à tenir, tandis que l'empresa n'a jamais cessé de publier des démentis, en assurant que ces toros espagnols seraient bel et bien combattus au Venezuela en janvier.

Faire voyager les toros en avion n'est pas une nouveauté entre l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud, en revanche, il semblerait que cela soit une première entre l'Amérique et l'Europe.
Pourtant, les toros de Miura ont régulièrement été combattus à une époque sur le sol d'Amérique latine. Dans le numéro 871 de Semana Grande, du 16 décembre 2013, Marc Lavie détaille largement cet historique, avec un premier toro de Miura combattu en 1888 à La Havane. Au cours du siècle suivant, on vit des toros de Miura à Mexico, à Lima, à Quito, et même en Uruguay ! La dernière fois que les toros au "A" se sont retrouvés de l'autre côté de l'Atlantique, c'était en 1983 dans la périphérie de Lima.
Mais pour toutes les histoires précédentes à celle de 2014, les toros traversaient l'Océan en bateau.

Pour le moment, la présence de ces toros espagnols reste toujours une énigme, en suspens.

Quant aux Miura, beaucoup de toros et de novillos de ce fer nous ont donné espoir dans les ruedos en 2013, grâce à leur caste. On ignore s'ils débuteront leur saison au Venezuela, et ce que cette course donnera. Mais pour la suite de l'année, on peut parier qu'ils vendront chèrement leur peau sur le sol du continent qui les a vus naître.

Florent

vendredi 10 janvier 2014

Au centre du monde

De taille modeste, un poil vétustes et surplombées par une chaîne de montagnes, les arènes de Céret pourraient sans exagération être le centre du monde. Catalan de sang, Salvador Dalí avait désigné la gare de Perpignan comme étant le "Centre del Món", au terme d'élucubrations excentriques dont lui seul était capable.

Pour de nombreux aficionados, l'été, ce théorique centre du monde se déplace d'une trentaine de kilomètres plus au Sud. Justement aux arènes de Céret, où Salvador Dalí avait pris place à de nombreuses reprises pour assister à des corridas.

Céret possède par ailleurs une longue tradition taurine. Mais depuis plus de vingt-cinq ans, elle est illustrée par l'ADAC, une association désirant mettre le Toro au centre de toutes les attentions.
Bien qu'elle soit récente, cette période est historique pour la tauromachie en France, puisque Céret est devenu un lieu unique, et même symbolique. A la tête de l'ADAC, et parmi ses fondateurs, il y avait Jean-Louis Fourquet, qui s'en est allé au tout début de cette nouvelle année.

A soixante-trois ans, Jean-Louis avait le même âge que Jean-Jacques Baylac, le Vicois. Il m'est impossible de ne pas faire un parallèle entre ces deux personnages, qui étaient certainement les plus grands partisans de la Corrida-vérité ces dernières décennies. Une grande afición, et la recherche perpétuelle de l'authenticité et de la splendeur du toro de combat.

Jean-Louis Fourquet est mort, et nous sommes tous peinés par cette nouvelle. Il faut dire que dans nos vies d'aficionados – voire même dans nos vies tout simplement –, Céret était devenue une étape immanquable chaque année. Cela n'a rien à voir avec du snobisme ou une idée dogmatique de pélerinage.
Simplement, c'est un immense plaisir de pouvoir se rendre à Céret chaque année au mois de juillet. Rien que l'endroit déjà, bordé par les montagnes et non loin de la magnifique Côte Vermeille. La simplicité qui y règne est également accueillante, et que dire alors de cette vision de la corrida, du toro au centre des débats, et de tous ces souvenirs vécus à cet endroit, un lieu témoin de nos plus grandes émotions.

C'est Jean-Louis Fourquet, ainsi que tous ses amis de l'ADAC, dont beaucoup sont partis trop tôt ces dernières années, qui ont permis que Céret soit aussi importante pour les aficionados.
Le chemin, ils l'ont emprunté dès 1988, à une époque où les arènes de Céret connaissaient une activité décevante et sans réelle identité. Le 17 juillet 1988, les dés ont été jetés, et l'histoire a commencé à s'écrire, avec une corrida de Puerto de San Lorenzo. La suite, tout le monde la connaît, tellement l'histoire est riche en souvenirs, en détails et en émotions.

Le chemin emprunté par cette honorable association, fruit de la volonté de Jean-Louis et de ses amis, n'a pas été une croisière paisible. Combien de fois a-t-on pu entendre des critiques virulentes envers l'ADAC et sa conception de la tauromachie.
Qu'importe, car ceux qui fréquentent les arènes de Céret savent que beaucoup de toros y ont été extraordinaires, que des élevages ont commencé à y connaître le succès et ont eu des opportunités. La même chose pour les toreros, qui n'y sont pas autant minimisés que les clichés le rapportent. A Céret, depuis 1988, beaucoup ont été les toreros et les novilleros qui se sont grandis, et en sont ressortis avec des triomphes véritables et indiscutables.

L'ADAC a dérangé une sorte d'ordre établi dans l'organisation des corridas. Jean-Louis en était le symbole, et veillait sur ces lieux. Lorsque j'avais onze ou douze ans, je me souviens avoir été impressionné par ce destin, et cette façon de voir la tauromachie. Le président de l'ADAC parlait toujours avec vérité, sincérité et authenticité. Ses convictions paraissaient inébranlables, et elles sont restées ainsi. La verve de Jean-Louis Fourquet dans ses propos était remarquable.

Et puis, chose fort importante, ces Cérétans ont fait de leur arène un symbole, un endroit unique. Car effectivement, il se situe tout près de la frontière de l'interdit, dans une région où la corrida a été supprimée. Pourtant, la Catalogne a été une grande région de tradition taurine, avec d'innombrables plazas.
Le succès de l'ADAC et de Jean-Louis Fourquet, cela aura été d'avoir maintenu cette splendide identité. Catalans, aficionados et fiers de l'être ! Toute cette ambiance est vraiment unique, avec ces mélodies sortant des instruments de la Cobla, ces areneros habillés en costumes typiques.
Malgré l'interdiction de l'autre côté de la chaîne Pyrénéenne, Céret reste fière, et affirme que la corrida et l'identité catalane ne sont pas deux choses incompatibles. Et c'est extrêmement important que Céret soit maintenue ainsi, comme une forteresse imprenable. Un peu comme le "dernier village Gaulois", il est vrai que les similitudes sont troublantes !

Jean-Louis Fourquet a été président de l'ADAC jusqu'en 2010, terminant vingt-deux ans à la tête de l'association sur une feria d'apothéose. On vit cette année-là des choses extraordinaires en l'espace de deux jours sur le sable cérétan.
Par ailleurs, Jean-Louis était certainement le seul organisateur au monde à promener lui-même le panneau annonçant les toros avant leur sortie. C'était le signe d'une immense afición et d'un dévouement hors du commun.
Contre vents et marées, les cérétans ont gagné, et ont fait de leur arène une place incontournable.

Merci Jean-Louis. Merci à toi et aux tiens. C'est en grande partie grâce à toi que des aficionados – jeunes ou moins jeunes – se sentent depuis des années chez eux au mois de juillet en s'asseyant sur la pierre de ces arènes. Tout cela parce que des gens dévoués ont su leur donner une chose située au-delà de leurs espérances : un lieu unique, un peu comme un centre du monde...


Florent

mercredi 8 janvier 2014

Adieu Jean-Louis

Et puis le téléphone a sonné, l'atmosphère s'est faite lourde. Un long silence, pour apprendre que Jean-Louis Fourquet n'était plus de ce monde. 

Un grand personnage de la tauromachie française, sincère, vrai et authentique. Celui qui a fait de Céret le centre du monde, le nôtre, chaque année au mois de juillet. 

Trop peu de mots me viennent à l'esprit à cet instant. Mais je parlerai bien entendu de ce grand Monsieur et de Céret ces prochains jours. L'image est de David Cordero, prise en 2001 lors d'une corrida de Miura.  

Florent

lundi 6 janvier 2014

Appel à la censure


Les médias commencent fort bien cette nouvelle année. Aujourd'hui, on pouvait voir sur des chaînes de télévision en continu (BFMTV et LCI...) une vidéo d'une noyade hier après-midi à Biarritz.
Non non, vous ne rêvez pas, on a osé faire tourner en boucle de dramatiques images, puisqu'une personne est toujours portée disparue à l'heure qu'il est.

La déontologie journalistique est en berne, ce qui n'est pas nouveau, et les tragédies paraissent monnayables. La semaine dernière encore, ils se battaient pour avoir des images de l'accident de ski de Michael Schumacher...

Sur le banc des accusés, on retrouve donc des chaînes comme LCI ou BFMTV, qui ne font pas du journalisme, mais du commerce avec des drames qui leur semblent juteux. Un comportement pervers, irrespectueux, voyeur et digne des pires charognes.

J'ai personnellement été étonné en voyant qu'on avait osé diffuser ce genre d'images sur les écrans de télévision, en quête d'exploitation commerciale. Cela me fait réagir et je trouve cela honteux.
Si je suis en faveur de la liberté d'expression, il y a aussi de rares cas qui me poussent à être pour la censure. Or, filmer un quidam en pleine noyade et en relayer les images, cela devrait être censuré. J'espère que des institutions (tel le CSA) seront saisies sur ce sujet.

Ce qu'ils ont dû oublier de se demander, c'est ce que peut penser à cet instant la famille de la personne portée disparue.
Les médias s'enlisent donc de plus en plus dans la médiocrité, tendent à être des tabloïds plus que des journaux.
Alors, que l'on montre des vidéos d'un surfeur emporté par une vague, d'un sportif blessé, ou d'un torero qui reçoit un coup de corne, pourquoi pas, puisqu'il connaît ses risques et les a admis. En revanche, montrer la noyade d'un promeneur qui n'avait peut-être pas évalué tous les dangers, cela en est une autre...

Certains parleront probablement d'effet dissuasif avec la publication de ce genre de vidéos. Je n'y crois pas.

Pour ma part, j'ai simplement trouvé ça dégueulasse.

Florent

jeudi 2 janvier 2014

A l'aube de 2014

Nous sommes donc au lever de l'année 2014. Dans les arènes, il s'agira d'une saison taurine de plus. Sachons en profiter !
Depuis quelques jours, et en vue de cette nouvelle année, l'apparence de ce blog a changé. Ainsi, la couleur de lecture devrait pour la suite s'avérer moins sinistre !

2014, ce sera l'année du Mondial, mais on nous dit également qu'il est venu le temps des municipales ! Toutefois, ces élections qui se profilent ne devraient pas porter atteinte à l'activité des arènes françaises.

En 2014, nous nous rendrons donc toujours aux arènes, en espérant y voir ce que l'on ne peut admirer nulle part ailleurs. Comme chaque année, souhaitons que la part belle soit faite aux toros, qui ne doivent jamais être un élément secondaire.
Ces toros, on les espère puissants, mobiles, encastés et braves. En 2013, la grande bravoure des Valdellán à la pique a donné des espoirs pour la grandeur du premier tiers.
Les picadors aussi devront y mettre du leur, car la corrida commence toujours au premier tiers !

Ne nous attendons pas pour autant à des changements révolutionnaires. Espérons simplement que les frissons nous envahissent quelques fois de plus en voyant ce qu'il se passe en piste.
Peut-être que les temporadas se suivent et se ressemblent. C'est là un inconvénient majeur, car il faut de la variété. Trop souvent, les échecs ou les succès n'ont pas l'impact qu'ils devraient avoir. On peut prendre pour exemple des prestations décevantes d'élevages qui seront tout de même reconduits l'année suivante.
Mais c'est la loi de la tauromachie, peu souvent juste, et dure à coup sûr.
Espérons que tous ceux qui méritent d'avoir des opportunités, ganaderos, toreros ou novilleros, seront récompensés de leurs efforts.

2014, une nouvelle page qui arrive, et je souhaite bonne année à toutes et à tous ceux qui passeront en ces lieux. J'essayerai cette année encore de parler de toros, notre passion commune.
Une passion qui je l'espère subsistera longtemps. Il y a de quoi avoir bon espoir quand on voit que nous sommes des passionnés, et nos détracteurs des fanatiques. La passion des gens raisonnables l'emportera toujours...

Suerte, salud y felicidad para todos !

Florent