jeudi 31 décembre 2015

Tempus fugit (Rétro 2015)

À Florian,

Resteront en mémoire plus que de bons souvenirs. À un de ces quatre, j'ai envie de te dire, parce que je n'aime pas dire au revoir. Le sentiment que l'arbitre a donné trop tôt le coup de sifflet final, là, dans les arrêts de jeu de la saison 2015. A bientôt oui, comme on se l'était dit à Saint-Sever le mois dernier.
Toi et Mathieu êtes les deux premières personnes que j'ai eu la chance de connaître à Mont-de-Marsan. Là où en sortant de la gare, on tombe inévitablement sur le Plumaçon. Je t'écris, et j'ai le sourire en pensant au tien, à ton état d'esprit, à ton afición. La Madeleine du Plumaçon, tu la rêvais avec chaque jour des fauves et trois torerazos pour se mesurer à eux, en bas, sur le sable. Je me souviens de ton air moqueur les années où les affiches venaient à être un peu light. Tu aimais la façon dont Campos y Ruedos, et d'autres, évoquaient au second degré les dérives de tes arènes. Cela te faisait bien marrer. Je me souviens de ton "est-ce bien sérieux ?", qui revenait de manière récurrente. Comme l'année où ils ont osé faire, pour la Madeleine (!), une corrida avec un rejoneador et deux toreros à pied. Ô sacrilège tu avais dit, ailleurs peut-être s'ils le veulent, mais pas à Mont-de !
Tu dois te douter que pour nous, revenir au Plumaçon sera désormais très différent. Est-ce bien sérieux ? Mais ton départ marquera également tant d'autres endroits où tu jouais à l'extérieur. Entre autres, Vic-Fezensac, Parentis, Ciudad Rodrigo, où tu aimais courir l'encierro, sentir le frisson, de ces cornes qui poursuivent et passent à quelques centimètres.
Pour toujours, cette immense sympathie restera, avec aussi la véracité dans chacune de tes phrases. Quand quelque chose ne te plaisait pas, tu le disais et ne cherchais jamais d'échappatoire.
L'autre jour, alors que tu étais tout seul au cartel, un peu comme pour un seul contre six, tu as peut-être remarqué qu'il y avait le "No Hay Billetes". Le plein à craquer, juste pour toi.
Aux arènes, tu aimais bien le silence. Le même que celui de chez Malabat, à Brocas-les-Forges, dans la forêt de pins, où demeurent les cornus noirs et blancs d'origine Atanasio. Loin du brouhaha, tu avais beaucoup d'affection pour cet endroit-là.
Si on en revient à cette histoire de musique, tu préférais les faenas silencieuses, âpres et intenses, où l'on entend seulement la rumeur sur les gradins. Musique à dose raisonnable, avec parcimonie, qu'il faut savoir garder en de rares et grandes occasions. Gallito, mais aussi Oliva de la Frontera, le jour du faenón de Sergio Aguilar au Plumaçon face à un toro de Fuente Ymbro. Et puis, Martín Agüero aussi, ça c'est quand même un truc de torerazo ! En pensant à toi, j'ai dû l'écouter approximativement 250 fois ces dernières semaines. Est-ce bien sérieux ?
Entre sourires et souvenirs, l'arbitre a vraiment sifflé trop tôt la fin du match. C'était un 6 décembre. J'aimerais dire à ce con d'arbitre qu'il nous laisse les prolongations, les tirs au but, la troisième mi-temps, et bien au-delà encore.

Impossible d'oublier ton visage d'éternel jeune homme, toujours impeccablement rasé, ton sourire, ta gentillesse, ton humour. En 2016, et même après, chacun de nos périples vers les arènes sera marqué par tant d'images de ta personne. Un jeune homme pour l'éternité, portant fièrement ses 34 printemps. Pour le temps qu'il nous reste, aux arènes, dans les rues, et partout ailleurs, nous continuerons à cultiver ton état d'esprit, avant la course, sur les gradins, et au bout de la nuit.

Florent

lundi 21 décembre 2015

Miura d'Aragon (Rétro 2015)

Le titre c'était "Les cargos du Born". Un haut de page dans Sud-Ouest, et cette inscription en gros caractères, il y a maintenant une bonne dizaine d'années. Ce titre venait évoquer la présence monumentale d'une novillada de Tabernero de Vilvís.
L'histoire des arènes de Parentis-en-Born est marquée par des courses impressionnantes et épiques. Et 2015 aura été une page supplémentaire.

Dans une arène, le toro qui impressionne, surprend ou fascine, peut parfois être comparé à celui de Miura. Parce que Miura est le plus célèbre des élevages de toros, le plus commun. La légende de Miura a permis à d'autres de naître, souvent par métaphore. Il a notamment été question des Miura de Castille, en parlant des toros de Juan Luis Fraile, ou encore des Miura portugais, avec les Palha. Ces derniers possédaient par ailleurs, en d'autres temps, une part de sang Miura.
A Parentis, la novillada de Los Maños du 9 août dernier pouvait, pour plusieurs raisons, rappeler la référence Miura. Un volume impressionnant (même si les deux élevages n'ont aucun lien dans les origines), des pelages gris foncés, des tâches blanches, des comportements changeants, de la force, une capacité à mettre des chevaux à terre d'un simple coup de tête.
La comparaison s'arrête ici. Los Maños c'est Los Maños, et cela a le mérite d'exister. Un élevage récent, qui à l'instar de Pedraza de Yeltes ou de Valdellán, connaît le succès à l'heure actuelle, se retrouvant courtisé par de nombreuses arènes.
Los Maños, c'est relatif à la ville de Saragosse. On dit généralement de celui qui vient de Saragosse que c'est un Maño. Ne bataille pas, ce n'est pas un Saragossais, ou un Saragossois, mais un Maño. Point barre.

Avant Parentis cette année, cela faisait dix ans que l'élevage n'était pas venu en France lors d'une course avec picadors, puisqu'en 2005, il y avait eu une corrida à Vergèze et une novillada à Fourques. Sans oublier une non piquée à Aire-sur-l'Adour quelques années plus tard.
Le lien d'amitié qui unit depuis de longues années les organisateurs de Parentis et les ganaderos de Los Maños a permis de les faire venir en 2015, chose qui n'avait pas été possible auparavant.
Los Maños, c'est l'encaste Santa Coloma, avec des origines provenant de Bucaré et de Pablo Mayoral. Ceux qui ont souvent vu les Maños sortir, surtout en Espagne, vous diront qu'il y en a de toutes sortes. Plus ou moins abordables, plus ou moins nobles, mais avec une constante : une présentation sérieuse et irréprochable.

Celle de Parentis le dimanche 9 août était même au-delà. Destinés à Guillermo Valencia et Louis Husson, les novillos de Los Maños étaient supérieurs en présentation à d'innombrables corridas de cette année. Une apparence exceptionnelle, de la force, de la combativité, et beaucoup de caste. Quand le troisième novillo titulaire s'est blessé à une patte, avec l'obligation de le remplacer, on a vu l'amertume dans les yeux de Javier Marcuello, le fils de l'éleveur.
Mais après cela, c'est "Tostadino", numéro 21, qui est entré en piste. A sa seule apparition sur le sable, un grand frisson a parcouru l'arène. Un novillo splendide, mais aussi terrifiant, avec les fameux 91 centimètres qui séparaient chacune de ses pointes. On en revient à cette histoire de cargos...
Au son du Miura d'Aragon, c'est le colombien Guillermo Valencia qui s'y est collé. Disparaissant entre les cornes lorsqu'il venait à se croiser. Des séries de la main gauche intenses, la sensation de prendre la bonne vague, à en faire oublier le danger potentiel de cet immense adversaire. Au final, il n'y eut que quelques égratignures, le triomphe d'un novillero, et celui d'un élevage : Los Maños.

Florent


(Image de Julien Capbern : "Tostadino", de Los Maños, combattu le dimanche 9 août à Parentis-en-Born)

vendredi 4 décembre 2015

Cuillère de bois (Rétro 2015)

Pour son rendez-vous du 29 mars à Madrid, seul face à six toros d'élevages prestigieux, Iván Fandiño arbore un costume gris. Une drôle de façon d'annoncer la couleur.
Il est, à ce moment-là, le torero le plus attendu de l'année 2015. Pourtant, si le contrat est rempli, puisqu'il parvient à estoquer les six toros, le résultat et la manière sont absents.
Depuis quatre ou cinq ans, Fandiño traversait une excellente période, et avait atteint son point culminant en mai 2014 dans les mêmes arènes de Las Ventas. Pour aller chercher cette première sortie en triomphe dans ces lieux, il avait même porté une estocade sans muleta, de celles qui comprennent une faible garantie d'en sortir indemne. Depuis, la cote de Fandiño s'était encore renforcée. Et c'est normal, car s'il n'est pas un artiste, Fandiño est un torero courageux, sincère, engagé, capable d'affronter tous les élevages et de s'imposer.
Quand il fait le paseo à Madrid le 29 mars 2015, c'est sa première corrida de l'année en Europe. S'il a déjà toréé quelques courses de l'autre côté de l'Atlantique, il commence ici sa temporada par ce pile ou face. Les arènes sont pleines, mais son pari est perdu. En cas de réussite, il est certain que la donne aurait été différente.
Après cette désillusion, on pensait réellement que Fandiño s'en relèverait tôt ou tard en 2015.

De longs mois plus tard, on se rend compte que cette fête gâchée du seul contre six a laissé bien des séquelles. Une motivation et une réussite en fuite, un peu comme pour Stéphane Guivarc'h au Mondial 98.
Il retournera deux fois à Madrid, pour la San Isidro, sans succès. Il passe également deux fois à Séville, dont une où il est très sérieux face aux Miura, mais sans résultat. Deux contrats à Pamplona, et bien d'autres dans toutes les grandes arènes, sans laisser de souvenir ou d'empreinte. Le succès, Fandiño le connaîtra en 2015 seulement dans des arènes secondaires.
En France, il vient à Arles, Nîmes, Istres, Bayonne (deux fois), Mont-de-Marsan, Dax et Béziers. La routine de sa mauvaise saison semble le poursuivre. Sauf peut-être au Plumaçon, lors du mano a mano avec Enrique Ponce. Ce jour-là, face au dernier toro de Victoriano del Río, on retrouve un peu le niveau et l'engagement qui étaient les siens récemment encore.
Dans la réussite d'une corrida, les oreilles ne sont pas fondamentales. En revanche, pour un torero, en obtenir tout le long de la saison, et surtout dans les grandes arènes, est quasiment indispensable. Cela a manqué à Fandiño en 2015, lui qui a pratiquement rendu copie blanche dans les plazas de première. Il y avait pourtant, en tout début d'année, énormément d'espoir. Celui de le voir en confiance face à des toros très différents.
Pour la suite de sa carrière, Iván Fandiño est dans l'obligation de revoir ses exigences, en matière d'arènes, d'élevages et de cachet. Tout en sachant, et c'est tout de même rassurant pour lui, qu'il sera difficile de faire pire qu'en 2015.

Florent

(Image de Juan Pelegrín : Iván Fandiño, le 29 mars à Madrid)

jeudi 3 décembre 2015

Merci qui ? (Rétro 2015)

Musée des modèles réduits. Si le titre ou même l'image d'illustration ne vous évoquent rien, inutile d'insister. La compréhension de cet article vous paraîtra bien délicate et vous n'irez guère plus loin. Il faut dire que ces histoires sont difficiles à cerner. Moi même je n'y ai rien compris. En tout cas, si un jour vient en vous une idée saugrenue, sachez que ledit modèle de lunettes de soleil ne préserve pas complètement l'anonymat.
En réalité, cet article est bien plus sérieux qu'il ne peut sembler au premier abord. C'est une époque où l'on s'interroge. Quelques années en arrière, à peine, qui aurait pu penser que le terme "sextape" viendrait un jour s'immiscer au plus haut des titres de l'actualité ? Cette mode est tout de même curieuse.
D'un côté la suerte de Jacquie et Michael, non pas inventée en 1829 dans une arène perdue de Castille, mais bien en 2015 dans le Sud de la France, et d'un autre côté des footeux au centre d'une histoire ubuesque.
La "suerte" en question ne consiste pas, par exemple, en une gaonera au centre de l'arène, avec un bandeau sur les yeux. Non, il s'agit d'arborer ces lunettes de soleil, un petit couvre-chef, et d'écrire ses reseñas le slip au niveau des genoux et la main sous la table. Et tant pis pour les organisateurs qui verront leurs ganaderías dévoilées avant le jour J de la présentation. Après ses "exploits", le candidat en lice ne semblait pas en mesure d'empocher un trophée Jules Rimet de la catégorie.
En 2015, il existerait donc une mode pour les "sextapes", soit publiées avec consentement sur une page internet, ou bien dissimulées et pour lesquelles on vous ferait chanter. Il semble que ce second exemple soit à l'origine de la mésaventure du footballeur Mathieu Valbuena. Benzema, Valbuena, au centre de l'actualité, si bien que l'aspect sportif (au sens littéral et footballistique du terme) est passé au second plan. Mais après tout, pourquoi la morale viendrait s'impliquer dans de telles histoires ?
Jacquie et Michel, dans la bouche de certains, est même devenu une référence culturelle. Au fond, le mieux reste d'en rire. Si ce sujet, superficiel et léger, prédomine dans l'actualité, c'est en fin de compte plutôt bon signe, parce qu'il n'y a pas de catastrophe à déplorer. En revanche, un exploit tauromachique tel celui d'Alberto López Simón au mois d'octobre à Madrid, n'aura même pas le droit à 15 secondes d'un JT de 20 heures de ce côté des Pyrénées. En termes de courage et de sincérité, c'est pourtant autre chose ! Mais on préfère ignorer la tauromachie et la passer sous silence, sauf quand elle est touchée par des drames ou que ses opposants tentent de faire du bruit. Signes du temps.

Florent

mercredi 2 décembre 2015

Fantasioso, numéro 29 (Rétro 2015)

C'est le 15 août, jour toréable par excellence. Une date où les plus audacieux pourront toréer à deux endroits différents dans la même journée. Cette année, on compte à peu près 48 arènes actives en Europe pour ce seul 15 août. En France, il y a des toros à Bayonne, Béziers, Roquefort-des-Landes, Saint-Rémy-de-Provence, les Saintes-Maries-de-la-Mer, et en Espagne, entre autres, à Madrid, Cenicientos, El Puerto de Santa María, Gijón, Pontevedra, San Sebastián, Tafalla ou encore Valverde del Camino. Il faut forcément établir un choix entre toutes ces arènes, le plus dur étant celui de ne pouvoir assister à aucune de toutes ces courses.
A Dax, pour la corrida de l'après-midi, c'est le nom de Pedraza de Yeltes qui est à l'affiche. En 2014, la corrida de cet élevage avait été tellement brave et exceptionnelle que l'on aurait pu privilégier la thèse de l'accident. Mais Miralto, Bello et les autres n'étaient pas dus au hasard. De création récente, le fer de Pedraza de Yeltes démontre beaucoup de régularité aussi bien en corridas qu'en novilladas. Il est issu de l'encaste Domecq, l'origine la plus convoitée par les toreros, parce qu'elle est celle qui offre le plus de noblesse au troisième tiers. Pour le reste, tout dépend de la sélection que l'on en fait et les objectifs poursuivis. Chez Pedraza de Yeltes, cela semble être la bravoure, la caste et l'émotion. Samedi 15 août 2015, deuxième venue des toros de Pedraza de Yeltes à Dax, et peut-être de quoi trouver son bonheur une fois de plus.

Si les corridas de 2014 et 2015 sont différentes, elles sont d'une intensité similaire. L'émotion est encore au rendez-vous. Si puissante qu'avant même l'entrée du dernier toro, on en a déjà beaucoup vu, et les cuadrillas en piste semblent éprouvées et épuisées.
Le sixième toro, Fantasioso, numéro 29, possède un pelage tout noir. Il entre au pas, puis frappe très fort contre le burladero. Par sa seule présence, il va animer les discussions pendant les heures, les semaines et les mois après la corrida. Sa particularité aura été d'avoir empêché le picador de faire plus de trois mètres sur le sable dacquois. Certains diront que le toro était aimanté par le cheval, tandis que d'autres affirmeront qu'il était possible de placer la cavalerie à un endroit plus propice, de l'autre côté du toril. A la première pique, l'équipage est renversé par la bravoure et la puissance de Fantasioso. Au total, ce seront quatre rencontres intenses et mouvementées, dont une avec seulement Alain Bonijol comme rempart de l'autre côté du cheval, faute de picador, auparavant désarçonné. Le désordre en piste, mais pas celui du toro manso qui irait naviguer d'un endroit à l'autre de l'arène. Non, Fantasioso est un toro très brave, et il le montrera de la première rencontre face à Manuel Burgos jusqu'à la fin du combat. L'image la plus saisissante étant son regard fixe face au cheval, une proie qui ne lui a échappé à aucun instant. A la fin de la corrida, Alain Bonijol et les six picadors seront appelés à saluer. Le lendemain, dans le journal Sud-Ouest, la Une montrera une photo de tiers de piques avec en titre "Le triomphe du toro de combat". Les Pedraza de Yeltes, une fois de plus, étaient passés par là. Six toros braves, mobiles, encastés, et deux tours de piste, pour Burredor et Fantasioso. Mettons une pièce sur celle de 2016.

Florent

(Image d'Olivier Viaud : "Fantasioso", n°29, de Pedraza de Yeltes)

mercredi 25 novembre 2015

Novilleros de Parentis (Rétro 2015)

Au regard des circonstances, il n'est guère évident d'écrire sur autre chose que l'actualité. Les yeux dans le vide, chacun a sur les lèvres, depuis douze jours maintenant, le même sujet. Difficile de faire abstraction, et de trouver la force nécessaire pour évoquer autre chose. 2015 restera malheureusement une année à la con. On peut bien sûr trouver d'autres qualificatifs. Une année probablement pas pire qu'une autre au niveau international. Mais voilà, pour la France, c'est une autre affaire. Janvier déjà, les fêtes du Nouvel An à peine terminées, un orage tombait sur toutes les têtes, avec l'horreur dans la salle de rédaction du journal satirique Charlie Hebdo. Puis ce fut ce supermarché casher. Une année lourde, pesante, où il n'y eut malheureusement pas que cela. Et bien plus tard, cette putain de nuit de novembre, douce pour la saison et étoilée. Une nuit douloureuse, avec toutes ces personnes qu'il sera impossible de ramener à la vie, à l'essentiel.
Et puis, il y a ces images auxquelles on ne peut échapper, qui entrent dans nos champs de vision comme par effraction. Voir la mort en direct, ou en quasi-direct. Les corps n'étant même pas enterrés, certains journalistes (pas tous heureusement, et même loin de là), diffusent à la télévision ou sur internet les images qui auraient pu vous échapper, la petite phrase, ou bien le petit détail que personne n'a relevé. En quête d'audience, sur des décombres, et sur le malheur des gens, de familles brisées. Ces pratiques-là ne sont pas enviables, et rajoutent même un surplus d'horreur.

Alors on repense aux beaux jours, parce que la nostalgie quand même, c'est plutôt pas mal ! On s'aperçoit du caractère éphémère de chaque saison taurine. Chacune d'entre elles est tellement courte en réalité. Les beaux jours au sens large, où qu'importe la météo, la télévision est éteinte, et la finalité consiste à se rendre aux arènes en fin d'après-midi.
C'est le cas de Parentis, chaque année au début du mois d'août. En 2015, la météo y aura été capricieuse, mais ce rendez-vous était une fois de plus intéressant. On s'y rend voir des élevages qui sont peu ou pas programmés ailleurs. De ce point de vue, Parentis est surtout connue pour le sérieux et la variété des cornus qu'elle présente.
Pourtant, elle ne semble pas échapper au bon vieux cliché des plazas toristas. Le public s'y rendrait seulement pour voir de beaux trapíos, de belles armures, des piques, et c'est tout. Pour le reste, que les novilleros se débrouillent ! Il paraît que faire le paseo à Parentis, pour un novillero, ressemblerait à un aveu d'échec. De ceux qui formeraient la catégorie des désespérés, aux portes de l'anonymat, venant se perdre dans cette arène à l'extrémité des Landes, où souffle l'air de l'Atlantique. Des novilleros inconnus qui iraient par mésaventure, s'égarer dans cette arène, abîmer et user un peu plus des costumes d'occasion. Le peu de résonance donné pendant des années aux novilladas de Parentis a certainement contribué à ce cliché. Deux lignes avec le résultat des novilleros, le constat d'oreilles coupées en petite quantité, et c'est tout.

Mais Parentis aussi est une fête. Le public garde un œil attentif sur les novilleros qui viennent y affronter du bétail sérieux et exigeant. Parentis fait partie de ces petites arènes qui peuvent regarder leurs anciennes affiches avec le sourire en coin. Pour ces quinze dernières années, on recense notamment parmi les novilleros qui y ont foulé le sable : Fernando Robleño, Paulita, Julien Lescarret, Fernando Cruz, Luis Bolívar, Alejandro Talavante, Alberto Aguilar, David Mora, Paco Ureña, Joselito Adame, Alberto Lamelas... aux carrières très différentes, mais qui ne sont pas des inconnus. Et puis il y a ces novilleros auxquels on a vu de belles dispositions, mais qui ont rarement été répétés ensuite en d'autres endroits. Le colombien Juan Ortiz, Daniel Martín "El Dani", Imanol Sánchez, Luis Gerpe... pour ne citer qu'eux. On évoque les novillos de Parentis, mais ceux qui viennent les affronter ont également leur importance. Et parce que faire le paseo dans cette arène n'est pas quelque chose d'anodin. Cette année, c'était au tour du colombien Guillermo Valencia de s'illustrer, face à "Jardinero" et "Tostadino", deux novillos imposants et passionnants de Los Maños. Trois oreilles (qu'importe d'ailleurs), une sortie en triomphe, beaucoup de courage et d'émotion. La fête continue.

Florent

samedi 7 novembre 2015

Je te parle de Pozoblanco 84 (Rétro 2015)

Et oui, tout de même. Le 16 mars dernier à Valencia, Enrique Ponce fête ses vingt-cinq ans d'alternative à l'occasion d'une corrida de Juan Pedro Domecq. Mais c'est Vicente Ruiz "El Soro" qui ouvre le cartel, lui qui a passé davantage de temps sur les tables d'opérations que sur le sable des arènes dans l'intervalle. A Valencia, El Soro est ce que l'on peut appeler, quand on est en panne d'inspiration, le régional de l'étape.
La dernière fois qu'il avait toréé dans cette plaza de Valencia, qui est un peu la sienne, c'était en 1994. Depuis, son genou défaillant ne lui avait pas permis d'y revenir. En 2014, ce fut le grand retour d'El Soro après deux décennies de déboires. Deux corridas dans la province de Valencia, à Xàtiva et à Foios. Mais pour cette corrida du 16 mars 2015 à Valencia, les arènes affichent complet, et les caméras de Canal Plus sont présentes. Quoi qu'il fasse dans l'arène, El Soro semble intensément heureux, malgré l'infirmité. Au téléphone, un copain m'appelle pendant la course et me dit "Tu es en train de regarder El Soro à Valencia ? On dirait qu'il fête chaque fin de série à la muleta comme s'il avait gagné une Coupe d'Europe".

A propos de Coupe d'Europe justement, l'équipe de France remportait en 1984 son premier grand trophée en battant l'Espagne en finale, à Paris. L'image la plus célèbre de cette partie, c'est l'erreur fatale du gardien espagnol Arconada sur un coup-franc de Platini. Cela paraît maintenant tellement loin.
Dans les toros, la saison 84 est marquée par la corrida du 26 septembre à Pozoblanco, dans la province de Cordoue. Une corrida de village, qui sur le papier n'avait pas vocation à passer à la postérité, mais qui s'inscrira finalement au-delà de l'année 1984, pour rester gravée dans l'Histoire de la tauromachie. Francisco Rivera "Paquirri" meurt dans la soirée des suites du coup de corne reçu à Pozoblanco par un toro de Sayalero y Bandrés. José Cubero "Yiyo", qui est le deuxième torero à l'affiche, mourra lui aussi d'un coup de corne, moins d'un an plus tard, à Colmenar Viejo. On parle là de malédiction, parfois à outrance. De longues années après, des émissions sulfureuses à la télé espagnole firent intervenir des personnes présentes ce jour-là à Pozoblanco, comme par exemple des banderilleros. Tout cela pour ce que l'on appelle en espagnol le goût du "morbo", le voyeurisme, connaître un détail qui peut-être aurait échappé à tout le monde. Comme si les terribles images de Paquirri dans l'infirmerie de fortune étaient insuffisantes à la soif du voyeurisme.
Le troisième matador à l'affiche à Pozoblanco, c'était Vicente Ruiz "El Soro". Exactement le même qui trente ans plus tard, sur le sable des arènes de Valencia, laissera éclater sa joie. Celle qui fait parler la vie et l'espoir, face aux drames et aux cicatrices. En tauromachie, même les moins superstitieux finissent parfois par le devenir. Pour beaucoup, ce qu'il faut à tout prix, c'est conjurer le sort.

Florent

vendredi 6 novembre 2015

Au port de La Havane (Rétro 2015)

Il fallait comprendre, dès le premier voyage vers la pique, que l'on ne parlerait plus dorénavant du sixième Valdellán, ou du numéro 28, mais bien de Cubano, tout simplement. Le souvenir d'un toro, de par son seul nom, bien avant même de celui de son élevage, souligne son importance et son caractère unique.

Cubano, pourtant, avait fait une entrée discrète sur le sable vicois. Disons un toro réservé et plus observateur que combatif. Mais au moment de la pique, quand il s'est mis à lever l'ancre au grand galop, on a très bien compris, et les cœurs se sont mis à battre un peu plus fort. Extrême bravoure. Le grand frisson du début jusqu'à la fin.
La veille dans les corrales, en regardant Cubano et ses congénères battant pavillon Valdellán, on pouvait se dire que ce lot n'était pas si impressionnant que cela. Mais en piste, la sensation fut différente, un peu comme si ces toros se grandissaient à chacune de leur entrée.
La pancarte annonçant Cubano indiquait curieusement sa naissance en mai 2011. Soit quatre ans tout juste. Une chose étonnante, que l'on n'aurait peut-être pas crue si on l'avait apprise seulement après. Car Cubano donnait le reflet d'un toro parfaitement accompli.

Un toro qui interroge également. A l'heure actuelle, on attribue souvent une trop longue liste de défauts aux toros combattus dans les arènes. Et la préférence de nombreux toreros n'y est pas étrangère. Hormis le toro qui chargera dans la muleta la tête en bas et avec une allure modérée, et que l'on considérera comme étant le seul valable, les autres seront souvent jugés comme défectueux. Le jargon taurin professionnel dira d'eux qu'ils n'avaient pas de classe. Et pourtant, à part la faiblesse, le manque de caste, et la mansedumbre seulement dans une certaine mesure, quels autres défauts peut-on objectivement trouver à un toro ?

La bravoure, elle, n'a pas de définition unique et peut s'exprimer de plusieurs sortes. Cubano lui était d'une bravoure extraordinaire. Celle qui dérange, et dont les vedettes ont horreur. Un toro pour lequel les ganaderos devraient presque présenter des excuses publiques. Tant de caste, ce serait quasiment une erreur de casting.

A Vic, c'est le vénézuélien César Valencia qui a eu à combattre Cubano. Lui ainsi que sa cuadrilla ont essayé de faire au mieux les choses, dignement. Avec ce toro de bandera, c'était une tâche plus que délicate. Une bravoure et une caste sensationnelles, et beaucoup de mobilité. Très rapidement, il est venu s'approprier la piste, chose que l'on comprendra parfaitement au moment de chasser chaque banderillero au deuxième tiers.

Un combat sous haute tension, mais paradoxalement une sensation rassurante. Sans fondement logique, et aussi bizarre que cela puisse paraître, rares sont les très grands toros à infliger de graves coups de corne. En cherchant bien, on pourrait forcément en trouver. Mais comme Bastonito de Baltasar Ibán a pardonné César Rincón à Madrid, comme Garapito de Palha (dans la même arène de Vic, combattu par Juan Cuéllar) a seulement chatouillé Stéphane Fernández Meca au lieu de le coincer contre les planches, comme Cañonero de Fraile a fait voltiger Luis Francisco Esplá à Céret, Cubano a épargné César Valencia malgré une raclée d'enfer au moment de l'estocade.

Cubano aura été un immense toro. De ceux qui vous font penser au-delà de la vuelta al ruedo. Alors, certains évoqueront une bravoure trompeuse, amplifiée par la modeste taille de la piste. Une thèse fumeuse. Dans ces circonstances, autant ne plus célébrer de corridas dans des arènes dont le diamètre de la piste est inférieur à cinquante mètres. Peu s'en réjouiraient...
Malheureusement, l'indulto est devenu un symbole péjoratif. Destiné à récompenser le plus souvent les produits d'usine, dont la noblesse permet des faenas à n'en plus finir. Un outil de promotion. D'ailleurs, certains aficionados ont banni le terme indulto de leur vocabulaire.
D'autres estiment que gracier un toro bravissime, dans une arène comme Vic, serait lancer une mode. Mais un toro comme Cubano, impeccable de présentation, dans le type de son origine Graciliano, brave voire bravissime, et d'une caste endiablée, c'est si rare.
En faisant rentrer un cheval et un picador en piste à la fin du combat, il y aurait eu de quoi avoir le cœur net. S'il ne l'était pas déjà...

Florent

(Image de Laurent Bernède : "Cubano", numéro 28, de Valdellán, le dimanche 24 mai à Vic-Fezensac)

lundi 2 novembre 2015

Le match de sa vie (Rétro 2015)

L'expression fait partie du jargon sportif. On la réserve le plus souvent à de modestes équipes et à des joueurs que l'on n'aurait guère imaginés à un tel niveau. Devant un écran ou près d'un terrain, le fait de découvrir un sportif se surpasser impressionne. Transcendé, il accomplit là une prouesse. Peut-être sera-t-elle sans lendemains, mais elle a en tout cas le mérite d'être exceptionnelle.
Paco Ureña, 32 ans, n'évolue dans aucun sport homologué. Il est matador de toros, et réalise en 2015 sa plus belle saison. Deux oreilles face à des toros d'Escolar Gil à Pamplona, et deux autres face à des Victorino à Bilbao, ce n'est pas rien.
De l'anonymat de l'escalafón, Paco Ureña en est sorti assez récemment, il y a deux ans tout au plus. En France, on l'avait déjà vu de façon épisodique. Céret 2011, Vic 2013, entre autres. Du courage, mais aussi l'image d'un torero besogneux, voire maladroit, qui aura beaucoup de difficultés pour percer à l'avenir.

Mais Paco Ureña a persévéré. Comble de malchance pourtant, le 9 mai dernier à Madrid, il tombe sur "Agitador" de Fuente Ymbro. Un toro tout blanc, qui permet d'envisager le triomphe, et pour lequel une partie du public demandera un tour de piste à la fin du combat.
Paco Ureña rate le coche, en se disant peut-être que le grand soir, c'était celui-là, et qu'il est désormais trop tard. Comme un sort scellé. Se retrouver face à un tel toro à Las Ventas, convenez que ce n'est pas tous les jours.
Bien après la San Isidro, Ureña a de nouveau été annoncé à Madrid, le 4 octobre. C'est la feria de Otoño, une feria de fin saison à l'heure où normalement, tout est déjà établi : triomphateurs, ceux qui reviendront, ceux que l'on sollicitera moins. Mais l'on n'y attend pas, en général, de grandes révélations.

Le 4 octobre, il y a une corrida d'Adolfo Martín pour Rafaelillo, Fernando Robleño et Paco Ureña. Une corrida très sérieuse, encastée, exigeante, dure, et dont l'issue montrera que même dans l'arène la plus importante, les trophées ne font pas tout. Un mauvais usage de l'épée n'est pas forcément rédhibitoire. Si l'impact laissé est vraiment puissant, une forme d'indulgence pourra exister. Car ce soir, il n'y aura pas d'oreilles ou de Grande porte.
A Madrid, la Grande porte s'est souvent fermée à des toreros qui pouvaient largement y prétendre, tandis que d'autres, moins maudits, plus réalistes et plus opportunistes avec l'épée, sont parvenus à l'ouvrir. Paco Ureña n'a pour le moment aucune Grande porte madrilène à son actif. Seul l'avenir pourra en faire autrement.
Face à "Murciano", le sixième toro d'Adolfo Martín, Paco Ureña montre que c'est bien plus qu'un jeu. Les différents accrochages qu'il a à subir sont là pour le rappeler. Extrêmement courageux et décidé, il semble oublier toutes les années de galère, et prend la muleta de la main gauche. Il en faut peu : trois naturelles de face, et une passe de poitrine. A la fin de cette série, Paco Ureña réalise que le grand soir, c'est bien celui-là.

Florent

(Image de Juan Pelegrín : Paco Ureña, le 4 octobre à Madrid)

vendredi 30 octobre 2015

Ni plaques ni fleurs (Rétro 2015)

Mont-de-Marsan, corrida du vendredi 24 juillet, mano a mano Enrique Ponce – Iván Fandiño. Là, en sortant des arènes, je me suis souvenu de ce qu'avait écrit Xavier Klein il y a bien des années, avant même de diriger la commission taurine d'Orthez. C'était à propos de l'indulto de "Desgarbado" de Victoriano del Río à Dax. Une seule pique, une noblesse infinie et un mouchoir orange. Il ciblait dans son texte le sentiment du décalage.
Celui qui vous traverse de part en part, que vous ressentez, mais qui paraît comme interdit. On vous reprochera trop de rigidité, s'il ne s'agit pas d'être considéré comme un Jérôme Savonarole.

A Mont-de-Marsan, cette année, il y avait une corrida de Victoriano del Río, mais pas d'indulto à recenser. A la sortie des arènes, on dit qu'Enrique Ponce n'avait jamais été aussi bon auparavant au Plumaçon ! Et pourtant ! En 2006 face à des Javier Pérez-Tabernero qui n'étaient pas des foudres de guerre, ou plus récemment face à des Samuel Flores exigeants, il semblait avoir atteint des sommets d'une plus grande pureté qu'en 2015.
Ce vendredi 24 juillet, la musique a beaucoup joué, donnant même à certains d'entre nous l'impression que l'on s'était éloigné de l'essentiel. Le socle, c'était un lot de Victoriano del Río. Du moins, quatre toros de Victoriano del Río, un de Toros de Cortés (5ème), et un de Juan Pedro Domecq (4ème bis). Un ensemble loin d'être satisfaisant en présentation pour une arène de première catégorie. Et ce dans tous les domaines, aussi bien en corps qu'en armures. Le 4ème titulaire est même entré en piste avec une corne explosée (accident ou non ? Au bénéfice du doute, on évoquera un accident) avant d'être renvoyé aux corrales.
Au moral, des toros chez lesquels la force, la caste, la bravoure et la noblesse sont à ce point calibrées qu'elles ne laissent pratiquement pas de place à l'incertitude. D'ailleurs, trois mois plus tard, on a oublié l'identité de ces toros, leur allant, leurs pelages, leurs cornes. Avec sa technique, Enrique Ponce a masqué beaucoup de carences du bétail, avec des faenas dans un mouchoir de poche. Iván Fandiño est apparu décidé, mais sa place dans l'arène semble appartenir à un autre type d'adversité.
Et la musique, quant à elle, a certainement eu un rôle d'édulcorant ce soir-là.

Pas qu'il soit question de juger la performance musicale, qui était bonne, mais l'opportunité de tels morceaux dans ces instants. Ils auraient même été choisis à la demande des toreros. Des musiques de films ou des mélodies militaires. Un morceau de Morricone au goût d'obsèques ; ainsi que le curieux "Degüello" (l'appel à l'égorgement), une adaptation dont on se passerait bien de connaître la signification historique.
Lors de la faena de Ponce, au premier toro, si l'air musical était paisible et cérémonieux, il paraissait aussi d'une tristesse infinie. Toutes ces mélodies là ne valent pas, dans ce contexte, un bon vieux "Martín Agüero" ou un "Gallito".

On évoque la corrida de Mont-de-Marsan, mais une véritable mode pour ce genre musical est apparue dans les arènes françaises ces dernières saisons. Pour sublimer ou pour pallier ?
Le premier morceau de ce registre triste, sombre et mélancolique, c'est le Concerto d'Aranjuez. On l'attribue souvent (et à tort) à l'inspiration de telle ou telle vedette qui en aurait fait la demande préalable.
Mais c'est en 2010 à Arles que l'on entendit pour la première fois cet air jusqu'alors inconnu dans une arène. Une chaleur écrasante ce matin-là, une arène vide aux neuf dixièmes, et dans l'immensité de cette piste, Thomas Joubert face à un novillo d'Antonio Palla qui le souleva plusieurs fois lors d'une faena émouvante. Une musique surprenante, mais qui aurait peut-être dû appartenir seulement à ce moment-là.

Depuis, il semble qu'il y ait une course à la performance musicale. Combien de fois le Concerto d'Aranjuez a-t-il résonné dans les arènes depuis ? Jusqu'à en devenir un lieu commun.
Et puis, on a remarqué l'extension de tout un répertoire (fourre-tout, comprenant entre autres des mélodies de film) manquant souvent de simplicité. De là à en faire une norme, il y a un pas infranchissable.

A Mont-de-Marsan, le 24 juillet, le public a demandé par deux fois des tours piste aux toros de Victoriano del Río. Des tours de piste non accordés par la présidence, tandis que le mayoral est sorti en triomphe de façon grotesque. A l'arrastre, les toros étaient ovationnés, comme par compassion, puisqu'ils venaient de permettre des compositions artistiques dans lesquelles ils étaient secondaires.
Avec ces tristes morceaux de musique, on avait probablement assisté à un beau spectacle. Pour ce qui est d'une grande corrida, le débat est en revanche plus délicat.
On parle là du sable d'une arène, et non pas de planches d'une salle de concerts. Une corrida, elle, ne doit pas ressembler à un enterrement.
En remuant les souvenirs, on remarquera que les plus grandes faenas restent celles où la musique s'était tue.

Florent  

samedi 17 octobre 2015

Desplantes

Le geste du desplante n'a théoriquement aucune valeur dans le toreo. Il est généralement réalisé en fin de faena et n'a pas d'effet sur le toro. Ce n'est d'ailleurs pas un élément que l'on puisse retenir à la sortie d'une arène.
Il en existe de toutes les sortes, et son appréciation varie, selon qu'il s'effectue devant les gradins soleil de Pamplona, ou au pied du Tendido siete de Madrid. Il a habituellement mauvaise réputation, surtout quand il est racoleur et frôle la vulgarité. Sans intérêt, on l'attribue aux toreros pueblerinos venus distraire un public occasionnel. Au mieux, il servira pour la photo.

En fait, évaluer un desplante est difficile. S'il s'effectue à toro arrêté, en fin de faena, on le trouvera souvent grossier. Mais c'est probablement le toro qui définit le desplante, en fonction de sa position à ce moment-là, et le danger qu'il représente.
Et on jugera ce geste compte tenu de son exposition, plus ou moins téméraire. Pour être bon ou appréciable, il devra être exécuté au moment opportun, et à une distance qui le rend respectable.

Sur cette photo de François Bruschet, prise il y a cinq ans aux arènes d'Arles, on voit de dos Rafaelillo. Déjà habitué aux rendez-vous tendus, il affrontait ce jour-là "Intruso" de Miura, le cinquième toro de l'après-midi, sous le froid et la pluie. Cela avait été un combat haletant, alternant entre plusieurs naturelles de face extraordinaires, et les coups de tête imprévisibles du toro de Zahariche. Rafaelillo avait été d'un courage sensationnel, celui de ses plus grandes heures.

En fin de faena, sur un énième coup de tête, "Intruso" a désarmé Rafaelillo. Et c'est alors que ce dernier, face au Miura en plein mouvement, a réalisé un desplante qui n'était nullement prémédité. Un beau desplante, comme un dernier défi ou presque.
Cinq ans plus tard, Rafaelillo poursuit sa carrière dans ce même créneau de corridas. Avec ces toros-là, si ne serait-ce qu'un desplante a de la valeur, alors il faut imaginer ce que représente tout le reste.

Florent

mercredi 14 octobre 2015

Prieto de la Cal aux mille voyages

C'est une histoire de savons, d'intempéries, de corridas annulées, et d'autres qui ne sont pas allées à leur terme. Un monde de voyages pour des toros aux reflets d'or : Prieto de la Cal.
Ce nom figurera à l'affiche de la dernière corrida de la saison française, à Vergèze dimanche prochain, le 18 octobre. Les toros prévus pour cette course auraient normalement dû être combattus au mois d'avril dans la même arène. Mais la pluie en a décidé autrement, et c'est peut-être mieux ainsi, car ces toros auront six mois de plus, et les corridas de fin de saison sont parfois de bonnes surprises. Au paseo, le public retrouvera Morenito de Nîmes, qui s'habillera de lumières pour la dernière fois, Sánchez Vara et son fantastique banderillero-perchiste Raúl Ramírez, ainsi que Javier Cortés, qui se présentera en France comme matador, et que l'on a souvent vu en novilladas.

Si le nom de Prieto de la Cal inspire toujours beaucoup de sympathie chez les aficionados, il est souvent une déception pour ceux qui découvrent la tauromachie. Et ce n'est pas là une question de fond. De par les lectures et les clichés qui existent, chaque néophyte s'attend à voir dans l'arène des masses noires, obscures, telles qu'elles lui ont été décrites. Alors, voir débouler des Prieto de la Cal, majoritairement jaboneros, et clairs, peut troubler l'idée reçue. Chez Prieto, hormis les toros couleur savon qui sont les plus fréquents, il y a aussi des berrendos, des castaños et des toros entièrement noirs.

L'aficionado aime l'apparence de ce toro-là et ce qu'elle renvoie. Mais il y a également autre chose derrière cela, l'attente de la force, de la puissance et de la combativité.
Pourtant, miser sur une corrida de Prieto de la Cal à l'heure actuelle est un véritable coup de poker. Quand il sort mal, c'est à dire faible, fade et sans fond, le toro de Prieto de la Cal est encore pire à regarder que les mauvais toros de ganaderías dites commerciales. Cela fait d'ailleurs deux ans que cet élevage n'est plus revenu en France, après deux désastres à un mois d'intervalle, en 2013, à Alès et à Aire-sur-l'Adour. Pourtant, il y avait eu des toros très intéressants du côté de Céret peu de temps auparavant, en septembre 2012.
Depuis, aucune plaza française hormis Vergèze n'avait tenté le fameux coup de poker, certainement à cause des deux fiascos de 2013.

Cette année, les Veraguas ont eu de nombreuses sorties en Espagne, dans des catégories de courses très variées. Une corrida, quatre novilladas piquées, deux corridas à cheval, des novilladas sans picadors, des festivals... sans oublier cette corrida de Vergèze prévue dimanche. Toutes ces courses ont eu lieu dans des villages, et il y a eu plusieurs vueltas pour les exemplaires de Prieto. Compte tenu des arènes où ils ont été combattus, ces vueltas sont forcément à relativiser. Ce qui ne l'est pas en revanche, ce sont les bons échos et les reseñas de 2015 à propos des Prieto de la Cal, dont pas mal d'exemplaires ont été très intéressants. Lors de la prestigieuse feria de Calasparra (Murcie), c'est un Prieto de la Cal qui a reçu le prix au meilleur novillo.

Et puis, Prieto de la Cal, cela évoque quand même un truc à la fois brut et légendaire ! Une ganadería irrégulière, avec une grande variété de comportements, mais un toro qui impose dans tous les cas des faenas courtes. Les anciens évoqueront Parentis et la novillada dantesque de 1988. Mais sans remonter aussi loin, il y eut récemment, en France et en Espagne, des toros conformes à cette réputation. Notamment Vinatero, un toro châtain qui sema la terreur pendant tout son combat, en 2010 à Saint-Martin-de-Crau.
En 2008, la corrida de Prieto de la Cal de Céret n'avait pu aller jusqu'au bout, à cause d'un véritable déluge qui avait noyé la piste. Trois toros seulement avaient été combattus dans les marécages, restant au final inédits. Après cette corrida tronquée, il restait dans les corrales quatre toros, qui retournèrent dans les pâturages de La Ruiza.

Parmi eux, il y avait Aguardentero, numéro 44, qui sortit un an plus tard lors de la fabuleuse corrida-concours d'Arles. Un aller et un retour, soit deux voyages de plus. A Arles, la carcasse dorée d'Aguardentero dépassait allègrement les 600 kilos. Un toro de cinq ans, d'une présence incroyable, doté d'une bravoure brute et ancestrale. Quatre voyages à la pique, et comme un train, l'impression qu'il pouvait desservir en une fraction de seconde toutes les gares de l'arc méditerranéen, Perpignan, Narbonne, Béziers, Sète, Montpellier Saint-Roch, Nîmes, et Arles son terminus. Quatre rencontres monumentales face au picador Rafael López, et un souvenir vif ancré dans la mémoire. Pourvu qu'il y en ait encore...

Florent

(Image : Toros de Prieto de la Cal en 2008 dans les corrales de Céret)

jeudi 8 octobre 2015

Chemin des assises

C'est ce même sable qui a été le théâtre d'événements ayant un peu changé l'accès aux arènes françaises. Rodilhan est une petite arène gardoise, près de Nîmes, qui célèbre chaque mois d'octobre un festival ou une novillada (cette année, c'était les deux à la fois), et qui dans les années 90 en organisait déjà, sans que l'on puisse retrouver la trace d'une quelconque manifestation anti-taurine à cette époque.
8 octobre 2011, novillada sans picadors avec des erales de Patrick Laugier pour Santiago Sánchez Mejía, Alejandro Rubio et Maxime Curto. Avant le paseo, plusieurs dizaines d'antis-corridas sautent en piste, s'enchaînent, allument des fumigènes et haranguent l'assistance. Cette stratégie du coup médiatique n'est pas nouvelle, puisqu'en 2004 à Alès, des antis-taurins s'étaient enchaînés avec des enfants au centre de l'arène, tout comme il y eut l'envahissement de la piste de Céret en 2010.

Médiatiquement, l'envahissement de la piste de Rodilhan a fait des dégâts. Les jours et les semaines qui suivirent, les descriptions et les reportages se limitèrent à montrer la vidéo d'une évacuation musclée de l'arène.
Pas d'autres précisions, seulement ces images subjectives. Pour faire un reportage équilibré et faisant le tour de la question, il aurait pourtant fallu des heures d'études et d'interrogations. Peu importe, on a balancé les images telles quelles.

Un tel trouble à l'ordre public ne peut en aucun cas connaître un épilogue calme, a fortiori quand il n'y a quasiment pas de forces de l'ordre dans les parages. La novillada était gratuite, une initiative louable pour faire découvrir la tauromachie et donner l'accès aux arènes, mais qui fut aussi ce jour-là une possibilité pour certaines personnes d'y entrer et de semer le trouble.

Si la stratégie visait à empêcher le déroulement de la novillada, elle devait aussi être une façon de faire considérer les antis-corridas comme des victimes. On a alors entendu parler de lynchages, de violences physiques terribles, de traumatismes psychologiques à vie... Il n'y a pourtant eu aucune blessure sérieuse à déplorer ce jour-là.
Probablement ont-ils voulu se faire évacuer par la force, et l'utiliser ensuite comme tremplin de leur action, pour qu'il y ait un procès, et en faire celui de la corrida en multipliant les amalgames.
On peut réellement douter qu'en se levant ce 8 octobre 2011, les aficionados aient eu en tête l'idée ou même l'envie d'en découdre avec des antis-corridas. Loin de là même. Puisque ce matin-là, l'afición s'est réveillée suspendue à l'état de santé de Juan José Padilla, entre la vie et la mort après son effroyable coup de corne de Saragosse la veille.

L'envahissement des arènes de Rodilhan, c'était un peu enfoncer des portes ouvertes. Deux semaines plus tôt, le 25 septembre, Barcelone a donné sa dernière corrida. Et le 18 septembre, à Nîmes, en pleine corrida, des antis-taurins ont manifesté devant les arènes, souillant au passage la statue qui représente Nimeño II. Une provocation inutile, pour des aficionados qui aimeraient seulement se rendre aux arènes tranquillement, sans échauffourées ni heurts.

Aussi ridicule que soit cette manifestation non-déclarée de Rodilhan, elle a tout de même marqué une nouvelle étape. Jusqu'alors, on se rendait aux arènes sans encombres. Dans de rares endroits, il y avait déjà des manifestants avec des pancartes, plus ou moins silencieux.
Mais depuis, on a vu de vrais déferlements de haine, sans pour autant que le nombre d'antis-taurins soit considérable. Des remous à Alès, Carcassonne, Magescq, Mimizan... et d'autres envahissements de piste à Rion-des-Landes, Maubourguet, Palavas, Bouillargues ou encore Béziers, avec des variantes à l'enchaînement, comme le lancer de clous ou de verre pilé.
Devant de nombreuses arènes, les uniformes, inhabituels jusqu'alors, se sont mis à fleurir. Le but de la manœuvre, criminaliser les aficionados, les faire passer pour des êtres de la pire espèce, et faire dépenser aux collectivités territoriales des sous dans le domaine de la sécurité. Avec l'instauration de barrages filtrants, de barrières, et de détours pour se rendre aux arènes. Mais le plus insupportable dans cette nouveauté, c'est l'impression d'aller à une corrida comme on irait à son jugement.

Un peu plus loin, certains braillent, insultent, ou annoncent pacifiquement que la prochaine manifestation anti-taurine ressemblera à "Apocalypse now". De mieux en mieux. Dans le paysage, ce sont pourtant souvent les mêmes pancartes qui reviennent, et les mêmes personnes qui les tiennent. On n'a pas l'impression que le nombre de manifestants se soit amplifié.

Ceux-là considérent que la corrida fait partie d'un monde obsolète, qu'il faut changer et rendre à tout prix meilleur, en passant par son interdiction. Et si ce constat-là était erroné et que la corrida ne faisait pas partie de ce monde-là ?
Pas mal d'aficionados sont en tout cas pressés que le temps passe, pour que les uniformes et les barrières ne soient plus de mise autour des arènes. Des endroits où l'accès devrait rester libre. Et à Rodilhan aussi...

Florent

(Image de Jérôme Vignal : Paseo du festival de Rodilhan, le dimanche 4 octobre 2015)

samedi 3 octobre 2015

Corbacho dans le texte

C'est à se demander si ceux qui ont limité ces dernières années la corrida à une définition d'art et de spectacle ne l'ont pas dévalorisée. La tauromachie, c'est pourtant bien plus que ça. Un domaine à part.
Quand la vérité de l'arène reprend ses droits, et que Madrid sa capitale remet les choses à l'endroit, les supports visuels et l'aspect extra-taurin sont relégués à des années lumières. L'important, et il ne faudra jamais cesser de le redire, c'est ce qui se passe en piste.

Dans un habit bleu cobalt et or, Alberto López Simón ne peut pas empêcher la métaphore avec José Tomás. Ce dernier s'est souvent distingué dans un costume identique. Le point commun pour ces tenues, les jours de grand courage, c'est qu'elles ont besoin de plus qu'un simple pressing pour recouvrer leur état initial. Oui, López Simón fait penser à Tomás. Le même regard, les mêmes prises de risques, le même caractère stoïque alors que la corne a percé la chair.

Mais au-delà des ressemblances, il y a l'impact d'Antonio Corbacho sur la tauromachie. Corbacho, disparu en 2013, ancien torero, apoderado de toreros, et notamment de José Tomás. Corbacho préconisait le stoïcisme et l'extrême courage, inspiré de celui des samouraïs.

On peut établir autant de comparaisons que l'on souhaite, mais le présent, c'est Alberto López Simón. Une silhouette frêle à cinq heures et demi au moment de se pointer au paseo. Certainement pas mal de kilos perdus du fait des deux graves cornadas (Madrid et Albacete) et des multiples volteretas de sa saison 2015.

Sa grande saison même. Car avant cette année, la carrière de matador de López Simón n'avait pas connu de grands coups d'éclat. En tant que novillero, il avait eu des sorties importantes, mais difficilement comparables à celles d'aujourd'hui. On l'avait vu pour la dernière fois en France en 2011.
L'alternative, il l'a prise en 2012 à Séville : une oreille avec blessure. Sa carrière aurait pu en rester là, sans lendemains glorieux. Souvent châtié par les cornes des toros, il serait réducteur de considérer López Simón comme un trompe-la-mort. Il est né en 1990 à Madrid, dans le quartier de Barajas, juste à côté de l'aéroport. Et à quelques kilomètres de là, 25 ans plus tard, sa carrière s'est envolée.

Hier, le présent donc, c'était sa troisième corrida de l'année à Las Ventas. Un mano a mano avec Urdiales, et un rendez-vous avec les toros de Puerto de San Lorenzo, que l'adjectif "pas terribles" qualifierait le mieux. Mansos, manquant de caste et de fixité. Absence de bravoure. Rien de notable non plus en présentation. Il y a bien mieux dans l'encaste Atanasio.
Dans son combat face au deuxième toro de l'après-midi, Cubanoso, un manso qui a tendance à reculer, Alberto López Simón confirme son courage gigantesque. Le toro n'a pas de qualités, mais López Simón, en le faisant passer près, en toute sincérité, fait passer des frissons par la même occasion. Torero jeune et plein d'envie, il se fait accrocher, et reçoit un coup de corne à la cuisse. Son visage devient blanc, livide, au bord du malaise. Il porte l'estocade dans le haut, obtient une oreille de courage, et doit être porté à l'infirmerie.

Personne ne l'oblige à en ressortir, compte tenu de la blessure. Et les médecins lui déconseillent. Quarante-cinq minutes plus tard, il fait son retour, et traverse la piste pour atteindre le burladero. Ce n'est pas un chemin théâtral, mais seulement le trajet le plus court pour arriver là-bas. Alberto López Simón a la tête baissée, et physiquement, il souffre.
Face à Caratuerta, le cinquième toro de l'après-midi, il se surpasse. Entre grand courage, répertoire classique, toreo profond et cites de face, il offre des moments d'intense émotion. Restera l'image de ce torero immobile dans la douleur. Au moment de l'estocade, près du toril, c'est son artère fémorale droite qu'il offre. C'est une estocade a recibir, sans bouger. Jubilatoire ! Il obtient une oreille, tandis que certains en demandent une seconde. Elle aurait sans problème pu être accordée, mais qu'importe, puisque cette émotion là dans une arène n'est pas négligeable.

Troisième triomphe de la saison 2015 à Madrid pour le seul López Simón. On ignore si sa carrière s'inscrira dans la durée, chose honorable pour tout matador. Il est en tout cas bien plus qu'une simple révélation, et bien plus qu'un produit de consommation dont toutes les empresas voudront s'emparer pour leurs affiches dès la saison prochaine. L'important c'est le présent. Dans la lignée historique de toreros illustres, López Simón a montré que la corrida n'était ni un art ni un spectacle, mais bien plus que ça...

Florent


(Image de Juan Pelegrín : Alberto López Simón à Las Ventas, le vendredi 2 octobre)

mercredi 30 septembre 2015

Culture du mensonge

Cette photo date du début de l'année 2014. La première surprise, à la découverte de cette sangria fabriquée en Catalogne, c'est le sang sur le dos du toro, grossièrement rendu écarlate par un montage informatique. De quoi attirer le regard, le sens du commerce. La deuxième, qui m'étonne encore plus, c'est la présence de telles étiquettes dans un supermarché situé dans la communauté autonome de Catalogne. Je ne pourrai vous en dire davantage sur le produit, ne l'ayant pas testé. Au moment de prendre la photo, je me souviens du regard de deux clients du magasin, m'observant l'air moqueur. Je pouvais imaginer immédiatement la teneur de leur pensée : "Ce con doit être vraiment possédé pour prendre de telles photos".

Étonnement donc, en remarquant ces bouteilles. Parce que la Catalogne a interdit la corrida depuis quelques années, et a pour habitude d'en faire disparaître les représentations. A Lloret de Mar, les arènes ont été démolies. A Olot (qui se situe dans la province de Gérone, comme Lloret), certains aimeraient bien en faire de même. Tandis qu'à Barcelone, bien des années auparavant, on avait déjà transformé une plaza de toros en centre commercial. Il n'empêche que la présence de ces foutues bouteilles dans un supermarché catalan n'a l'air de choquer personne. Alors, pourquoi serait-ce différent ailleurs en ce qui concerne les représentations de la corrida ? Là où la tauromachie existe car légalement admise ?

Ce sont ces questions qui me sont récemment venues à l'esprit. En cause, une école nîmoise, soumise à un lobbying extérieur, dénonçant une fresque réalisée par des enfants il y a presque dix ans, et qui représente une arène romaine, un toro et un torero. En fin de compte, la fresque a été honteusement sabotée, puisqu'il ne reste dessus que le colisée de pierres et son sable. Pire encore, les responsables de cette initiative s'en sont publiquement vantés.
En apprenant cet acte d'une bassesse lamentable, on est partagé entre l'envie de réagir et celle de ne rien dire. En tout cas, aucune envie de se lancer dans des comparaisons historiques hasardeuses, seulement celle de pointer l'incohérence et l'ineptie.
Pour en arriver à ce niveau, qui est celui de combattre la représentation même de la tauromachie, il y a bien entendu une explication.
En France, pour parvenir à leurs fins, les plus farouches opposants à la corrida ont toujours eu comme première stratégie celle d'en faire un sujet de société. Or, la corrida n'existant que sur un territoire limité du pays, et pour bien d'autres raisons aussi, elle n'est pas un sujet de société comme certains aimeraient le faire croire.

Ceux-là mènent campagne depuis longtemps contre la corrida, si bien que leur lobbying se compte en décennies. Et des résultats bien maigres au final, qui doivent se contenter de victoires absurdes, comme celle de faire disparaître des représentations visuelles de la tauromachie.
Devant l'inefficacité du débat instaurant la corrida comme "sujet de société auquel il faut remédier", ces associations-là ont dû le décliner en plusieurs branches afin de sensibiliser. On a alors vu apparaître : "La corrida et les troubles psychologiques pour les enfants" ; "La représentation choquante que peuvent constituer les images de corridas"... Et ainsi de suite.
Le malheur de cette politique obsessionnelle contre la corrida, c'est qu'elle a convaincu des personnes de ce mensonge. Car ces personnes-là sont parfois présentes le dimanche au pied des arènes, vous traitant de barbares, de sauvages ou de dégénérés. Elles-mêmes désinformées.

Curieuse attitude que de vouloir éradiquer des illustrations et des dessins représentant la tauromachie. Il est à parier que si la fresque avait représenté deux gladiateurs en train de s'entretuer, les mêmes personnes n'auraient même pas réagi. A quelques millénaires d'écart, c'est pourtant la mort d'hommes que l'on représente. Mais il n'y a pas besoin de fresque de gladiateurs, puisque la télévision fournit chaque soir et en grande quantité, en fiction ou pas, l'image de mort d'hommes. Une image dont au final on s'indigne bien peu.
Je n'arriverai jamais à concevoir la logique de ces associations, qui en sont arrivées à ces exploits grotesques et ridicules. Dure époque aussi, où l'on met exactement au même étage, de véritables sujets d'indignation et d'autres qui ne le sont pas.

Pour en revenir à la corrida, en France, aucune loi et aucune jurisprudence n'interdisent à des enfants d'aller aux arènes, ni même de dessiner ce qu'il s'y passe.

Dis leur que leur connerie est déplorable et abyssale...

Florent

mardi 29 septembre 2015

Rêves et cauchemars

Certains diront que ce geste était raisonnable. Mais pour commencer, aller affronter des toros, est-ce bien rationnel ?
Il existe plusieurs façons de mettre un terme à une carrière. La temporaire et provisoire, qui peut se cacher derrière un communiqué de presse en plein hiver. Et puis il y a l'autre, plus courageuse, plus radicale et définitive cette fois : se couper la coleta en piste. Dimanche à Arnedo, Louis Husson a opté pour cette seconde solution.
Émettre un jugement de valeur sur ce geste est chose difficile. Dire que ce geste est d'une grande lucidité est une considération parfaitement dégueulasse qu'il faudrait éviter, puisqu'elle varie entre compassion et condescendance. Parce qu'il s'agit d'un jeune torero de 19 ans, et parce qu'un tel adieu, c'est avant tout la mort d'un rêve. A l'heure où chaque novillero songe à l'alternative.
Le chemin et l'aventure, c'est aller le plus loin possible, en intégrant le projet au rêve. Il n'est en aucun cas question d'aller festoyer pendant un quart d'heure devant les cornes, pour ne pas y donner suite. On parle là de véritables sacrifices, d'une carrière de torero, et pas d'un folklore d'aficionado práctico.

Dans l'arène comme dans la vie, les gestes peuvent parfois dépasser la pensée. A Arnedo, Louis Husson a décidé de renoncer à un futur de lumières, de succès et de désillusions. Plutôt que de marquer un temps d'arrêt dans sa carrière, il a fait ce choix, assumé en plein jour.
A Arnedo, la distance avec la France avait peut-être de quoi en faire un adieu moins douloureux. Louis Husson y est allé, malgré sa fracture du pouce subie à Nîmes dix jours auparavant, parce que c'était la dernière novillada de sa saison, dans le cadre du Zapato de Oro. Ce sera également la dernière de sa carrière.

19 ans, c'est bien jeune pour un départ en retraite, même si la saison écoulée n'a pas connu de bilan positif. Cette remise en question-là, aboutissant à une décision irrémédiable, a quelque chose de terrible qu'on ne peut mesurer sur le moment.
Louis Husson ne s'habille de lumières que depuis trois ans, depuis 2012, l'année où il a officié pour la première fois en novillada non piquée. Trois ans, rien à l'échelle du temps, mais un parcours à la fois bref et intense.
Qui aurait pu prédire, à l'été 2013, que le dénouement arriverait aussi vite ? Cette année-là, Louis Husson remportait le trophée des novilladas sans picadors de Dax, en obtenant trois oreilles face à des erales de Salvador Domecq, avec des arènes pratiquement pleines pour cette course. Il fallait y voir une victoire de l'afición. La veille déjà, Louis Husson avait coupé deux oreilles face à un Baltasar Ibán. S'agissant d'un débutant, tout n'était pas parfait, loin de là, mais cette jeunesse et cette fraîcheur avaient de quoi en faire parler à long terme. Un espoir.

Baltasar Ibán qu'il retrouvera au début de l'année 2015 à Mugron. Une novillada sérieuse, exigeante et pleine d'adversité. Face au cinquième novillo, il se jettera littéralement dans les cornes au moment de l'estocade. Preuve d'envie et de grande détermination. A Aire aussi, les choses fonctionnent plutôt bien face à un Valdellán.
Mais à Captieux, début juin, la mécanique et les aciers s'enrayent. Et au cartel, il y a Andrés Roca Rey. On voit déjà une grande carrière à ce dernier. Est-ce pour autant que les autres doivent souffrir de la comparaison ? En sachant aussi qu'aucune carrière n'est écrite à l'avance. Et puis, il existe des carrières très variées, dans des registres différents. A Captieux donc, Louis Husson laisse filer un bon novillo d'El Pilar, très noble, et que la terre entière aurait aimé avoir au sorteo.
Le reste de la saison sera une succession de rendez-vous manqués, tout en restant digne à chaque fois. Plus l'année avançait, plus on pensait que le déclic reviendrait chez ce jeune novillero landais.

Louis Husson, qui était seul au monde un an plus tôt, au Plumaçon, pour la novillada-concours des fêtes de Saint-Perdon. Ce jour-là, le destin avait écrit que tout le monde pourrait finir à l'hosto. José Garrido et Alejandro Marcos ont été accrochés de façon dramatique, et Louis Husson a dû terminer seul. Deux oreilles obtenues... Mais la torería nécessaire pour ne pas sortir en triomphe, quand d'autres ne s'en seraient pas privés. On le vit ailleurs aussi, refuser la superficialité de certains tours de piste, quand un simple salut au tiers suffisait. L'arrogance et la suffisance, deux choses totalement absentes chez ce garçon, que ce soit en plein soleil ou sur des pistes version piscine, comme ce fut le cas à Rieumes un jour de flotte.

Dans un entretien consacré à la présentation d'une novillada de l'été 2015 dans le Sud-Ouest, Louis Husson semblait vouloir se détacher de l'image du "señorito dacquois", comme il le disait. Mais avant ou après, il n'y avait justement point de señorito. Louis Husson, aucune consonance hispanique, aucun trucage, ni surnom, ni sobriquet, ni maquillage. Seulement s'assumer ainsi, tel quel.
En acceptant aussi d'aller à certains endroits que beaucoup d'autres ignorent. Des arènes comme Orthez, Parentis, ou se frotter à une novillada de Moreno de Silva à Villaseca de la Sagra, ou bien une de Barcial à Pedrajas de San Esteban. Et aussi, voir plus de toros, de charpentes et de cornes que de nombreux matadors. Car ce constat-là est bien réel.

Souvent, comparer un torero ou un novillero en activité avec un autre du passé peut être un joli compliment. Mais l'on peut aussi le considérer comme négatif, avec l'image des pâles copies. Dans l'arène, Louis Husson aura été au bout de lui-même, en incarnant seulement sa volonté d'aller de l'avant, avec ses armes et sa personnalité.

Sur sa route, à Arnedo, son second novillo d'Ana Romero s'appelait "Romancero". Un hasard. Mais toutes les novilladas qu'il eut à combattre n'étaient pas des petites histoires ou des brèves de comptoir. C'était le chemin nécessaire, du passage de l'adolescent à l'adulte, face aux toros.

En quittant cette route, Louis Husson a décidé de ranger l'habit de lumières. Celui qui attire les amateurs de tout ce qui brille. Versatiles, et parfois à la mémoire sélective. Quand ils reverront ce jeune homme, dans d'autres circonstances, ils devront mesurer que celui-ci est torero pour toujours, car il a démontré dans l'arène son droit de l'être.  

Florent

(Image de Julien Capbern : Louis Husson face à "Aparecido" de Los Maños, le 9 août à Parentis)

lundi 28 septembre 2015

Isla Mínima

Fin septembre, voilà que l'on plonge un peu plus dans l'automne. C'était un week-end de départs inattendus. Celui de Louis Husson tout d'abord, il y a à peine 24 heures, et dont on ne peut pas réellement parler à froid. Pas envie non plus de faire l'éloge funèbre de la carrière d'un jeune homme de 19 ans. Non, il y a bien d'autres façons d'évoquer ce parcours honorable. Et il faudra revenir sur ce sujet prochainement.

La scène à l'image est bien connue, et a également un rapport avec ce week-end. Louis de Funès et Yves Montand, deux vedettes du cinéma français, en 1971 dans La Folie des grandeurs. La scène a été tournée dans la propriété de la Isla Mínima, à La Puebla del Río, au bord du Guadalquivir. Cette arène de tientas, au décor somptueux, appartient à l'élevage des héritiers de José María Escobar.
En voyant, année après année, la programmation de la Maestranza de Séville, il y a beaucoup de ganaderías, pourtant basées à moins de 100 kilomètres à la ronde, qui en sont absentes, même en novilladas, et auxquelles on ne donne aucune chance. Celle de José María Escobar en fait partie.

A chaque fois que cet élevage est annoncé dans une feria, cela fait bien entendu repenser au fameux film. Mais en plus de cette sympathique image qu'il peut renvoyer en France, il a surtout une sacrée histoire, qui s'est construite sur celle de l'élevage de Graciliano Pérez-Tabernero, il y a presque 80 ans, et dont José María Escobar avait acheté une grande partie du troupeau.

Ce week-end, les toros de chez Escobar étaient programmés à Corella, en Navarre, à l'autre bout de l'Espagne, loin de ses bases marécageuses du Guadalquivir. C'était une corrida de rejoneo, et la toute première sortie de la saison 2015 pour la ganadería. Mauvais présage.
Sur son excellent site internet "Toros en Navarra", Koldo Larrea relate, avec beaucoup de détails et de précisions, toutes les corridas, novilladas et encierros qui se déroulent en Navarre.
Ce qu'il rapporte du lot de samedi à Corella, bien que ce soit une corrida à cheval, n'est pas flatteur pour l'élevage des héritiers de José María Escobar.
Ce qui est à la fois le plus étonnant et le plus dur, c'est que la reseña mentionne qu'il était question du dernier lot de l'histoire de la ganadería ! Coup dur. Une ganadería qui d'ailleurs comporte deux fers : celui des héritiers de José María Escobar, et celui de Mauricio Soler Escobar. Beaucoup de toros gris, mais pas seulement, et l'encaste Santa Coloma bien présent avec les branches Graciliano et Buendía.

Ainsi à l'avenir, la magnifique propriété de la Isla Mínima ne verrait donc plus grandir de toros de combat. Le fer de José María Escobar avait une particularité, qu'il partageait seulement avec celui de Miura. Cette particularité était de posséder deux devises différentes : une à Madrid, et une autre pour la "province".

Lire et apprendre que l'histoire de cet élevage prend fin est surprenant, car il y a peu de temps, il a connu un sursaut. Une course intéressante à Madrid en 2012, une novillada à Céret la même année, et une corrida à Vic-Fezensac en 2013. Pour cette dernière, le toro le plus intéressant du lot s'appelait "Rociero", un nom qui ne pouvait en aucun cas trahir sa provenance géographique.

Florent

jeudi 24 septembre 2015

Saint-Ferréol 95

Avec les moyens d'aujourd'hui, les belles photos de toros sont de plus en plus fréquentes. Mais les images qui restent historiques, parce qu'elles transmettent un "truc" supplémentaire, sont elles beaucoup moins nombreuses.
Pratiquement depuis que je vais aux arènes, j'ai grandi avec ce cliché d'anthologie de Michel Volle. On y remarque cette puissance incroyable qui se dégage, la sérénité apparente du picador dans une telle situation, et l'expression des visages dans le public. A propos de ce moment précis, Jacques Durand avait écrit "A la cinquième rencontre, à la seule force de son cou, il soulèvera à un mètre de hauteur le cheval, le picador, le Vallespir, la gare de Perpignan et le département des Pyrénées-Orientales". L'imposant novillo sur l'image, c'est "Cubatisto" de Dolores Aguirre, face au picador José Ignacio Domínguez. C'était à Céret, et "Cubatisto" était destiné au sorteo à Rafael González, qui prendra l'alternative dans les mêmes arènes l'année suivante. Et c'était le 24 septembre 1995. Cette photo a (déjà) vingt ans.

Florent

mardi 22 septembre 2015

Granier en acier

Patio de caballos des arènes de Vic-Fezensac, dimanche 20 septembre, il est 16 heures 15. Un bonhomme, la quarantaine bien sonnée, fait quelques mètres l'air inquiet et s'adresse à la présidence qui est dans les parages. Il fait remarquer que certaines piques pourraient être montées à l'envers. Donc, place à la vérification.
Le bonhomme, il s'appelle Philippe de Lapeyre, dit "El San Gilen". C'est un ancien matador qui est désormais à la tête d'une école taurine, et que l'on voit parfois en tant que banderillero en novilladas. Il y a un mois à peine, dans ses arènes de Saint-Gilles, il a reçu un grave coup de corne. Quand il portait l'habit en or il y a maintenant plus de vingt ans, le San Gilen avait une particularité. Au deuxième tiers, il lui arrivait parfois de poser deux devises en guise de banderilles !

Mais si le San Gilen était là dimanche à Vic, c'est parce qu'il est un proche de la famille Granier, dont six novillos allaient être combattus. Normalement, c'est un lot de Hoyo de la Gitana que l'on aurait dû voir, mais dont l'avarie profita à l'élevage de Saint-Martin-de-Crau.
La veille, à l'autre bout de la France, on apprit cette défection, et il fallut embarquer rapidement les novillos. En pleine nuit, les Granier sont montés un à un dans le camion, adieu les Bouches-du-Rhône, direction le Gers et Vic-Fezensac. Une arrivée dans les délais, le luxe, encore mieux que la SNCF et Blablacar.
La dernière course complète de Granier avait justement eu lieu à Vic, à Pentecôte 2012, et c'était une corrida. Les sorties de ce petit élevage d'encaste Santa Coloma sont donc rares.

A Vic, les six novillos étaient tous baptisés en "A". Ce qui nous donne dans l'ordre : Acrisolado, Aceitunero, Amador, Amolador, Aladero et Acogedor. Bien présentés, ils ont surpris par leur tempérament en acier. On comptera au total vingt-deux piques, dures, fortes, appuyées, mal données, mais sans qu'aucun novillo n'accuse ensuite de signes de faiblesse. Les quatre premiers Granier s'avéreront distraits, réservés et courts de charge à la muleta, et les deux derniers beaucoup plus encastés.
"Aladero" le cinquième, prit quatre fortes piques en brave, avec malheureusement des cariocas la plupart du temps. Encasté, il fut le meilleur novillo de l'après-midi, et proposait dans la muleta une charge noble et exigeante. Guillermo Valencia s'exposa, et tenta de faire de son mieux, mais il ne parvint pas à se hisser à la hauteur d'Aladero. Après une estocade delantera mais engagée, il y eut une pétition d'oreille pour Valencia. Mais la présidence ne l'accorda pas, tandis qu'elle n'aurait guère été scandaleuse (il était question d'une novillada). En revanche, le mouchoir bleu fut sorti pratiquement sans pétition, et il y eut à ce moment-là une division d'opinions sur les gradins. Mais après tout, pourquoi ne pas primer un novillo important et intéressant, qui a pris ainsi quatre piques, et a combattu avec bravoure jusqu'au bout ? L'argumentaire défendant le tour de piste pour ce genre de novillo peut parfaitement être justifié.
Pour clôturer l'après-midi, il y eut le sérieux "Acogedor", au pelage gris comme ses frères, quatre piques lui aussi (franchement infâmes cette fois), mais qui démontra mobilité, caste et combativité jusqu'au bout. Le voir résister pendant longtemps après l'estocade était une belle image, car il y avait là énormément de caste.

Chez le trio de novilleros Sud-Américains, malgré son courage, le colombien Guillermo Valencia n'a pas été à son grand niveau montré à Parentis ; le péruvien Joaquín Galdós (l'une des révélations de l'année) s'est peu engagé et a déçu ; tandis que la satisfaction est venue du vénézuélien Manolo Vanegas. Face au quatrième, difficile et qui gardait toujours la tête haute, Vanegas s'est mis de face, signant une faena essentiellement gauchère, avec beaucoup de mérite et de courage. L'estocade engagée et sincère lui permit d'obtenir le seul trophée de l'après-midi.

On gardera dans tous les cas un excellent souvenir de cette novillada. Les pensionnaires de Granier, venus au dernier moment, auront comme par magie fait oublier que dans les corrales, il y avait des novillos de Hoyo de la Gitana qui étaient la tête d'affiche initiale ! Partis de La Crau dans la nuit, les Granier ont quitté l'air méditerranéen pour combattre en Gascogne, et y vendre chèrement leur peau.

Un souvenir qui fera plaisir à ressasser dans quelques semaines, une fois la saison terminée, quand la cruauté de l'automne et du changement d'horaire feront tomber la nuit sur les coups de 17 heures 30.

Florent