jeudi 8 janvier 2015

2015 au teint livide

Au 1er janvier de chaque année, la tradition précipite chacun à adresser au plus vite ses vœux et ses pensées. Mais il y a certaines années, où comme par méfiance, on préfère attendre. Pas par paranoïa, mais peut-être un peu par superstition, car l'on ne sait jamais. Attendons plutôt le 10 ou le 15 de ce premier mois de l'année, et voir si le millésime a bien commencé. 
Mais tard dans la nuit du 7 au 8, le sommeil est difficile à trouver. Il y a, pour plusieurs générations, comme un sentiment de jamais vu. 
Comme un polar de troisième zone, une chose qui ne pourrait arriver que dans le scénario d'un mauvais film de série B. Pourtant l'orage est tombé, ici, en France, notre pays, que l'on pensait dorénavant en sécurité et à l'abri de ce genre de méfaits. Et il ne faut pas oublier qu'ailleurs dans le monde, en certains endroits, il existe chaque jour des horreurs du même genre. 
Ici, on a vu le ciel grisâtre se couvrir de tâches de sang. 
Il n'est pas question du bout du monde, mais de Paris. Une réalité insensée, au goût de carnage, à cinq-cents mètres à peine de la place des Vosges, là où a vécu Victor Hugo, précurseur pour son époque en matière de libertés. 
Ce qui s'est passé ce mercredi 7 janvier est choquant à plus d'un titre. Parce que le meurtre est répugnant et que personne n'a le droit d'éliminer une vie humaine, et de choisir la date et l'heure de l'exécution. Toute cette horreur avait de quoi rendre aphone, et il y avait encore plus de sang qu'au bar du Téléphone...
Et puis, cette douloureuse question de meurtres en grande quantité... La cause ? Simplement des opinions.
Il ne s'agit pas en outre d'une bombe ou d'un colis piégé qui auraient explosé et tué aléatoirement. Non, ce sont bien des armes, précisément pointées sur chacune des victimes, les unes après les autres. La volonté de tuer froidement, comme s'il s'agissait d'un acte banal, assimiler et normaliser ce comportement, comme un quidam qui irait simplement faire ses courses au supermarché.
Et enfin, la chose probablement la plus choquante, c'est qu'en 2015, on puisse assister en direct ou presque à un tel effroi. La mort en direct oui, relayée presque instantanément grâce aux avancées technologiques. Putain, on aurait quand même bien aimé en être épargné ne serait-ce que ce jour de janvier. Éviter d'être confrontés aux images de ce policier abattu, tandis qu'il était touché et allongé sur un trottoir. Il se trouvait là malheureusement sans échappatoire.   
On aimerait que l'écran s'éteigne et que l'on nous dise que tout cela est pure fiction. 
Hélas, l'impensable est arrivé. Il a touché des journalistes satiriques, qui parfois tentent de faire rire sur des sujets délicats. Ce fut déjà le cas il y a plus de quarante ans avec (le prédécesseur) Hara Kiri, la mort du général de Gaulle, et le célèbre "Bal tragique à Colombey". Mais les journalistes satiriques, peut-être même bien au-delà de leurs propres pensées, endossent le rôle du second degré et d'une actualité décalée, toujours avec le rire. Mais leur mort violente, à eux, ne nous fait absolument pas rire. Elle rend triste et pose énormément de questions. 
Avec le recul, ces personnes lâchement abattues passeront certainement à la postérité, pour le travail qu'elles ont accompli. On aurait tout de même préféré éviter un tel dénouement, même si nous nous souviendrons toujours de ce mercredi 7 janvier, le jour où elles sont toutes tombées. Leurs coeurs se sont soudain arrêtés de battre. Et orpheline de leur humour acide, 2015 aura définitivement un teint livide. 

Florent

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