mardi 27 janvier 2015

Revenir (Rétro 2014)

A chaque nouvelle époque, des barrières et des clichés disparaissent. Depuis quelques années, on remarque que les toreros ont progressivement perdu l'image mystique et secrète d'autrefois. 
Finis les entraînements dans l'ombre et l'anonymat, et les habits de lumières précieusement conservés dans des armoires, sauf bien entendu les jours de courses. 
Bienvenue aux nouvelles générations. Les toreros et les novilleros se sont mis à Internet. On en retrouve beaucoup sur Facebook ou Twitter. Et forcément, cette image presque sacrée du torero a disparu, au profit de photos et de vidéos diffusées à peine quelques heures après des tentaderos ou des entraînements.  
Mais au fond, à bien y regarder, tout n'a pas forcément changé. 
Pour les novilleros, qui sont les plus jeunes à exercer dans l'arène, on prend souvent la métaphore de l'école. Car les novilladas, c'est un peu comme à l'école, les jeunes sont là pour apprendre. Sauf que les novilleros constituent la catégorie qui chaque année est la plus exposée aux blessures sérieuses ou graves. On entend moins parler de leurs blessures, car celles des matadors confirmés sont toujours les plus relayées dans l'information, mais elles sont en tout cas plus nombreuses. C'est une certitude. 
Dimanche 31 août, au Plumaçon, traditionnelle novillada des fêtes de Saint-Perdon. Les organisateurs de ce petit village landais célèbrent pour la sixième année d'affilée leur course à Mont-de-Marsan. Leurs arènes en bois, au début de l'été 2009, ont brûlé et ont été rayées de la carte communale. 
Il n'y a pas, ce 31 août, la même affluence qu'aux fêtes de la Madeleine du mois de juillet. Pas de difficultés pour se garer ou circuler à pied, pas d'agitation festive et bruyante. 
C'est une novillada-concours à l'affiche. Elle débute avec un novillo de Palha plutôt fade, se poursuit avec un Castillejo de Huebra imposant et sans charge, et prend un tournant incertain avec un Valdellán coriace et difficile. 
Mais c'est au quatrième novillo de l'après-midi que la course bascule dans l'effroi. En fin de faena face à l'exemplaire de Pedraza de Yeltes, José Garrido est envoyé dans les airs pour une voltereta vertigineuse. Il retombe lourdement, sur le sable, la tête la première, et l'on se demande comment a-t-il pu se relever. Qu'importe le choc, il reste en piste, groggy et complètement sonné, pour aller jusqu'au bout du combat.
Face au cinquième, de Sánchez Herrero, Alejandro Marcos (en rouge et or) est victime d'un accident encore plus effrayant. Il glisse, et son opposant, sans aucune pitié, le choppe au niveau de la jugulaire, mais l'épargne... Curieusement, c'est exactement au même endroit de la piste que le novillero Roberto Blanco avait été blessé au cou deux ans auparavant, face à un Baltasar Ibán. Marcos est porté de toute urgence à l'infirmerie, mais il revient également pour estoquer le Sánchez Herrero. 
Enfin, le landais Louis Husson se fait lui aussi cueillir par son second adversaire, de l'Astarac, un novillo très intéressant, encasté, qui a provoqué un tiers de piques spectaculaire, mais ne pardonne guère les erreurs. Pour Husson, l'accrochage est moins grave, mais tout aussi impressionnant. 
Après-midi de sueurs froides, où les trois novilleros, éprouvés physiquement, ont fini leurs combats sans chaquetillas. Garrido sera conduit à l'hôpital, Marcos passera pas mal de temps à l'infirmerie, et Husson décidera de ne pas sortir en triomphe, malgré les deux oreilles obtenues. 
Le point commun de ces trois novilleros aura été de revenir coûte que coûte, préférant aller jusqu'au bout de leurs moyens quitte à risquer les trois avis, plutôt que de se faire porter pâle à l'infirmerie. Et pourtant, ils auraient pu ne pas revenir en piste, puisque Garrido souffrait d'un fort traumatisme crânien, et Marcos d'une sérieuse griffure à la gorge. 
L'âge moyen de ces novilleros, de la nouvelle génération, est de vingt ans. Mais tout n'a pas changé. Le pundonor fait partie de ces valeurs qui ne se perdront pas. 
Les trois sont "revenus", et rien que pour ça, nous aurons envie de les revoir en 2015...

Florent

(Photo de Sophie Peysalle parue dans Semana Grande)

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