dimanche 8 février 2015

L'incompréhensible colère des toreros français (A paraître dans Semana Grande...)

Surprenante fut la publication du communiqué des professionnels taurins français ce vendredi 6 février. Nous le reproduisons par ailleurs in extenso à l'intérieur du journal de cette semaine. 
La situation actuelle n'ayant rien à voir avec celle d'autrefois, nous avons été étonnés par les propos tenus dans ce communiqué. Ils peuvent bien entendu être justifiés, mais nous semblent, de notre point de vue, excessifs. 
Comme une impression aussi d'un communiqué écrit dans la précipitation, où l'on crie au scandale, en plein hiver, contre plusieurs organisations qui n'ont pas mis dans leur cartel de toreros ou novilleros français. Les signataires demandent en outre aux organisateurs d'appliquer une sorte de "préférence nationale" au moment d'élaborer leurs affiches. 
Mais si l'on fait un comparatif historique avec une époque passée, on remarque que la situation des toreros français a évolué positivement en termes d'engagements dans les cartels. 
Le communiqué demande, enfin, certaines choses qui existent déjà, comme c'est le cas pour les novilladas sans picadors.


Prenons l'exemple de la temporada 1995 en France. Cette année-là, 19 postes furent accordés aux matadors français (qui étaient au nombre de 8) lors des 66 corridas de la saison. En 2014, sur 74 corridas en France, 57 postes furent confiés à des matadors français (qui étaient au nombre de 14). Mieux encore, si l'on considère l'histoire des corridas en France, sur les dix matadors qui ont le plus effectué de corridas dans notre pays, six sont de nationalité française.
Quant aux novilladas piquées, les éléments de comparaison sont moins évidents compte tenu du nombre décroissant de courses de cette catégorie. Toujours en 1995, 35 postes furent confiés aux novilleros français (8 au total) lors des 53 novilladas de la temporada. En 2014, seulement 15 postes étaient destinés à des français en novilladas piquées... Mais il n'y eut que 33 novilladas au total, et deux novilleros français représentés. 
Idem pour les ganaderías. En 1995, on comptait 7 lot de toros français, contre 12 en 2014. Et en 1995, 13 lots de novillos sur 53 novilladas, contre 10 lots de novillos sur 33 novilladas en 2014. Les ratios ne sont pas les mêmes.
La présence d'acteurs français est encore plus parlante dans le domaine des novilladas sans picadors. En 2014, sur 191 erales combattus, 156 provenaient d'élevages français ! Et lors des 42 novilladas non piquées célébrées l'an dernier en France, 59 postes furent confiés à des apprentis-novilleros français. 
Quant à la saison 2015 qui n'a pas encore débuté, 14 postes sont destinés à des français sur les 18 corridas qui sont pour le moment officiellement annoncées, et 5 postes pour les 5 novilladas dont le cartel a été publié. 
On a donc bien du mal à comprendre le point de vue offusqué du communiqué publié hier par les professionnels taurins français.


Difficilement compréhensibles sont aussi certains arguments avancés. Y est mentionné le soutien d'une "majorité d'aficionados", qui reste pour nous énigmatique. Dans cette même mêlée confuse apparaît un impact supposé des antis-corridas, qui irait de pair avec l'absence de toreros français sur les affiches. 
Or, pour avoir échangé avec pas mal d'entre eux, il n'y a pas un seul organisateur de corridas ou de novilladas en France qui soit hostile à la présence de toreros nationaux à l'affiche. Cette discrimination, qui est invoquée dans le communiqué, a peut-être existé à une époque, mais elle n'est en aucun cas présente dans l'esprit des organisateurs français à l'heure actuelle. 
On se dirige vers une sorte de faux débat et d'impasse. 
Eu égard aussi, au nombre restreint de toreros et novilleros français (par rapport aux autres nationalités taurines), on peut comprendre que parfois, certaines affiches ne comprennent pas de français. Comme l'an dernier en novilladas piquées où le nombre de français était très réduit. 
Et puis, s'il n'y a pas de français à l'affiche d'une arène cette année, peut-être y en aura-t-l'an prochain. 
L'organisateur de corridas ne peut, malheureusement, pas satisfaire tout le monde. Cette situation est accentuée par la baisse du nombre de corridas en Espagne (en France, il n'y a pas eu de diminution dans ce domaine). Car en Espagne aussi, avec une situation équivalente à celle de toreros français, plusieurs toreros espagnols n'ont pas du tout (ou très peu) d'opportunités de pouvoir toréer. 
Le marché, malheureusement, est ainsi fait. Il n'y a pas suffisamment de courses pour que tous les intérêts individuels de toreros et de novilleros soient satisfaits. 
En France, avec environ 70 corridas et 35 novilladas par an, on comprend bien que les places sont chères, et qu'il est impossible de caser tout le monde. 
Les problèmes les plus sérieux, s'il en existe dans les cartels, sont les arrangements, et également la redondance, qui est la chose la plus ennuyeuse. 
Pas d'inquiétude en revanche pour les toreros et novilleros français, qui semblent plutôt bien représentés sur les affiches, et le seront peut-être encore davantage à l'avenir. 
Par ailleurs, torero n'est pas une profession anodine où l'on pourrait comme ça, fixer des quotas obligatoires et instaurer un régime préférentiel. Tout d'abord parce que la loi ne l'autorise pas (cf le droit de l'Union Européenne), et d'autre part car la corrida est un domaine très aléatoire. 
Face au toro qui lui ne fait pas de distinction, chaque torero est avant tout homme, avant d'être d'une quelconque nationalité. L'habit de lumières n'est pas doté d'un drapeau. 
Et puis, les cartels se font avant tout sur des négociations et des choix. On ne peut pas tout savoir non plus sur la confection des cartels. Quid des refus ? 
Car face à l'organisation d'une corrida ou d'une novillada, chaque torero est en compétition avec les autres, qu'importe sa nationalité. 
L'organisateur devra proposer l'affiche avec les toreros et les élevages qui lui semblent être les plus méritants, pour attirer le plus de monde possible, au terme d'un choix qui se limitera toujours à une ganadería et trois toreros, et mettra forcément certains acteurs sur la touche. 
Quant au sort réservé aux toreros français, il n'y a pas vraiment de quoi s'offusquer. Au moment de construire un cartel avec un élevage et des toreros, c'est une somme d'intérêts individuels qui est en jeu. L'intérêt collectif étant celui des aficionados qui décideront ou non de se rendre aux arènes.


Florent

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