jeudi 26 mars 2015

Fandiño, seul contre mille

Défiler seul, sur la piste de Las Ventas, combattre et estoquer six toros de Palha, Partido de Resina, Escolar Gil, Adolfo Martín, Victorino Martín et Cebada Gago. Certaines vedettes, même pour une somme astronomique, ne l'accepteraient pas, et ne voudraient d'ailleurs même pas y penser ou en entendre parler.
Iván Fandiño, pour sa première sortie de la saison en Europe, va relever ce défi. On remarque dans ses propos, quelques jours avant la corrida, son impatience et son envie d'en découdre, comme un boxeur qui aimerait déjà être sur le ring. Au détour d'une interview, il a confié "J'ai rendez-vous avec l'histoire, et si je dois mourir, je mourrai libre".
Ses mots rappellent ceux d'Alejandro Talavante, qui en 2007, alors âgé de dix-neuf ans, juste avant de confirmer son alternative, avait déclaré : "Le dimanche de Résurrection, un beau jour pour mourir". La chose avait porté chance à Talavante, puisqu'il avait coupé deux oreilles face à un toro de Puerto de San Lorenzo, avec une sortie par la Grande porte à la clé.
Parler ainsi, de la part des toreros, c'est tenter d'évacuer toute peur et se donner une force incroyable. Fandiño, s'il est un cas isolé dans l'escalafón, avec cette opiniâtreté, sera avant tout seul face à lui-même.

Il correspond le plus parfaitement possible à l'image du torero qui n'a jamais peur. Peu importe de voler sur les cornes d'un toro après une estocade sans muleta, ou à tout autre moment de la lidia.
Les coups de corne semblent totalement laisser indifférent Fandiño, le belluaire. Et ce sont toutes ces prises de risque depuis maintenant cinq ans qui l'ont mené vers les sommets.
Car la carrière du torero basque a commencé à pendre forme alors qu'il avait déjà trente ans. Dimanche, pour son seul contre six, les arènes seront pleines. D'ores et déjà, 20.000 billets ont été vendus ou presque. Roi du défi, sur les six toros que va affronter Fandiño, quatre sont âgés de cinq ans.

Preuve qu'il n'est pas nouveau dans cet exercice, ce sera la sixième fois qu'il estoquera seul six toros. La première dans son village d'Orduña en 2007, la deuxième à Bilbao en 2012, face à des toros variés et un quart d'arène, la troisième à Valencia en 2012 devant un tiers d'arène, la quatrième à Bayonne en 2013 avec une moitié d'arène face aux Fuente Ymbro, et la cinquième l'an dernier à Guadalajara devant un lot de Jandilla.
Reconnu sur le tard, Fandiño aura cette fois une arène comble (la plus importante au monde) pour admirer sa prouesse.

Et c'est une bonne chose que les gens aillent voir cette corrida, avec ce torero et ces toros-là. Hormis les novilladas et les festivals, ce sera la seule corrida de toros en Espagne ce dimanche 29 mars. Tout dépendra de l'ordre de sortie des toros, car il existe toujours une baisse de régime lors d'une course en solitaire. Les élevages présents dimanche, s'ils sont réputés exigeants, ont la particularité de posséder des comportements très aléatoires. Et pour cette raison, on ne peut pas prédire ce qu'il se passera. Le triomphe ? L'échec ? L'ennui ?

Une chose est certaine en tout cas, c'est que Fandiño n'a pas peur. Il n'a jamais peur, à Las Ventas ou ailleurs, de prendre la muleta de la main droite comme de la gauche, en se mettant à vingt mètres du toro pour le citer, au centre de la piste, sans jamais bouger.
C'est ce qui fait la force de la tauromachie d'Iván Fandiño, une confiance absolue qui empêche au toro de douter.
Et Fandiño aime quand les toros passent près, très près, pas une fois le muletazo exécuté, mais du début à la fin.

Dimanche soir, juger le succès d'Iván Fandiño relèvera de l'extrême prétention. Car personne d'autre, à l'heure actuelle... Vous connaissez la suite.


Florent

2 commentaires:

  1. magnifique geste attendu avec impatience et un triomphe, je l'espère, à la hauteur du defi. P. Sabatier 13300

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  2. Intensément : SUERTE Maestro!

    Beñat

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