samedi 7 mars 2015

Il s'appelait Rivas

L'aficionado a l'avantage, par rapport au supporter d'une équipe sportive, de posséder une gamme de souvenirs bien plus large. Quand le supporter se souvient des grands soirs, des scores fleuves, tout en préférant oublier les déconvenues et les contre-performances, l'aficionado conserve à la perfection l'image des grands triomphes, des toros, de leurs noms, mais aussi des broncas et des coups de cornes.

Le jeune homme sur la photo s'appelle Juan Luis Rivas, le 11 septembre 2009 à Arles. Il a vingt ans ce jour-là. En temps normal, lorsqu'on est picador à ce si jeune âge, on officie dans des novilladas en attendant d'acquérir l'expérience avec le temps, pour pouvoir plus tard être confronté à des toros imposants.
Rivas, ce 11 septembre 2009, était lancé dans le grand bain. Imaginez : corrida-concours, Clavel Blanco, 610 kilos, de María Luisa Domínguez Pérez de Vargas, un toro d'anthologie.
Cinq rencontres d'une puissance et d'une intensité extraordinaires, et ce jeune picador, Juan Luis Rivas, qui ne s'est jamais laissé déborder par la situation malgré une adversité monumentale. Deux chutes de l'équipage au total, et un tiers de piques qui restera gravé dans les mémoires.
Ce fut, ce jour-là, une corrida historique. Il y eut cet extraordinaire Clavel Blanco de María Luisa, puis un sacré toro de Prieto de la Cal, superbement piqué par le vétéran Rafael López, et aussi un grand toro de Yonnet, au pelage tout blanc ou presque.
A la fin de la corrida-concours, le jury décida de récompenser le jeune Rivas pour sa prestation face à Clavel Blanco. Un haut fait d'armes pour un picador de vingt ans.
On remarque, sur la photo, l'humilité du picador, un personnage devenu secondaire dans la corrida, au fil de l'histoire et par la force des choses. Mais il y a certainement aussi, dans le regard de Juan Luis Rivas, le souvenir de son père, Juan Luis Rivas padre, également picador, disparu trois mois auparavant.
Le 3 mars 2010, six mois à peine après la sensationnelle corrida-concours d'Arles, le jeune Juan Luis allait rejoindre son père, à tout juste vingt-et-un ans. Ce jour-là, il devait piquer pour le compte du torero Eduardo Gallo, aux arènes de Calahorra, dans le Nord de l'Espagne. Mais à cause des intempéries, la corrida fut annulée.
A son retour à Salamanque dans la soirée, le jeune Juan Luis fut victime du "Toro de la route", comme Galán et tant d'autres hommes de lumières. C'était il y a déjà cinq ans.
De l'homme qui piqua le fabuleux Clavel Blanco, on se souviendra qu'il n'aurait aujourd'hui que vingt-six ans, et qu'il aurait probablement été un grand picador.

Florent


(Image d'Anthony Pagano)

1 commentaire:

  1. Merci Florent de célébrer la mémoire de ceux qui ont oeuvré pour garantir l'éthique, le respect et la grandeur de la corrida. Ne serait-ce, malheureusement pour Juan Luis Rivas, que de manière éphémère. A propos de picador, de respect et de mémoire, j'avais été particulièrement déçu et amer, de constater qu'en 2009, le CTV n'avait même pas daigné accorder le moindre geste à la mémoire de José Antonio Munoz, picador de la cuadrilla d'Uceda Leal, décédé le 22 mai 1999, écrasé sous le cheval suite à la chute provoquée par le toro Manchonero de Victorino Martin.
    Cordialement
    Eric du Lot

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