mardi 31 mars 2015

The place to be

La tauromachie a du mal à s'accommoder du surplus d'événementiel, quand des semaines ou des mois avant une corrida très attendue, l'engouement augmente jusqu'à l'insoutenable. Peut-être parce qu'une place de corrida n'est pas un bien de consommation comme les autres.
Dimanche, un torero courageux et aguerri s'apprêtait à affronter seul six toros de ganaderías prestigieuses, devant une arène au complet, et pas n'importe laquelle.
L'événementiel a conduit au constat suivant : incontestablement, il fallait être à Las Ventas ce dimanche. Mais pour quelles raisons ? Et à quoi s'attendre ?
Les personnes qui ont rempli les arènes ce 29 mars s'y sont rendues pour des raisons sans doute différentes. La grande majorité par afición, c'est impossible de le nier, mais pas seulement...
Depuis maintenant cinq mois, on ne parlait que de cette course, Iván Fandiño seul face à ces six toros.
L'objectif premier a été parfaitement atteint : épuiser les places en vente. Le second, une grande déception, avec un bilan maigre. Fandiño, seul matador à l'affiche, n'a même pas salué une seule fois au tiers.

Pourtant, des semaines et des mois avant la corrida, cette issue n'était envisagée par personne. A croire qu'en allant à Las Ventas ce 29 mars, on allait acheter une place pour consommer un grand triomphe. Consommer le triomphe avant même que le paseo n'ait lieu...
Mais les derniers "seuls contre six" dans cette grande arène ont démontré qu'il s'agissait d'un exercice difficile, et dont le succès reste rare.
Il y a trois ans, après avoir chacun réalisé une saison 2011 d'enfer, Iván Fandiño et David Mora s'étaient retrouvés à Las Ventas au tout début de la temporada 2012, le 1er avril, pour un mano a mano face à des toros de Jandilla. Devant une demi-arène cette fois-là, Fandiño était parti accueillir le premier toro de l'après-midi face au toril, avec une gaonera ! Le reste de la course ? Le néant.

Pour le seul contre six de 2015, deux hypothèses avaient été imaginées. Le triomphe ou la blessure.
Car c'est vrai, Fandiño est un torero hors du commun, capable de tout. Personne ne l'a dit ou écrit, mais qui n'a pas pensé à ce qu'au premier toro, le Basque se lance dans une faena serrée et intense, avec deux oreilles acquises en se laissant prendre au moment de l'estocade ? Et laisser ensuite le loisir aux sobresalientes de s'occuper des cinq autres toros, et quelque part se retrouver devant l'opportunité de leur vie...

On aurait pu envisager cela pour Fandiño, dont le courage est presque mystique. Mais comme tous les autres toreros, il connaît des hauts et des bas, avec des imperfections. Ce ne sera pas pour cette fois, peut-être la prochaine...
Ce seul contre six était en tout cas une arme à double tranchant. En cas de triomphe, il y avait la possibilité de mettre la barre haute, un peu comme Renaud Lavillenie dans sa discipline.
Mais dans le cas inverse, il y avait le fait d'être tout seul, face à cette course sans résultat, hors feria, et qui ne serait pas masquée par d'éventuelles corridas les jours suivants.

Quant aux déceptions de ce genre, rien de nouveau, puisqu'elles sont multiples chaque année. L'an dernier, El Juli s'était annoncé à Nîmes face aux toros de Miura. Peut-être la possibilité d'un combat inédit ? A la place, devant des arènes pleines ce lundi de Pentecôte, les Miura sont sortis invalides, et trois d'entre eux ont été remplacés.
Le même jour à Vic, devant un peu de moins de trois quarts d'arène, et la moins bonne entrée de la feria, il y avait Lamelas et les Dolores Aguirre. Grandiose, exceptionnel... mais surtout inattendu.
Un peu comme le retour des Dolores Aguirre dans le Sud-Ouest en 2010 après sept ans d'absence, à Orthez, où avec des arènes loin d'être pleines, il y eut un fantastique lot de toros. Fandiño était au cartel ce jour-là.

En fait, l'aficionado est comme le citoyen lambda qui parie sur des courses de chevaux ou des matchs de football. Une histoire de loterie. On ne vas pas aux arènes comme au restaurant.
Il faut en tout cas se débarrasser de cette mode anglo-saxonne, où le résultat d'une corrida serait obligatoire. L'important, c'est qu'il y ait un, deux ou trois toreros à l'affiche, et des toros bien présentés. Le reste est aléatoire.

Dimanche, un jeune espontáneo, le novillero Andrés Jiménez "Gallo Chico", qui n'a pas un seul contrat en poche depuis deux ans, a sauté dans l'arène muni d'une muleta pour aller arracher des passes au toro d'Escolar. Résultat des courses, il n'a pas atteint son but et s'est fait copieusement siffler par le public. Étonnante réaction, tellement conformiste, et qui a horreur des imprévus...
Et en l'occurrence, en la personne de ce jeune homme, il ne s'agissait pas d'un anti-corrida !

Ce 29 mars, à la fin de la course, des gens ont jeté des coussins sur Fandiño à sa sortie des arènes. Ils font certainement partie de ceux qui vont aux arènes dans l'attente d'en "avoir pour leur argent". Mais c'est là un sujet extrêmement délicat et inquantifiable.

Devant l'hypothèse de vibrer avec des toros encastés et un Fandiño héroïque, ceux-là étaient uniquement venus dans l'optique de dire "j'y étais"...

Florent

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