mardi 7 avril 2015

Baltasar Ibán à Mugron : L'étape de montagne

Situé entre de petites routes vallonnées des Landes, le village de Mugron est connu comme étant le "Belvédère" de la Chalosse, puisque son altitude est beaucoup plus prononcée que celle de ses voisins.
A Mugron, depuis des décennies, on célèbre une novillada piquée le lundi de Pâques. 2015 n'a pas dérogé à la règle, avec un lot de Baltasar Ibán, hier, lundi 6 avril. Et après trois heures passées sur les gradins, on pouvait dire qu'il y avait eu course !
Quand en début de saison, beaucoup d'élevages connaissent des problèmes de forces, celui de Baltasar Ibán hier n'en a montré aucun. Des pattes et un tempérament en acier, pas un seul fléchissement, et surtout, une caste vive voire explosive. Une course qui aurait régalés les publics de Céret, Vic-Fezensac et Parentis.
De présentation, le lot était remarquable (hormis peut-être le quatrième, au dos creusé), tout comme la non piquée du matin, charpentée, d'Alma Serena. Les organisateurs ont soigné ce point essentiel.

L'après-midi, la novillada de Baltasar Ibán n'a connu aucun moment d'ennui, avec une tension et un intérêt constants. Le genre de course qui remet les idées en place.
Sur une piste étroite, et dont le sable était délicat à certains endroits, les "Ibán" ont souvent pris l'avantage. Mais avec des novilleros dont le plus expérimenté a seulement un an dans la catégorie des novilladas piquées, on ne voyait pas comment il aurait pu en être autrement.

"Peletero", le deuxième, fut la grande vedette de l'après-midi. Brave et encasté, il possédait ce "truc" que l'on voit assez rarement dans les arènes : le poder. Dès son entrée, "Peletero" s'est approprié le sable de Mugron, comme une fusée inarrêtable. Trois piques d'une grande intensité, la seconde en désarçonnant Gabin Rehabi. Un adversaire au tel tempérament, avec cette charge lourde et exigeante, emportant tout sur son passage, exigeait une muleta puissante et beaucoup d'expérience. Dans les intentions, le landais Louis Husson avait tout compris de ce grand novillo. Mais, en pratique, même des matadors de dix ans d'alternative et plus auraient été débordés par cette caste de feu. Husson est parvenu à tirer des séries valeureuses de la main droite, mais c'est "Peletero" qui resta maître jusqu'au bout. Tour de piste plébiscité par le public et très acclamé.

Le novillo suivant, "Provechoso", détenait lui aussi un gaz terrible. Lors de ses trois premières rencontres à la pique (sur quatre), il envoya la cavalerie au tapis, semant l'angoisse parmi les cuadrillas. Ce novillo, devenu très dur au fil du combat, attendait Pablo Aguado au coin du bois à chaque passe. Et c'était seulement la deuxième novillada piquée pour Aguado... Mission impossible pour lui, on l'avait bien compris, avec une forte voltereta à la clé et une déroute aux aciers.

Le quatrième, "Camarito", était laid de présentation à cause de la vague sur son dos. Néanmoins, de par sa caste, il s'est grandi au cours du combat, avec une très bonne corne droite. Hésitant et aux placements très approximatifs, le novillero Alejandro Marcos se fit souvent des frayeurs.

Le point commun entre ces trois novillos (2ème, 3ème et 4ème), Peletero, Provechoso et Camarito, ce fut leur caste très affirmée. Et aussi, on eut le souvenir de grands toros et novillos de Palha d'il y a quelques années, puisque João Folque de Mendoça cultive chez lui, au Portugal, une lignée provenant de Baltasar Ibán, avec des toros qui peuvent également s'appeler Peletero, Provechoso et Camarito...

Les trois autres novillos de l'après-midi, au pelage roux, étaient issus d'un rafraîchissement avec du Pedraza de Yeltes. Ils furent différents des trois autres, mais démontrèrent toutefois une caste respectable.
Le premier, puissant à la pique, et très brusque dans ses assauts, mit en difficultés Alejandro Marcos.
Le cinquième, noble mais exigeant jusqu'au bout, permit à Louis Husson de réaliser une faena appliquée, avec par moments un toreo relâché. L'engagement au moment de l'estocade (qui coûta une impressionnante voltereta) valait à lui seul l'oreille accordée.
Enfin, quand sortit le sixième, après déjà plus de deux heures de course, le public avait commencé à décrocher. On vit pourtant Pablo Aguado donner de superbes gestes, dans un style très sévillan. Aussi bien à la cape, avec des véroniques, qu'à la muleta, avec beaucoup de jolis détails face à un Ibán exigeant. Faena longue mais complète, qui eut des moments importants. Mais Aguado connut là-encore d'autres problèmes avec l'épée.

Du début à la fin, le lot de Baltasar Ibán, exigeant et qui permettait très peu d'erreurs, a mené la vie dure aux novilleros et aux cuadrillas. Il aura en tout cas plu aux aficionados, et permis aux novilleros d'acquérir davantage d'expérience. Une véritable étape de montagne.

Florent


(Image de "Vuelta a los toros" : L'entrée en piste de "Peletero")

1 commentaire:

  1. Vous dites "Les organisateurs ont soigné ce point essentiel"... Là où passe Jean Gilbert le sérieux est toujours présent! Mugron, Garlin, Saint Sever (le 11 novembre), et même une année à à Saint Loubouer pour un festival anodin...
    Cependant un bémol sur Mugron ce WE... J'aurai voulu s'avoir qui choisit les novilleros! Vraiement trop vert pour ce type de course Mis à part Husson peut être mais qui possède une qualité technique trés limitée... Et aussi pourquoi mettre Aguado? complètement dépassé avec son toreo de salon... Pourquoi mettre Marcos? (Marcos on le sait tous est aidé par le... ganadero de Pedrazas!)

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