dimanche 5 avril 2015

Lamelas again

Aignan fait partie du club typiquement Gersois des arènes qui pourraient accueillir deux à trois fois le nombre d'habitants de leur village. En l'occurrence, 745 âmes Aignanaises pour une plaza qui peut en accueillir 2.200.
L'autre particularité d'Aignan, c'est qu'il s'agit probablement de la seule arène au monde où les toreros doivent faire demi-tour au paseo pour saluer la présidence... qui se situe justement au-dessus du patio de cuadrillas !

Ce dimanche 5 avril, s'il y avait des toros à Madrid, à Séville, à Arles et ailleurs, on peut être certain qu'à Aignan, il y avait bien un homme décidé à ne jamais faire demi-tour.
Sous le ciel azur d'un printemps encore frais, Alberto Lamelas a démontré ce qu'étaient l'envie et le courage en toutes circonstances. Il a coupé deux oreilles au total (une et une), mais c'est surtout son combat face au troisième exemplaire de Concha y Sierra, "Creativo", numéro 9, qui a attiré l'attention.
Un toro à la robe multicolore, rousse, noire et blanche, et dont les cornes étaient largement développées. Et quand d'autres font des calculs en voyant des toros très armés, Alberto Lamelas, lui, reste totalement indifférent. Pour preuve : trois largas à genoux comme un novillero mort de faim, et surtout, une faena sans jamais reculer d'un centimètre, ni pasito atrás ni demi-tour, face à un toro pourtant difficile et détenteur d'un danger sourd. Quand le Concha y Sierra se mettait à menacer, Lamelas s'avançait, toujours un peu plus, et systématiquement de face.
Non, pas une seule fois, l'élu du cœur Vicois n'a fait marche-arrière. En fin de faena, tandis que les distances se réduisaient chaque fois davantage, Lamelas réalisa une passe changée dans le dos, inattendue et qui laissa le public déconcerté. L'estocade ? Un coup de canon, avec un engagement d'une énorme générosité.

Alberto Lamelas fait partie du cercle restreint des matadors qui décident de ne jamais calculer leurs efforts en fonction de l'arène. A l'échelle de la géographie taurine, si Aignan est minuscule, Lamelas l'a traitée comme une grande.

Ce 5 avril, cette corrida marquait le retour des toros de Concha y Sierra, qui font figure de miraculés du campo. Sans leur rachat par le français Jean-Luc Couturier, leur inévitable destination aurait été l'abattoir, et peut-être aussi les étals des supermarchés.
Depuis 2008, aucun lot adulte de ce fer n'avait été combattu. Alors, qu'importe le résultat de cette corrida d'Aignan, puisque leur survie relevait déjà de l'exploit.
En piste, derrière des robes spectaculaires, multicolores, ainsi que des armures larges et pointues, se cachaient souvent des charpentes inabouties. Faiblesse, manque de caste et de bravoure furent les aspects généraux de ce lot, dont un ou deux se laissèrent toutefois manoeuvrer avec plus de moteur...

Florent

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