mardi 21 avril 2015

Il fut un temps...

… pas si lointain. Peut-être cinq ou six ans en arrière seulement. Parfois, dans le Sud-Ouest et ailleurs, on voyait récompensés d'un tour de piste des novillos nobles, sans trop de forces, légèrement piqués, et qui avaient comme seule vertu le fait d'être les meilleurs dans des lots fades. Bien entendu, la pratique n'a pas complètement disparu, puisqu'elle est encore généralisée dans de plus ou moins petites arènes d'Espagne.
En voyant une course comme celle de Garlin dimanche, on ne regrette pas cette période-là. Il faut dire aussi qu'il y a actuellement une génération de novilleros très prometteuse, beaucoup plus variée et moins monotone qu'il y a cinq ou six ans.
En ce qui concerne le Sud-Ouest, si les prochaines novilladas sont dans le ton des Baltasar Ibán de Mugron et des Pedraza de Yeltes de Garlin, ce sera une sacrée saison !
Ce dimanche, les novillos de Pedraza, charpentés mais inégalement armés, ont fait une fois de plus forte impression. Beaucoup de solidité, et du tempérament dès l'entrée en piste, en cognant fort les burladeros, quitte à y laisser de la motricité. A la pique, toujours de l'allant sans jamais se faire prier. Les six novillos étaient différents en comportements, mais ils offraient, sans aucune exception, des possibilités.
Exigeant, ce lot de Pedraza a été supérieur à celui combattu l'an dernier dans les mêmes arènes.
Le bémol de l'après-midi revint aux picadors, qui généralement manquèrent d'adresse face aux novillos, avec beaucoup de piques traseras, à l'exception de Luis Miguel Leiro, qui fut excellent devant le dernier.

Chez les jeunes piétons, la journée aura été dominée par le continent Sud-Américain, même si le matin, lors de l'épreuve de qualification, Luis Manuel Terrón, d'Extrémadure, a montré un métier étonnant et à revoir.
C'est le vénézuélien Jesús Enrique Colombo, 17 ans, qui s'est retrouvé chef de lidia l'après-midi. On ne saura probablement jamais quand il a exactement débuté avec picadors. Il a forcément alterné dans les deux catégories (avec et sans chevaux), puisqu'en août dernier, à Maubourguet, il était à l'affiche d'une non piquée, tandis que Marcos et Galdós avaient déjà débuté à l'échelon supérieur. Le matin, Colombo eut comme cadeau un novillo intéressant, brave et encasté. Le soir, son premier adversaire fut lourdement piqué et s'en ressentit ensuite. Novillero-banderillero, le vénézuélien a livré un concept intéressant, appliqué et qui mérite lui aussi d'être revu. A noter, son engagement avec l'épée à chaque fois. Colombo passa en revanche à côté de son troisième Pedraza de la journée, "Jacobo", brave, noble, et curieusement saccagé à la pique par le mayoral de l'élevage lui-même, malgré de bonnes intentions dans les cites !

Quant au salmantin Alejandro Marcos, il montra les mêmes approximations qu'à Mugron. Il est surprenant que ce novillero, très prometteur en 2014, se retrouve en début de saison aussi apathique et en proie aux doutes. Très encasté et mobile, le deuxième novillo, "Renacuajo", le dévora durant toute la faena. Marcos fut vaillant, mais malheureusement sans jamais parvenir à se poser. En fin de combat, le Pedraza épargna Marcos sur un accrochage qui aurait pu être impressionnant. La bienveillance et la clémence du palco au niveau du temps permirent au novillero d'entendre seulement un avis, malgré quinze minutes dépassées. Le cinquième, un castaño de superbe présentation, qui n'était pas prévu dans le lot initial, fut le moins encasté. Il sortit seul du cheval, et eut des charges irrégulières dans la muleta. Une fois de plus, Alejandro Marcos connut des difficultés et vola cette fois sur les cornes.

Venu du Pérou, qui est probablement le pays taurin le plus exotique (où l'on torée certaines corridas à plus de 3.000 mètres d'altitude), Joaquín Galdós a confirmé tous les espoirs portés sur lui. Il possède vraiment de la personnalité, du métier, et une envie à toute épreuve. Le troisième Pedraza s'explosa contre un burladero à son entrée en piste mais conserva quand même beaucoup de moral. A la muleta, le péruvien lui fit les choses bien, avec un début de faena par le bas, des cites de loin, et des séries aérées. L'épée engagée... mais malheureusement basse, n'empêcha pas l'octroi d'une oreille.
Joaquín Galdós réalisa un bel accueil à la cape face au brave dernier, "Quitasol", numéro 13, colorado. Brave, très brave même, et puissant, face à l'expérimenté Luis Miguel Leiro, lors de trois rencontres à la pique qui auraient sans problème pu être quatre. Au dernier tiers, Galdós toréa avec sincérité, profondeur, allure et bon goût. En fin de parcours, la corne gauche navigua très près de ses fémorales. Après une voltereta spectaculaire sur un pinchazo, le péruvien porta une estocade tombée qui n'était pas intentionnelle. Trois oreilles au total, que l'on peut discuter compte tenu des épées, même si le novillero a laissé un bel impact. Joaquín Galdós n'a pour l'heure qu'une autre novillada annoncée en France, à Boujan-sur-Libron face aux Partido de Resina, preuve qu'avec son apoderado Gómez Escorial (vaillant torero à la retraite), ils ne négligent aucune offre. Espérons que ce jeune ait d'autres opportunités, ce qui serait la moindre des choses.

Le lot de Pedraza de Yeltes, encasté, varié mais de haut-vol, prit dix-sept piques au total, et donna de l'intérêt pendant plus de deux heures trente. Le sixième, "Quitasol", fut primé d'un tour de piste, sans rien de scandaleux. Il fut un temps pas si lointain, peut-être cinq ou six ans en arrière seulement, dans certaines arènes, on donnait des vueltas à des novillos nobles mais justes de forces. Cette année, à Mugron et à Garlin, on a primé des novillos braves, et c'est bien là l'essentiel.


Florent

2 commentaires:

  1. Et toujours Jean Gilbert comme organisateur...

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  2. Cher Florent,

    Tout à fait d'accord avec toi. Je te remercierais à ce propos de bien vouloir laisser ton commentaire sur le site de la FSTF :

    http://www.torofstf.com/content/dimanche-19-avril-2015-novillada-de-pedraza-de-yeltes-%C3%A0-garlin-par-bernard-desvignes

    Cordialement,

    El Giraldillo

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