lundi 27 avril 2015

Miura, le musée vivant

Miura. Saison n°154. Un élevage dont les toros alimentent des fantasmes ainsi que les rumeurs les plus folles. Quels sangs exacts peut-il bien y avoir dans les veines de ces toros ? Impossible de le dire, et surtout, de le savoir. La légende est intacte, depuis 1842.
Cette année, les Miura fêtaient leur soixante-quinze ans d'affilée à la Maestranza. Une ganadería tellement différente de toutes les autres. Il est d'ailleurs curieux qu'elle soit ainsi maintenue dans cette arène, car le goût du toreo sévillan requiert absolument l'opposé de Miura en matière de toros. Cette année, dimanche 26 avril, les Miura étaient dans la feria en tant que dessert, comme souvent.
Miurada avec ciel variable, pluie, soleil et vent. Des charpentes classiques de la maison qui impressionnent toujours, et des cornes inégales, parfois abîmées et astillées.
Chez Miura, chaque toro est une pièce rare, qui se négocie à prix d'or, et en piste vend chèrement sa peau. Si vous désirez en voir en France cette année, il faudra se rendre en août à Béziers (corrida) ou/et à Carcassonne (novillada).

Hier, il y avait en fait plusieurs anniversaires. Sur les gradins, on distinguait un grand Monsieur, discret, qui il y a tout juste vingt-cinq ans faisait son baptême face aux toros de Miura. Ce spectateur, c'est El Fundi, et le 16 avril 1990 à Arles, il estoquait ses premiers toros marqués du "A"... et coupait trois oreilles !
Aujourd'hui, s'il fallait trouver un spécialiste du Miura dans le circuit, ce serait Rafaelillo. Le torero de Murcie est, parmi ses confrères en activité, celui qui en a combattu le plus. Sa tauromachie, rusée et en mouvements, est celle qui s'accomode le mieux aux toros de Miura. Avec de tels adversaires, les doutes ne sont pas permis, pas plus que les faenas pré-conçues que l'on aurait en tête. Rarement admises aussi, les passes longues et amples. C'est un combat avant tout.
Hier, le chef de lidia était Eduardo Dávila Miura, retiré de la profession il y a presque dix ans. Curieusement, pendant sa retraite, Dávila Miura avait notamment été un certain temps l'apoderado de Rafaelillo ! Alors qu'il aurait pu être désemparé pour son retour, Dávila Miura a montré un calme étonnant, tout d'abord avec un premier toro haut, difficile, incertain, qui donnait des coups de tête et se retournait vite. Le quatrième, exigeant, proposait un danger omniprésent, malgré un bon fond. Après une bonne lidia de Javier Ambel, le matador Dávila Miura sut être à la hauteur, sans jamais se précipiter. Grâce à une épée habile, une oreille fut accordée. Et personne avant la course ne l'aurait imaginé...

Pour Iván Fandiño, qui affronta les troisième et sixième, c'était la première corrida de Miura. Un sacré geste ! Et on ne lisait pas, sur le visage du torero basque, la déception de son début de saison. Au contraire, on voyait l'espoir d'avoir un toro mobile et qui mettrait la tête. A la place, Fandiño a eu deux toros intéressants, mais surtout durs et réservés. Son premier, difficile, ne s'arrêtait jamais et attendait le torero à la moindre erreur. Fandiño eut de bons passages, en se croisant avec patience, sur la corne droite, et en tentant de dominer l'adversaire. Le dernier, accueilli à genoux et bien mis en valeur à la pique, fut compliqué, réservé et sur la défensive. Et Fandiño, face aux portes fermées du succès, n'eut pas des conclusions heureuses avec l'épée. Double silence.

En cinquième position sortit "Bandolero", un toro de cinq ans, de 656 kg ! Manuel Escribano est allé s'agenouiller face au toril, pour l'accueillir, lors d'une attente interminable. A son entrée, le Miura snoba le torero. Et bien plus tard, en début de faena, il lui donna un avertissement en lui touchant la cuisse. C'était un toro encasté, avec beaucoup de fond et du danger, comme les autres en fait. Escribano eut de bons passages, et passa près de la correctionnelle sur un desplante, le Miura n'acceptant guère ce genre de figures. Il y eut une oreille, après une épée sur le côté, avec même une pétition de second trophée que la présidence sut justement refuser.

Mais le toro le plus fascinant de l'après-midi aura été le deuxième, "Trapero", au pelage cárdeno claro salpicado (gris clair et blanc), un peu plus petit que ses congénères (mais qui affichait tout de même 559 kg sur le panneau). Derrière une impression initiale de manque de forces, "Trapero" fut brave en deux piques, et poursuivit Manuel Escribano quand celui-ci posa les banderilles. C'était un bon Miura, brave, encasté, et qui venait franchement dans la muleta. Mais un Miura reste un Miura, et ne tolère pas des approximations ou du toreo en rond... A la moitié d'une faena saccadée et hachée, "Trapero" commença à apprendre le petit manège. Dommage pour le torero. Et même avec une épée mortelle dans le dos, "Trapero" chercha à accrocher Escribano. Car jusqu'au bout, les toros de Miura vendent (très) chèrement leur peau...

Florent

(Images : Le portail de Zahariche (photo de Laurent Larrieu) / "Trapero", 559 kg, le deuxième Miura (photo de La Maestranza))

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