mardi 12 mai 2015

L'épée du samouraï

Spectaculaire mais non-conventionnelle, l'estocade sans muleta n'a jamais été une mode. Elle est même relativement rare. Quand elle se produit en piste, quelle que soit l'époque, d'Antonio José Galán à Iván Fandiño, la surprise du public est toujours de taille. Et l'effroi aussi !
Blessé la veille à Séville, le novillero Gonzalo Caballero toréait ce 11 mai à Madrid. En quatrième position, il eut à affronter "Espléndido", 491 kg, d'El Parralejo. Contrairement à ce qu'indique son nom, ce novillo n'avait rien de beau... Tout d'abord, il est sorti seul de ses deux rencontres à la pique. Puis la lidia a suivi son cours, avec un quite de Fernando Rey, le novillero suivant, et un tiers de banderilles anodin. Ce novillo d'El Parralejo et ses congénères étaient eux aussi anodins. Ils étaient pourvus d'une sorte de noblesse manquant de caste et de transmission. Avec cet adversaire banal, Gonzalo Caballero a réalisé une faena décousue, la muleta souvent accrochée, mais un placement toujours sincère, avec honnêteté, en citant de face ou de trois-quarts.
La fin de combat, dans les cornes, est encore plus exposée, avec l'abnégation d'un guerrier japonais. L'accrochage est évitable, mais Caballero ne l'évite pas, il vole sur les cornes de façon spectaculaire. Et dans ce contexte madrilène, la débauche d'énergie n'a aucune limite. Le novillero revient à l'assaut, pour l'arrimón final, donne des manoletinas, balance la muleta... et porte une estocade de tête brûlée. Qu'importent les deux descabellos qui suivirent, l'oreille accordée était méritée. Pas du goût d'une partie du public en tout cas, qui se mit à siffler copieusement Gonzalo Caballero. Des protestations injustes, insensées, face à un geste dont l'issue finale s'appelle l'hôpital.
Par décence, a-t-on le droit de juger ce geste-là, et ceux qui l'accomplissent ?

Florent


(Image de Philippe Latour : L'estocade de Gonzalo Caballero)

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