dimanche 31 mai 2015

Où sont passés les Escolars ?

La question mérite sérieusement d'être posée. 

Vic-Fezensac. Dimanche 24 mai, après-midi. Le quatrième toro, "Canario II", entre en piste avec un regard de feu. Destiné à Fernando Robleño, il s'allume à la pique, il promet... mais il faut vite déchanter ! Son nom, "Canario", rappelle l'illustre toro combattu par Robleño trois ans plus tôt au Plumaçon, pour ce qui fut un vrai-grand-beau moment d'anthologie !

Les Escolars de Vic 2015, eux, eurent tendance à s'éteindre rapidement. Et une semaine après cette course, les souvenirs qu'il en reste frisent le néant... (si ce n'est que je dois deux bières aux gens de l'Escalier 6). 
Les trois toreros au paseo, Fernando Robleño, Alberto Aguilar et Rafael Cerro, n'étaient pas dans un bon jour... Peut-être aussi ne sont-ils pas dans un bon moment ? 
Robleño, chef de lidia, portait un sinistre costume couleur moutarde (le condiment, pas le Colonel) et or, qu'il devrait arborer moins souvent, puisqu'il ne semble guère lui porter chance. 
Sur le papier, cette corrida devait être une revanche pour l'élevage d'Escolar Gil. Car à Vic-Fezensac, en mai 2012, Escolar fournissait un lot absolument médiocre, sans aucun trapío, et dont seulement cinq exemplaires sortirent en piste. Trois ans plus tard, la présentation était légèrement supérieure, mais sans rien de comparable aux grandes années d'Escolar ! 

Des grandes années d'Escolar, justement, on se souvient de Mimoso, Cuidadoso, Tartanero, Caloroso, Canario et les autres. En 2008, 2010, 2011 et 2012, l'élevage de José Escolar Gil avait placé la barre très haute du côté de Céret. Des toros braves la plupart du temps, d'autres plus durs, mais jamais un seul d'entre eux dénué d'intérêt. Par ailleurs, les meilleurs étaient toujours âgés de cinq ans, avec des charges plus profondes. En présentation, comparés à ceux de Vic 2015, les Escolars de ces années-là étaient largement supérieurs. 
Et ce n'est pas le fait que le petit ruedo de Céret puisse grossir les toros qui y sortent, non, les Escolars de ces anciennes cuvées auraient pu être combattus dans n'importe quelle plaza de première. 
Ces années-là, le meilleur lot d'Escolar avait pour habitude de sortir à Céret. Il était à chaque fois le mieux présenté et le mieux bâti dans le type. Par tradition, deux mois auparavant, on tentait de se faire une idée en regardant la corrida madrilène d'Escolar, qui était généralement bien plus dure et arrêtée que celle de Céret, offrant beaucoup moins d'options aux toreros. 
D'autres arènes, aussi, eurent la chance de voir de superbes lots d'Escolar, comme San Sebastián à la fin de l'été 2011, Mont-de-Marsan, Dax, Nîmes, et quelques autres. 

Le type du toro d'Escolar avait probablement aussi davantage d'airs "asaltillados" par rapport à celui de maintenant. Aujourd'hui, en présentation, si vous veniez à cacher le fer des toros d'Escolar, certains d'entre eux vous feraient forcément penser aux petits Buendías de chez La Quinta.
Plusieurs années durant, et à juste titre, on a même placé Escolar au-dessus de Victorino Martín en termes de toros au tempérament prononcé, encasté, et avec une véritable identité. Des Escolars qui à Céret et ailleurs, donnaient de beaux tiers de piques, et avançaient à vive allure, le museau au sol, pour des faenas vertigineuses mais pleines d'émotion. 

Aujourd'hui, l'élevage de José Escolar Gil est presque au pied du mur, et semble avoir perdu les papiers. Ce n'est pas ce sixième toro de la semaine dernière à Vic, qui en sautant au cou du cheval à la pique, pourrait sauver la mise. D'ailleurs, les grands toros d'Escolar étaient toujours fixes à ce moment-là du combat, dans le caparaçon.
En fait, lorsqu'on savourait dans les arènes les grandes corridas d'Escolar, nos futurs regrets se tramaient déjà au campo, là-bas, à Lanzahita, dans la province d'Avila. 

Et à la question : où sont passés les Escolars ? On remarquera que pour une ganadería, le plus dur est de se maintenir dans le temps à un haut niveau. 
On espère simplement retrouver d'ici peu d'années ceux qui ont fait la grandeur de l'élevage à la devise rouge et blanche, les vrais Escolars !


Florent

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