lundi 8 juin 2015

Au coin du bois

Captieux, Gironde. Au coin du bois, dans un joli cadre, se dresse l'une des plus petites arènes de France, d'une capacité de 1.500 places. Une moitié métallique, et l'autre moitié couverte façon arène de course landaise. 
Captieux, en plein milieu d'une forêt de pins, cultive depuis longtemps et avec courage sa tradition taurine. Il faut dire que le département de la Gironde ne possède plus que deux arènes, avec celle-ci et celle de La Brède. Quant à Floirac, cela fait déjà neuf ans que le rideau s'est baissé...

Cette année, Captieux avait retenu un lot de novillos chez Joselito. Mais à la dernière minute, pour des raisons sanitaires, les organisateurs en ont été privés. Très vite, ils sont parvenus à en trouver un autre, chez El Pilar, dans la province de Salamanque. 
El Pilar, qui fournit chaque année de nombreux lots, affiche un paradoxe. Son sang est identique à la jeune ganadería de Pedraza de Yeltes. Mais avec des toros qui se caractérisent souvent par un manque de caste, El Pilar se situe quelques niveaux en-dessous des Pedrazas. Question de sélection...  

A Captieux, les novillos d'El Pilar, inégalement présentés, ont confirmé la tendance globale de l'élevage, avec manque de caste et de fond. Bravitos à la pique, ils firent six voyages aller sans retour. Une chute de la cavalerie fut à mettre à l'actif du cinquième, et un picador désarçonné à celui du sixième.
Le meilleur de ces novillos fut de loin le cinquième, "Canastero", un vrai bonbon, très noble dans la muleta, et qui permettait énormément de choses. Mais le landais Louis Husson n'a pas été à la hauteur, et a dû repartir avec un maigre salut au tiers. 
Lilian Ferrani, qui toréa en première et quatrième positions, eut un véritable lot en bois, aux possibilités très restreintes. Et il ne put montrer que de la volonté, avec une puerta gayola pour ouvrir la novillada, et des estocades généralement engagées.

Mais celui qui étonna, une fois de plus, fut le péruvien Andrés Roca Rey. Il avait débuté avec picadors il y a tout juste un an, dans ces mêmes arènes de Captieux. Malgré ce laps de temps réduit, il affiche déjà beaucoup de métier, une technique impressionnante, de la variété dans son répertoire et de la confiance. Le jeudi 4 juin, il coupait deux oreilles à Séville face à des Villamartas, avec une légère blessure à la clé. Le samedi 6, il était à Boujan-sur-Libron, près de Béziers, face à des novillos de Partido de Resina. 
Séville, Boujan-sur-Libron, Captieux, une cadence infernale, un kilométrage brutal, et une consommation d'essence à en faire chialer les plus écologistes des écologistes.
A Captieux, hier, dimanche 7, Andrés Roca Rey n'eut aucune difficulté face à deux novillos nobles et de peu de caste, obtenant un total de trois oreilles. Son second adversaire, le sixième novillo d'El Pilar, fut récompensé d'un tour de piste sans intérêt et que personne n'avait demandé.

Mais au coin du bois guette toujours un danger. Hier à Captieux, sur une piste incertaine et poussiéreuse, il s'agissait du tiers de banderilles. Plusieurs subalternes connurent de véritables frayeurs, tels Ernesto Caballero au troisième, Jesús Márquez au quatrième, et Juan José Domínguez au dernier. L'un d'entre eux, Márquez, se releva complètement saupoudré de sable, un peu comme les étudiants couverts de farine les jours de Père-Cent.

Florent

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