mardi 23 juin 2015

Errare humanum est

Le sujet brûlant du moment est à l'opposé total de ce que représente la tauromachie, puisque cette dernière s'interdit théoriquement toute simulation et tout trucage.
Ce samedi 20 juin, le jeune matador Alberto López Simón aurait dû être à l'affiche de La Brède (Gironde) pour estoquer la corrida de Pedrés. Il ne s'y est pas présenté, faisant paraître deux jours auparavant un certificat médical, attestant officiellement d'une blessure qui avait du mal à guérir.
Jusque là, l'histoire était crédible. Ce qui le fut beaucoup moins, c'était de savoir Alberto López Simón au paseo des arènes d'Istres, en remplacement de José María Manzanares, très précisément dix-sept heures et trente minutes après le paseo de La Brède.

Depuis, la situation s'est très rapidement envenimée, et risque de déboucher sur un conflit à coup sûr stérile. Cette histoire fait en tout cas penser à un autre Alberto, Lamelas cette fois-ci, qui lui avait au mois de mai honoré un contrat à Vic-Fezensac, face à de sérieux toros de Dolores Aguirre, à peine dix jours après une grave blessure à Alès. Ca c'est taurin, comme on dit dans le jargon ! Et il faudra voir comment les organisateurs de la planète taurine pourront s'émouvoir du geste et du pundonor d'Alberto Lamelas, en l'engageant dans leurs arènes, car il est le torero le plus courageux de sa génération.

A La Brède, López Simón a déclenché la colère des organisateurs et des aficionados, ce qui est parfaitement compréhensible, puisque son geste ne peut pas être cautionné.
Mais La Brède n'est pas le centre du monde, seulement son arène la plus septentrionale. Le maire de La Brède, se sentant lésé (et c'est normal) a rédigé une lettre ouverte, menaçant de porter l'affaire devant l'Union des Villes Taurines de France pour que cela entraîne des sanctions. Chose normale là-encore. Dans la portative girondine samedi, c'est Eugenio de Mora qui a remplacé López Simón, soit un torero d'une catégorie statutaire égale. Par ailleurs, il ne semble pas y avoir eu d'incidences sur la taquilla, puisque les organisateurs ont réalisé une belle entrée.

Le dernier cas similaire à ce forfait (dans les deux sens du terme) d'Alberto López Simón, c'était celui de Víctor Barrio en 2011 (à l'époque novillero), qui s'était au dernier moment retiré de l'affiche à Parentis (novillada de Murteira Grave) et à Roquefort-des-Landes (novillada de Fidel San Román), invoquant une blessure, alors qu'il avait toréé entre ces deux dates une novillada bien plus douce en Espagne. A la fin de la saison 2011, une suspension d'un an à l'encontre de Víctor Barrio avait été prononcée par l'UVTF. Une sanction qui paraissait à la fois dure mais juste sur le moment. Víctor Barrio n'avait ensuite pas toréé en France lors de la saison 2012.

Pour Alberto López Simón, la tromperie est sérieuse, et au-delà de l'erreur, il y a tout de même une faute. A 24 ans, ce jeune torero aurait parfaitement pu effectuer ses deux contrats, à La Brède le samedi, et à Istres le dimanche matin.
On ne sait pas si cette maladresse manifeste est celle du torero lui-même ou celle d'un entourage néfaste. Néanmoins, Alberto López Simón a cette année coupé deux fois deux oreilles lors de ses prestations à Madrid. Las Ventas a évolué, c'est vrai, mais c'est quand même une grande prouesse, en sachant que l'une des deux fois, le jeune torero a dû sortir par l'infirmerie plutôt que par la Grande porte.
Grâce à ces deux corridas, il est devenu une attraction, et il faut le dire aussi, un torero incontournable pour les grandes ferias. Il ne doit néanmoins pas oublier que parmi les banderilleros actuels, il y a également beaucoup d'hommes qui un jour sont sortis en triomphe à Las Ventas... mais ont connu des lendemains moins heureux. La tauromachie est un domaine dans lequel il vaut mieux ne pas se projeter trop vite.

Quant à l'UVTF et aux organisateurs, ils devront analyser la situation en fonction du contexte, avec ce que ce dernier permet ou non. Ce mardi soir, déjà, Simon Casas a affirmé qu'en cas de boycott de l'UVTF, il engagerait au moins deux ou trois fois Alberto López Simón à Nîmes. C'est étonnant de voir Simon Casas réagir de cette manière, puisqu'il est l'un des principaux responsables du marché taurin actuel, très fermé et pseudo-élitiste. Ces dernières années, les cartels de Nîmes et d'ailleurs ont tendance à se ressembler à chaque feria, car ils sont répétitifs, et les opportunités d'ouverture sont maigres (aussi bien pour certains toreros qui ont vu des portes se fermer, que pour des ganaderías, notamment françaises en ce qui concerne Nîmes...).

Alors, plutôt que de continuer une querelle inutile, avec comme gagnant celui qui aura le dernier mot, il sera peut-être mieux pour un acteur comme l'UVTF d'agir prudemment.
Comment serait-il possible de prendre Alberto López Simón en exemple et de lui infliger une suspension d'un an ? Alors que depuis des années, de nombreuses corridas mal présentées et douteuses, n'ont jamais été sanctionnées, aussi bien en ce qui concerne les élevages que d'autres éventuels commanditaires : toreros ou organisateurs.
Par ailleurs, vu son succès d'Istres face aux Zalduendo, et son attrait qu'il peut désormais avoir en France, on peut être certain que plusieurs villes membres de l'UVTF tenteraient de contourner le veto et d'inscrire le nom de López Simón sur leurs affiches.
Enfin, étant donné que l'UVTF est partie prenante au Plan de Sauvegarde de la tauromachie proposé par l'Observatoire des Cultures Taurines, ce qui implique une donation des aficionados sur chaque place de corrida, elle ne peut pas se permettre de prononcer une telle interdiction. Il y a parmi ces acteurs payants, des aficionados qui auront envie d'aller voir Alberto López Simón aux arènes. Et que cela plaise ou non (en espérant pour eux qu'il ne déclare pas forfait ce jour-là), ils doivent aussi être entendus.

Si La Brède décide d'entreprendre une action juridique face à Alberto López Simón, cela serait bien sûr légitime. Mais l'idéal serait de voir le torero revenir à La Brède l'an prochain, en toréant à titre gracieux, ou bien en reversant l'intégralité de son cachet à une association ou à une école taurine.
Mais il y a malheureusement plus de chances que la situation s'envenime, plutôt que de voir se réaliser la probabilité énoncée ci-dessus.


Florent

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