jeudi 18 juin 2015

Pourquoi afeiter ?

Une question délicate qui plane depuis longtemps, très longtemps, mais pour laquelle on possède à peine des débuts de réponses. L'afeitado n'est pas le sujet de prédilection des revisteros. Pour cause, cette fraude ne met pas en valeur la corrida, et donne une image ou une étiquette au revistero qui peut la dénoncer. Beaucoup d'aficionados qui se sont aventurés sur ce terrain-là ont même été assimilés à des antis-taurins. C'est dire !
Remarquez par ailleurs que certains revisteros d'une autre époque, ayant en leur temps dénoncé la pratique de l'afeitado, se sont vus insultés de longues années après leur mort... par de "grands" organisateurs de spectacles taurins, comble de lâcheté, sans la moindre gêne et sans aucune dignité.

Aux arènes, il y a bien des jours où le doute a peu de place face aux scandales du bout des cornes. Quand ce forfait se produit, l'aficionado ressent d'abord stupeur, mais aussi incompréhension, amertume, avec l'envie de connaître le fin mot de l'histoire. Exit ceux auxquels une corne mutilée ne fait absolument ni chaud ni froid. Ne pas chercher midi à quatorze heures, ceux-là peuvent avoir des côtés sympathiques, attachants, mais ils ne sont pas aficionados, et ne le seront jamais, même s'ils prétendent le contraire.

L'afeitado n'est pas chose simple, puisque les cornes de l'animal subissent des évolutions naturelles au fil de sa vie dans les prés. En fonction des encastes, certaines cornes sont plus développées que d'autres, avec une tendance naturelle plus ou moins astifina (un toro d'encaste Coquilla âgé de cinq ans sera toujours moins impressionnant d'armures qu'un toro d'Alcurrucén, dont les cornes sont naturellement fines et acérées). Cependant, durant certaines courses, le hasard n'existe plus, les pointes semblent beaucoup trop grossières, éclatent, et parfois saignent. Face à ces images-là, l'aficionado est forcément consterné.
Pourtant, la présentation des toros est une chose primordiale au moment où doit débuter une corrida. L'intégrité des armures, c'est d'ailleurs ce que prévoit formellement le règlement. Encore plus formidable, des analyses sont même prévues dans les plus grandes arènes... mais cela fait quelques années qu'elles ne sont plus du tout publiées en fin de saison !
Par rapport à l'intégrité du toro espérée par l'aficionado, beaucoup d'entre nous ne possèdent absolument aucune appétence pour les corridas de rejoneo et les festivals, qui sont des spectacles à part entière. Et les armures tronquées (autorisées) pour ces corridas à cheval et ces festivals ne devraient en aucun cas être reproduites lors de corridas et de novilladas avec picadors.
Même si le public occasionnel ne le détecte pas, cela ne sert absolument personne. Ni le sérieux de l'arène, ni l'organisateur, ni l'éleveur, ni le torero, dont la prestation est dévalorisée, et pour lequel un coup de corne provenant d'un toro manipulé peut avoir des conséquences beaucoup plus graves. Même si un toro que l'on sait amoindri pourrait avoir un aspect "rassurant".
Alors, pourquoi afeiter ? Quels sont les commanditaires quand cela se produit ?

Il est arrivé bien souvent que des organisateurs irréprochables dans leur philosophie se retrouvent victimes face au fait accompli.
Le thème des fundas n'arrange absolument pas les choses, puisqu'il peut être le parfait alibi d'une manipulation. Ces fundas n'ont d'ailleurs absolument rien de salvateur, car elles masquent parfois des coups de corne internes quand les toros se battent entre eux dans leur élément naturel. Idem pour les cornes dites "arregladas" (arrangées), qui ne sont rien d'autre qu'une forme d'afeitado déguisé. Mieux vaut que sorte en piste un toro naturellement astillé, et aux cornes légèrement abîmées, plutôt qu'un exemplaire retouché, pour lequel les choses viendront à s'empirer au premier contact avec les burladeros ou le caparaçon.

Il ne faut pas oublier que le toro meurt au centre de l'arène, et doit par conséquent être respecté jusqu'au bout du combat. Pour le sérieux d'une corrida, on raisonne actuellement en termes d'arènes, et non pas de ganaderías ou toreros de prédilection. Et c'est une douloureuse indication, qui permet de remarquer les arènes de tendance sérieuse d'une part... et celles qui ne le sont pas.
Face à l'afeitado, comment fermer les yeux sur une telle pratique (qui existe encore aujourd'hui, et le mois de juin 2015 en atteste) et monter parallèlement des plans de défense de la tauromachie, avec l'outrecuidance de quémander une obole supplémentaire à celui qui achète une place pour s'asseoir sur les gradins ? Ce dernier n'a pas davantage de garanties dans la présentation et le sérieux des courses qu'il va voir, alors que cela devrait parfaitement être le cas.

L'afeitado est un forfait, une fraude, qui n'honore personne, et surtout pas ceux qui le réalisent, ni leurs complices. En football, quand un joueur fait une main dans la surface de réparation, sans être sanctionné (car tout le monde l'a vu sauf l'arbitre), cette injustice déclenche une véritable discussion. En tauromachie, quand survient l'injustice, la majorité silencieuse porte bien son nom. Elle préfère rester frileuse, et se taire.

Florent

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