dimanche 7 juin 2015

Raging bull

Madrid, mardi 2 juin. Au moment de fouler la piste, "Tejedor", le quatrième Cuadri, un toro châtain de 606 kilos, préfère faire demi-tour et retourner vers le toril. Quelques instants plus tard, il arrive enfin sur le sable avec toute sa splendeur, et le typique aspect sauvage des toros de Cuadri.
Châtain donc, impressionnant de gabarit, aux cornes acérées et redoutables. L'élevage andalou de Cuadri est, il faut le dire, l'un des derniers à résister aux océans de fundas que l'on peut retrouver quasiment partout ailleurs. Les toros de Cuadri ne semblent pas souffrir de cette absence de protections, leurs cornes étant souvent belles et irréprochables.

"Tejedor", numéro 23, sera le toro le plus intéressant de la semaine à Las Ventas. Ses cinq autres congénères, en général, s'avéreront âpres, durs et réservés. Mais il existe un réel problème depuis le début de la feria (si ce n'est pas depuis quelques années) à Madrid, dans le sort réservé aux toros lors du premier tiers. Les picadors brillent peu souvent et sont maladroits, en bonne partie à cause de chevaux-forteresses à la mobilité réduite. D'autre part, les commissaires de police qui font office de présidence technique oeuvrent avec un esprit procédural et peu d'afición. Ce sera deux piques pour chaque toro ou presque, qu'importe la façon dont elles sont administrées. Deux piques, ni plus ni moins.
On se doute aussi de l'inexistence de dialogue entre les présidences et les toreros avant la course. Or, tous les lots de toros étant différents, ils doivent connaître des lidias adaptées. Mais dans la première arène du monde, la chose s'effectue souvent (et malheureusement) en dépit du bon sens.

Quand "Tejedor" est entré en piste, il a été fortement ovationné. A sa première rencontre à la pique, il s'allumera avec caste et puissance. Ce fut la même chose à la seconde, où il viendra encore plus fort, désarçonnant cette fois le picador, qui tomba de sa monture, heureusement sans mal.
Mais puisque l'on ne désire pas faire briller les toros en ces lieux, le tiers fut changé par le flic du palco. "Tejedor" aurait pourtant bien supporté une pique supplémentaire.
Contrairement à son premier combat, Luis Miguel Encabo laissa le soin à ses banderilleros de poser les fuseaux. Ce n'était pas une tâche évidente, mais Angel Otero, très en verve, le fit de façon extraordinaire. Mais il ne put exécuter la troisième paire comme il l'aurait voulu, car "Tejedor" donnait des coups de tête terribles.

A la muleta, ce magnifique Cuadri était un toro que l'on peut apprécier sous divers points de vue. Celui de l'aficionado, qui le trouvera très encasté et intéressant ; celui du torero-vedette, qui préférera ne même pas connaître son existence ; et celui du torero affamé, qui livrera bataille jusqu'au bout, avec beaucoup d'appétit et de courage.
Doté d'une charge très vibrante sur la corne droite, "Tejedor" donnait l'impression que plusieurs toros passaient en même temps, tellement il possédait de présence. Et le vétéran matador Luis Miguel Encabo fit tout pour le faire briller, avec cran, pour que l'on puisse admirer sa charge. Effectivement, à chaque fois qu'il venait, ce "Tejedor" était un torrent de caste.
C'était un combat âpre, et l'on eut du mal à comprendre les sifflets envers Encabo, descendant des tribunes dès le milieu de la faena. Certes il y eut une mauvaise estocade et beaucoup de descabellos, mais Encabo ne méritait pas une telle réprobation.
"Tejedor", pour sa part, fut ovationné à l'arrastre comme à son entrée en piste.

Florent


(Image de Las-ventas.com : "Tejedor" de Cuadri et Luis Miguel Encabo)

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