samedi 4 juillet 2015

Au pays de Dalí

Après tout, la vieillissante arène de Céret, 3.700 places, et une piste de tout juste 30 mètres de diamètre, pourrait être parfaitement banale sur la carte taurine. Une petite arène comme il en existe tant.
Mais son propre vécu, sa situation, ainsi que l'histoire qu'elle côtoie de près (de l'autre côté de la frontière), en font un symbole. On la connaissait déjà pour son sérieux, son originalité, et sa très forte identité.
Mais depuis 2012, chaque mois de juillet, c'est bien elle qui ouvre la saison taurine en Catalogne. Dorénavant, chaque temporada aux couleurs sang et or commence ici.

Mais la frontière est proche, puisqu'en 2010, le parlement régional de Catalogne (côté Espagne) a décidé de mettre un terme aux corridas. Il n'y avait pourtant, à ce moment-là, plus qu'une seule arène en activité dans la communauté autonome de Catalogne : la Monumental de Barcelone.
Une arène, et une dizaine de corridas annuelles. Mais quand la politique s'en mêle (alors que la tauromachie n'a absolument aucune couleur politique), et considère ce sujet comme brûlant, la catastrophe peut vite arriver. Il fallait "interdire" disaient-ils, et la catastrophe, inéluctablement, est arrivée...
Une arène, dix corridas annuelles, est-ce bien une préoccupation importante dans une société (qu'elle soit nationale ou régionale) ?
2011 a donc été à ce jour la dernière saison taurine de Barcelone. Et pour la dernière corrida, les toreros ont été portés en triomphe dans les rues de la ville, avant que ne sonne le glas.
Pourtant, en d'autres temps, Barcelone a eu deux arènes fonctionnant simultanément (la Monumental et Las Arenas), il y avait des toros sur la Costa Brava et dans d'autres arènes situées dans les terres (comme à Olot). De même, de l'autre côté de la frontière, le département des Pyrénées-Orientales possédait lui aussi son petit lot d'arènes. Mais tout cela a disparu progressivement...

La tradition taurine en Catalogne, c'est aussi celle du fantasque et éternel Salvador Dalí. En 1961, l'artiste avait eu sa propre corrida aux arènes de Figueres, en décidant du déroulement de celle-ci. Il n'avait en revanche pas pu aller jusqu'au bout de ses désirs. Car ce jour-là, il aurait aimé remplacer le train d'arrastre par un hélicoptère, pour que celui-ci transporte les toros à la fin de chaque combat... afin de les lâcher au-dessus de la mer Méditerranée.
Un demi-siècle plus tard, en Catalogne, seules Céret et Millas pensent encore à l'avenir. Et quand samedi prochain, à Céret, le premier toro de Dolores Aguirre pointera son porte-manteau à la sortie du toril, il restera encore un peu de toute cette histoire...


Florent

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire