jeudi 30 juillet 2015

En passant par là

Chemin du retour doit toujours rimer avec petit détour. Sinon le trajet est morne et monotone.
Arènes de Roquefort-des-Landes, temps d'automne. Ils l'ont surnommée la "Monumental des Pins", tiens c'est joli comme nom. Des arènes en bois splendides, et qui font forcément penser aux disparues de Saint-Perdon. Il est beau de voir qu'en 2015 encore, des arènes de ce type sont toujours d'actualité, loin des blocs de béton sans âme.
C'est beau une arène, même un jour sans course, sans fête, seulement dans le silence et le vide.

A Roquefort, le panneau de signalisation gâche un peu le paysage. Roquefort, c'est une arène dont la date annuelle est difficile, concurrence oblige avec Bayonne, Dax et les autres... Heurs et malheurs du calendrier taurin.

En passant par là, sans un bruit, sauf celui de la pluie, viennent des souvenirs. Le plus ancien en ces lieux. C'est une novillada, il y a quinze ans, le 13 août 2000. Il y avait dans les chiqueros ce jour-là des novillos gris de San Martín. En regardant ces arènes tant de temps après, c'est au novillero Antonio de Mata auquel j'ai pensé. Il fut certainement lors de cette course le novillero le moins en vue.

Un habit céleste et or, ou bien turquoise, je ne me souviens plus très bien. La novillada de San Martín avait été dure, comme de coutume à Roquefort. Antonio de Mata avait lui voltigé sur les cornes de ses adversaires à plusieurs reprises. Avec le dernier novillo de l'après-midi, suite à un énième accrochage, il semblait souffrir, se tordre de douleur, terminant le combat en direction de l'infirmerie.

Avec la distance, on se dit que l'habit de lumières est un luxe, et qu'il protège de toute précarité celui qui le porte. Or, il représente surtout des sacrifices, et peut à un moment ou à un autre, finir pour toujours au fond d'un placard, ou faire l'objet d'une vente d'occasion. Cette précarité existe réellement, même si elle est difficile à percevoir pour celui qui considère la tauromachie comme un divertissement ou un simple spectacle. C'est pourtant bien plus que cela.

La tauromachie est violente. Imaginez qu'un seul toro, son nom, ses vingt minutes de combat et son tour de piste final, pourront à jamais rester sur les lèvres des aficionados. Mais d'un autre côté, une carrière de novillero, de longues années de lutte, des dizaines de courses, pourront ne jamais passer à la postérité, et seulement se contenter de l'anonymat et de l'oubli.

A ceux qui un jour ont rêvé de belles voitures, de grandes propriétés, de Núñez del Cuvillo, de Juan Pedro Domecq, de faenas liées, de soixante passes, de sorties en triomphe et de gloire, il ne faut guère leur en vouloir. Ils sont bien plus nombreux ceux qui se sont échoués comme une vague contre un rocher, par rapport à ceux qui y sont parvenus.
Il faut plutôt en vouloir à leurs entourages, à ceux qui les ont nourris et bercés de faux-espoirs. Des chutes cruelles en tauromachie, il y en a tellement chaque année qu'on ne pourrait les dénombrer. On leur avait pourtant dit que tout fonctionnerait, on leur avait fait des promesses, et dressé un beau panorama à long terme... Chant des sirènes.

L'été venu, beaucoup d'aficionados préfèrent à certaines dates se rendre à des novilladas plutôt qu'à des corridas. Pour voir là où l'espoir et les rêves sont les plus forts, et parfois aussi les plus insensés. Des rêves sous la lumière, alors que peut-être au bout du chemin, c'est bien l'oubli qui guette.
Pas plus que la blessure dont il souffrait ce 13 août 2000, j'ignore ce qu'Antonio de Mata est devenu depuis.

Florent

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