vendredi 31 juillet 2015

Le balcon du naufrage

Orthez, dimanche 26 juillet, 17 heures 15, à peu de choses près. Je te vois t'avancer, le sourire fixe abreuvé par autre chose que de l'eau minérale. Tu trouves tout de même la lucidité nécessaire pour me filer l'ordre de sortie des toros de Valdellán. A ce moment-là, toi qui es maintenant jeune papa, et frais comme un gardon, rien ne te perturbe. Si notre ami Joaquín Monfil avait vu ta mine, il t'aurait chambré à coup sûr, avec la gentillesse qui était la sienne. Bientôt deux ans qu'il n'est plus là, il aurait été fier de toi. Il est parti aimer la fête des toros depuis les étoiles.

A Orthez, c'était la journée spéciale Valdellán. Le matin, Tomás Angulo est passé à côté de "Buenas tardes", un excellent novillo, brave, encasté, et dont la charge transmettait beaucoup. Angulo a rendu son triomphe de 2014 dans la même arène. L'an dernier, il avait coupé ici trois oreilles mais s'était surtout relevé d'une boîte monstrueuse, le laissant complètement inanimé au sol.

Mais la question de la journée, c'était de savoir si parmi tous ces exemplaires de Valdellán, certains auraient un potentiel se rapprochant de celui de "Cubano" de Vic, le numéro 28. Sur ces sept toros inscrits sur ce papier, peut-être l'un de ces numéros 13, sait-on jamais ?

Certaines courses sont plus difficiles à présider que d'autres. Celle de Valdellán de ce dimanche après-midi faisait partie de ladite catégorie des "plus difficiles". Lors d'une corrida de vedettes, faire le choix d'un premier tiers avec un ou deux picotazos n'a pas grande influence sur le reste du combat. Pour d'autres corridas, comme celle d'Orthez, choisir entre deux ou trois piques a en revanche une grande importance.
Cela faisait un petit bout de temps que je n'avais pas vu dans une arène une présidence aussi contestée... et aussi absente. Trop de doutes dans ses décisions. Changer le tiers de piques du troisième toro "Carmelita", le plus brave de l'après-midi, aussitôt terminée sa deuxième rencontre au cheval. Puis se raviser sous la bronca, et finalement signaler au picador d'effectuer de façon ridicule un "regatón", surtout pour une troisième rencontre qui aurait dû être une vraie pique. Cette même présidence aurait également pu remplacer le quatrième toro, affublé d'un problème à une patte dès le début du combat. Ce toro n'a finalement pas été changé, il a même un peu récupéré, tandis que le balcon lui a tergiversé de bout en bout. Naufragée, la présidence est passée à côté de la course du début jusqu'à la fin, ça arrive, c'est ainsi.

Les toros de Valdellán, inégalement présentés, n'ont pas fait revenir sur le sable l'émotion provoquée par "Cubano", deux mois plus tôt. Tout au long de la journée, il y eut un peu de tout au niveau toros, plus ou moins intéressants en comportements.
Le premier d'Alberto Lamelas, un berrendo en cárdeno, bas et bien armé, était court de charge et difficile. Certes sa lidia ne fut pas joyeuse, mais Alberto Lamelas s'est arrimé une fois de plus, allant chercher des passes que plein d'autres n'auraient pas envisagé. Avec le quatrième, protesté en début de combat, Lamelas a distillé de bons muletazos sur la corne droite, mais le toro s'est éteint très rapidement.

Thomas Dufau, nous-dit on, a laissé une bonne impression trois jours avant au Plumaçon face à une mauvaise corrida de Juan Pedro Domecq. Ses prestations auraient même été ce jour-là supérieures à celles de Juan José Padilla et Manzanares, ses compagnons de cartel. A Orthez, Thomas Marty a superbement écarté son premier adversaire. Pour Dufau, le changement de contexte et de toros s'est fait sentir. Beaucoup de doutes notamment face au cinquième, encasté, difficile et exigeant. Les deux fois, un calvaire avec l'épée. Du coup, Thomas Dufau a été beaucoup moins à l'aise que Lamelas et Valencia. Comme quoi, en tauromachie, la hiérarchie conférée par les cartels n'est pas obligatoirement respectée, loin de là, à Mont-de-Marsan, à Orthez et ailleurs.


Quant à César Valencia, il n'a pas connu de naufrage. Depuis la corrida de Fraile à Céret, il a fêté ses vingt ans. C'était seulement sa troisième corrida de ce côté de l'Atlantique. A Orthez, face au meilleur lot de l'après-midi, il a davantage pu se relâcher par rapport à Céret, laissant cependant une impression moins forte. Pour toréer, les Valdellán d'Orthez permettaient plus que les Fraile de Céret, alors Valencia en a profité. Son premier adversaire, "Carmelita" a montré beaucoup de caste au cheval face à Alberto Sandoval en trois rencontres (dont une au regatón...). Après un tiers de banderilles assuré par César Valencia lui-même (et de façon très respectable), "Carmelita" a planté ses cornes dans le sable en début de faena, pour un tour complet. Un toro amoindri, quel dommage, mais qui gardait encore un peu d'allant dans la muleta... De Valencia, on détachera surtout plusieurs naturelles sincères en fin de parcours. Le dernier Valdellán de la journée, "Hurón", démontra lui aussi de la caste, en quatre rencontres puissantes à la pique, et avec une charge soutenue par la suite. Face à ce toro, César Valencia fut très appliqué, et plus centré qu'au troisième. Deux pinchazos auront raison d'une éventuelle sortie en triomphe, mais pas de ce jeune vénézuélien qui est la grande révélation de l'année 2015 avec ce type de corridas. En plus, il a tout juste vingt ans...

Florent

1 commentaire:

  1. Moncher florbent,
    D epuis madagascar je me connecte tant bien que mal. J'avoue que ton aficion têtue, inébranlable, me semble admirable. C'est vrai que dans l'histoire, la corrida a connu de sacrées crises, les toros de 3 ans, el cordobes, el juli et j'en passe. Je souhaite de tout mon coeur qu'elle survive aux outrages qu'elle subit, pour les gens tels que toi. Mais jen'y crois plus vraiment. Ce qui fut le seul point de rencontre d'une espagne martyrisée entre vainqueurs et vaincus, devient un grotesque enjeu politique, et là je crois que c'est foutu pour de bon. Même ma condesa ventena historique et rugissante n'y croit plus,c'est de dire.
    Je souhaite que des gens tels que toi sauve ce quenous avons tant aimé.
    Bien à toi.

    RépondreSupprimer