vendredi 17 juillet 2015

Le prix du sang

Normalement, une affiche de corrida ne doit jamais être bâtie d'après des affinités ou pour faire plaisir à qui que ce soit. Doivent être présents des toreros et des ganaderías qui ont mérité leur place. Et puis, en tauromachie, le chauvinisme n'a jamais été très bon...

Le cas de Lionel Rouff, dit "Morenito de Nîmes", 45 ans, est un peu différent. Sa présence sur les affiches est récurrente depuis de nombreuses années, mais elle est secondaire, puisqu'il s'agit du poste de sobresaliente.
Morenito de Nîmes a pris l'alternative le 17 août 1997 aux Saintes-Maries-de-la-Mer, toros de Viento Verde sur les pancartes, Chamaco et le vénézuélien Erick Cortés comme compagnons d'affiche. Une alternative comme il y en a des dizaines par saison.
Mais dans l'arène littorale des Saintes-Maries, ce jour de 97, Morenito de Nîmes n'a pas connu une alternative comme les autres. Plutôt un cauchemar. Pour commencer, un toro portant le nom de "Ratero" (mauvais présage), au comportement manso. Un début de faena compliqué, et un coup de corne, très grave. Quatre trajectoires dans la cuisse gauche. Le prix du sang.

Cette blessure a dû tenir le nîmois éloigné des arènes pendant longtemps. Il est revenu, mais les opportunités en tant que matador se sont faites rares. Quelques corridas et des festivals. Morenito de Nîmes a alors dû choisir la fonction de sobresaliente pour continuer à s'habiller de lumières. Un boulot ingrat, délicat, mais qu'il n'a jamais refusé.
Avant lui, le sobresaliente récurrent sur les affiches françaises était Joël Matray. Autre destin, autres cauchemars. En tant que novillero, Joël Matray avait reçu en 1982 à Bayonne l'un des plus graves coups de corne jamais observés en France, et dont il s'était sauvé miraculeusement. La malédiction des sobresalientes français.

Mais avant d'être sobresalientes, tous ceux dont on parle sont matadors de toros. Morenito de Nîmes n'a jamais refusé, semble-t-il, la moindre sollicitation pour être en réserve dans un mano a mano ou un seul contre six. Que ce soit lors de corridas pour figuras, ou d'autres beaucoup moins évidentes. En 2012 à Céret, alors que Fernando Robleño estoquait seul six toros d'Escolar sous une tension maximale, Morenito de Nîmes s'était avancé en piste pour réaliser un valeureux quite par faroles.

Au moment d'élaborer un cartel ou une feria, s'il faut garder les places pour ceux qui le méritent, il faut également savoir être juste. Morenito de Nîmes aurait mérité de figurer au paseo, dans sa ville, lors de la prochaine feria des Vendanges. Sa présence s'imposait beaucoup plus que d'autres dans des cartels sans raison, où l'on vient même mêler toreros à pied et rejoneadores. Quoi de mieux, aussi, que de voir ce torero (accompagné de deux vedettes ou non) faire un dernier tour dans ses arènes, l'année où il l'a décidé.

Pour Morenito de Nîmes, il s'agissait probablement aussi de refermer cette blessure d'il y a dix-huit ans, afin de terminer cette carrière de matador bien mieux qu'elle n'avait commencé. Et parce que les matadors de toros eux aussi ont le droit de dire au revoir...

Florent

1 commentaire:

  1. Bernard Grandchamp18 juillet 2015 à 12:14

    Olé pour l'hommage !...
    Et suerte pour le reste de la temporada

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