jeudi 16 juillet 2015

Sardana dels desemparats

Dans cette arène au pied de la montagne, et tout son environnement, on découvre à chaque fois de nombreuses couleurs, avec plein de contrastes. Ici, ce n'est pas tout à fait comme ailleurs.
Chaque année, il faut se résoudre à l'idée que c'est déjà fini. La semaine suivante, à Céret, les corridas laissent leur place au festival de sardanes.

Dimanche, pour la dernière journée de Céret de Toros, il y avait le matin une affiche avec des toreros censés être les moins expérimentés de la feria. Mais face à la corrida de Fraile, les trois toreros : Sánchez Vara, Pérez Mota et César Valencia, ainsi que leurs cuadrillas, ont été exemplaires dans la lidia, chose rare à l'heure actuelle, et qu'il faut absolument mentionner.
L'après-midi, l'élevage d'Adolfo Martín fêtait les vingt ans de sa première corrida cérétane, en 1995. Cette fois, le lot d'Adolfo était irréprochable de présentation, bas, sans excès de poids, largement armé et pointu. Le contenu est toujours variable avec cet élevage, qui chaque année, fournit un grand nombre de corridas. Certains des six toros de Céret ont manqué de forces, beaucoup ne se sont pas employés au cheval, avec des piques systématiquement (ou presque) données en carioca. On releva un manque de puissance et de combativité, avec des comportements à contre-style de l'arène. C'était un peu comme aller voir les Rolling Stones, et au final se retrouver avec un concert de variété française.

Face aux Adolfo Martín, il y avait trois toreros nés dans les seventies. Luis Miguel Encabo, aux cheveux couleur neige, comme le blanc de son habit de lumières. Dans la lidia et les poses de banderilles, il fut vraiment très bien. A la muleta, on ressentit chez lui de l'envie, et aussi beaucoup de plaisir. L'envie de toréer longuement, et rattraper le temps perdu des années passées à traverser le désert. Des faenas longues, un peu lointaines... face à Sombrero puis Buscador, le quatrième, doté d'une charge longue, suave et franche. Dans une arène comme Madrid, Séville ou Bilbao, il s'agissait de deux toros pour couper les oreilles, devenir riche, très riche, et remporter tous les prix mis en jeu... Luis Miguel Encabo se contenta de deux ovations.

Le 2 était le chiffre magique du week-end. A chaque corrida, c'est toujours le deuxième toro qui fut le plus intéressant. Chez Adolfo Martín, il s'appelait Baratillo, avec un berceau de cornes en chandelier, presque "cornipaso", des armures typiques chez les toros d'Albaserrada. Il fut le plus brave à la pique mais fit les frais d'une mauvaise lidia. Face à ce toro encasté, Diego Urdiales a joué un numéro de torero-hypocondriaque, en proie au doute, allant jusqu'à se prendre les pieds dans le tapis plusieurs fois. Urdiales écouta les sifflets. Avec le cinquième, faible et noble, Urdiales fit voir avec quelques naturelles isolées, que son toreo de la main gauche était supérieur et plus profond que celui de nombreuses vedettes. Mais à quarante ans, Diego Urdiales semble avoir envie de tourner la page dure et guerrière de sa carrière.
Enfin, Fernando Robleño accueillit son premier par une larga à genoux, avant que le toro ne se casse complètement une corne contre un burladero. Le toro de réserve manqua de fond et de transmission, comme le sixième, auquel Robleño servit une faena longue, et fut récompensé d'une oreille de torero local. Sa nouvelle présence au paseo de ces/ses arènes lui avait encore apporté des points sur la carte de fidélité.

Et après, il fallut une année de plus partir de Céret...

Florent

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