mercredi 29 juillet 2015

Sucré-salé

On pourrait aussi appliquer le dicton aux corridas de Cebada, qui sont comme des boîtes de chocolat. On ne sait jamais sur quoi on va tomber.
Et puis, Cebada Gago est un élevage dont l'histoire n'est pas linéaire, passant progressivement des mains des vedettes à celles des belluaires. Dans l'arène, ces dernières années, le tempérament des toros de Cebada Gago est variable, parfois jusqu'à en perdre l'espoir. Arles, Pâques 2013, une grande course, très encastée, avec notamment "Lagarto", un superbe toro. La même année 2013, à Hagetmau, une novillada en sucre qui permettait de couper dix ou onze oreilles sans problème. Et puis, beaucoup de plats sans saveur aussi, et des déceptions, comme à Vic le 23 mai dernier, aussi bien en présentation (toros très légers) qu'en comportement.

A Mont-de-Marsan samedi dernier, c'était le premier lot complet de Cebada Gago combattu dans l'histoire des arènes du Plumaçon. Des toros qui physiquement du moins, faisaient penser pour certains à des Torrestrellas, et pour d'autres à des Rocío de la Cámara d'une autre décennie.
Cette fois, ce fut une course salée, avec laquelle on a retrouvé les beaux toros de Cebada Gago, sérieux, bien armés, sans excès de poids mais avec un vrai trapío. Des toros suffisamment solides pour maintenir un grand intérêt, 19 piques, de la caste et de l'intensité jusqu'au bout.

Mais avant tout, c'était une corrida dure, avisée, dangereuse, et dont la majorité des toros cherchait l'homme derrière l'étoffe.
A Mont-de-Marsan, Rafaelillo a pour habitude de s'engager beaucoup plus qu'en d'autres endroits. Il l'a montré d'entrée face à un Cebada brusque et âpre, qu'il toréa au centre de la piste avec cette technique qui est la sienne, une tauromachie en mouvements et risquée. Au quatrième, son picador Juan José Esquivel (qui avait pleuré dans ses bras au mois de juin à Madrid le jour des Miuras) a offert un grand tiers de piques. Le Cebada est venu avec puissance lors des quatre rencontres, sortant seul des deuxième et troisième, avant de pousser paradoxalement en brave à la dernière. Au premier assaut, Esquivel avait failli être désarçonné mais parvint à garder le cap. Comme avec le premier toro, Rafaelillo resta également au centre de l'arène face à "Piporro", toro blanc et noir, encasté, violent et difficile. Et comme à son premier, Rafaelillo s'est engagé pour de vrai au moment de l'estocade, obtenant cette fois une oreille, fêtée lors d'un tour de piste en commun avec Esquivel.

Cette course de Cebada Gago ne fut jamais une partie de plaisir pour les hommes en piste. Javier Castaño l'a remarqué dès le combat du deuxième, noble mais exigeant, auquel il donna de bons muletazos sur la corne droite, avant d'être touché d'un coup de pointe à la cuisse.
Le cinquième, "Dormilón", cinq ans et demi, numéro 47 (comme le Lot-et-Garonne, rappelant douloureusement aux Montois qu'ils se sont inclinés contre Agen cette année en finale de Pro D2), fut le grand toro de l'après-midi. Brave et puissant en quatre piques face à Plácido Sandoval, très bien mis en valeur (et de loin) par Javier Castaño dans les mises en suerte, bien cité par Sandoval mais piqué à chaque fois très loin du morrillo. Un grand toro donc, avec une charge vibrante dans la muleta... que Javier Castaño, qui semble avoir perdu la profondeur, ne sut jamais saisir. A la fin du combat, alors que Castaño était parti dans l'indifférence, une bonne partie du public demanda le tour d'honneur pour "Dormilón". Cela n'aurait absolument pas été un scandale, compte tenu du caractère complet de ce toro, et pour le distinguer à tout prix des exemplaires de Victoriano del Río fortement ovationnés à l'arrastre la veille.

Le troisième torero à l'affiche était Pérez Mota. Son premier adversaire, noir et blanc, faisait penser aux Torrestrellas. C'était un manso perdido, avec peut-être aussi, un voile sur l'oeil gauche qui le rendait incertain dans ses trajectoires. Quatre piques en manso, avec de la force, et à la muleta, des assauts aussi sournois qu'une fille de joie. Deux fois, Pérez Mota fut sérieusement averti, à l'aisselle puis à la cuisse. Pérez Mota est resté courageux jusqu'au bout, ce qui lui valut un trophée. Pour clôturer la course, le sixième, un peu juste de forces, brusque et compliqué, fit redescendre le ton initial.
Mais pour une première de Cebada Gago à Mont-de-Marsan, celle-ci restera dans les souvenirs.

Florent  

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