mardi 7 juillet 2015

Tu voulais voir la mer... mais on a vu Vauvert

Malgré deux novilladas piquées annoncées, on découvrait Vauvert comme si c'était un village fantôme. Une ou deux buvettes aux alentours des arènes, et puis c'est tout. Rien de plus, le cliché d'une cité du Midi lors d'une journée dominicale comme une autre.
Le béton des arènes modernes de Vauvert faisait presque regretter les typiques arènes en tubes de cette région, destinées aux courses camarguaises, et souvent abritées par de grands platanes.
Forte chaleur, chant des cigales comme seul compagnon, et impression désertique sur les gradins de cette arène gardoise, aussi bien le matin que l'après-midi. Certes, il y avait ce temps de canicule, cette date de début de vacances, et des horaires très exposés au soleil (10h45 et 17h30). Le prix des places, lui, n'était guère plus exorbitant qu'en d'autres endroits : 25 euros l'entrée générale. Mais à titre de comparaison, je n'avais jamais vu aussi peu de monde dans le Sud-Ouest pour une novillada avec picadors.
Il faut dire que du côté Sud-Est, ce type de courses a bien souvent été mis à l'écart par les grandes empresas ces derniers temps. Et quand de petites arènes décident de monter une novillada piquée, elles payent la note et les pots cassés. Quel dommage.
Les entrées de Vauvert étaient cruelles : peut-être 200 le matin et 300 l'après-midi...

Sous le soleil de plomb de ce village désertique, on a compté 5 heures 20 de jeu cumulées, treize novillos au total (le cinquième titulaire de Pagès-Mailhan du matin fut remplacé), sept oreilles (correspondant très bien à la catégorie de l'arène...), et un trophée décerné au vénézuélien Manolo Vanegas. On pouvait imaginer, également, une cinquantaine de degrés Sahariens ressentis sous chaque habit de lumières.
S'il avait fallu décerner un prix au meilleur novillo de la journée, il serait probablement revenu au tout premier, de Pagès-Mailhan, marqué du numéro 211. Trois piques sans s'employer, mais un novillo qui alla "a más" au fil du combat, finissant avec beaucoup de mobilité et de transmission dans ses charges. Le colombien Guillermo Valencia, honnête et très décidé face à lui, fit les choses bien, malgré son peu de métier. Il perdit en revanche complètement les papiers face au quatrième, de Piedras Rojas, qui pourtant ne mangeait personne... Et Valencia écouta au final les trois avis.
En trois heures, cette matinée fut longue, très longue, avec peu d'intensité et des tiers de piques passables. Il y avait trois Pagès-Mailhan (1er, 5ème bis et 6ème) et trois Piedras Rojas de Patrick Laugier (2ème, 3ème et 4ème). Le vénézuélien Jesús Enrique Colombo a déçu par rapport à sa prestation de Garlin en avril, et le jeune espagnol Diego Carretero n'a pas laissé un souvenir indélébile.

L'après-midi, les novillos d'El Pilar étaient nettement inférieurs en présentation par rapport aux novillos français du matin, et ce malgré le manque de charpentes de certains exemplaires de Pagès-Mailhan.
El Pilar est un élevage qui sort très fréquemment chaque temporada. On dit sur le papier qu'il est de garantie, voire de luxe... Mais à bien y regarder, il y a dans cet élevage une faiblesse récurrente, et un manque de caste et de transmission inquiétant. Des choses dont il est impossible de se satisfaire. Rares sont les exemplaires d'El Pilar qui vont au bout de leur combat sans s'éteindre. En fait, il faudrait peut-être opter en novilladas pour des élevages que l'on voit rarement en corridas.
En ouverture, Lilian Ferrani coupa une oreille face à un Pilar faible, noble, soso, et qui donna le ton de la course. Par contre, le quatrième était le prototype du novillo-desecho, lourd, volumineux, mal armé, réservé et brusque. Il fit voltiger deux fois dans les airs le jeune Ferrani, de façon impressionnante. Mais ce dernier resta en piste jusqu'au bout, démontrant que les toreros originaires de Seine-et-Marne avaient eux aussi beaucoup de courage.
Le vénézuélien (encore un lors de cette journée !) Manolo Vanegas a été très "novillero" lors ses deux combats. Un répertoire varié à la cape, et des paires de banderilles exposées dans le berceau des cornes. Il fut au-dessus de ses opposants, dont le premier fut le plus intéressant de la soirée, brave en deux rencontres, avec du piquant dans ses charges en début de faena... avant de s'éteindre !
Mais au niveau du toreo profond et de l'élégance, c'est Ginés Marín qui eut les gestes les plus purs de la journée, notamment de la main gauche, face à un lot composé d'un premier faible et d'un second invalide d'une patte... Pas vraiment de quoi s'enthousiasmer !

Avec trois oreilles dans la poche, c'est Manolo Vanegas qui a remporté le premier trophée José María Manzanares. Espérons pour lui que s'il vient à remettre en jeu sa ceinture l'an prochain... l'assistance sera plus fournie. Car ce dimanche, Vauvert rimait avec désert et chanson de Prévert...

Florent

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