mardi 28 juillet 2015

Un beau jour pour mourir

C'est Talavante qui avait eu cette phrase étrange, lors d'une interview, quelques jours avant d'aller confirmer l'alternative à Las Ventas, en 2007. "Un beau jour pour mourir", venant d'un torero qui à cette époque-là avait une faim terrible. Par ailleurs, il avait franchi la grande porte le fameux jour J.
Exprimer ainsi ce "beau jour pour mourir", c'est dire aussi que l'on est prêt à tout dans une arène, à tout y laisser, comme une façon de se sublimer. Il existe différentes formes de tauromachies, qui ont toutes le point commun de s'exercer au fil des cornes. Parfois, des destins opposés se rapprochent.

Dimanche à Orthez, à 18 heures, le paseo de la corrida était assez inhabituel. Sur la même ligne que les trois matadors à l'affiche, on apercevait Thomas Marty, écarteur, défilant dans les arènes de sa ville.
Mêler les tauromachies peut toujours susciter des débats chez les aficionados, en l'occurrence pour la corrida et la course landaise. Mais le geste à venir est rare, et il ne faut pas oublier que pendant des siècles, les courses étaient elles-mêmes des mélanges, voyant des acteurs divers se côtoyer chaque après-midi. Courses hispano-landaises, hispano-provençales, et autres...

L'ordre du jour est défini, Thomas Marty apparaîtra sur le sable face au deuxième toro de Valdellán, "Paquino", numéro 31. Le jeune Marty revêt une tenue des grands jours, de couleur bleu saphir et noir, et échange pour l'occasion les vaches landaises contre un toro de combat.
Peu à peu, tandis que le geste approche, la tension monte crescendo. Il est impossible qu'il en soit autrement. Et puis, on sait que les Gracilianos de chez Valdellán font partie de ces toros qui ont tendance à observer et à s'arrêter à leur entrée en piste, avant de s'employer au cours du combat. On y pense secrètement, en se disant que la tâche ne sera guère "facile", tout en espérant que le Valdellán en question aura de la mobilité.

La tension est terrible, et le silence s'instaure complètement dans cette arène habituellement bruyante. On sent la peur, l'appréhension, comme un parfum de roulette russe. Mais on admire aussi la scène avec un regard d'enfant, espérant que la prouesse se déroulera au mieux. Il n'y a aucun leurre en piste, seulement un jeune homme de 23 ans, qui rêve déjà de ce grand moment de sa carrière. Il ne possède absolument aucun outil pour dévier la charge de l'animal. Ce sera la clameur ou l'hôpital.
Coup de chance, "Paquino" de Valdellán est mobile à son entrée en piste, et se déplace avec beaucoup d'allant. Sur les gradins, la tension monte encore un peu plus. Beaucoup s'arrêtent de respirer. Pendant ce temps-là, le corps de Thomas Marty tourne, le temps d'un écart, et le toro passe près, très près, puis file à l'autre bout de l'arène. Seulement le temps de jeter une pièce en l'air et regarder de quel côté elle retombe.

Florent

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