mercredi 19 août 2015

Comme c'est beau un Pedraza...

Dans la vie, il y a ceux qui collectionnent les vieilles cartes postales, d'autres les timbres, et d'autres encore les disques vinyles. Il y a ceux qui aiment les randonnées en montagne, et ceux qui préfèrent les balades en solitaire en bord de mer. Mais il y a également ceux qui aiment et rêvent de toros avec un grand T, de tous les encastes, des plus braves, des plus puissants, et des plus précieux d'entre eux.

Cette passion-là exige de ne pas être trop matérialiste. Il faut juste vivre ces instants et tenter de les garder à l'esprit. La plus grande peur est que le souvenir s'échappe, car ni un cliché ni une vidéo ne pourront retranscrire avec exactitude ces choses aussi éphémères. Ces mouvements ou ces instants figés que la mémoire saisit pour ne plus les oublier, ils ont une valeur inestimable.
Samedi dernier, en entrant dans les arènes de Dax, c'est le souvenir de la corrida de Pedraza de Yeltes de 2014 qui jaillissait. Revenir en se disant que le grand soir, c'était celui de l'an dernier, et qu'il ne pourrait être égalé. Un souvenir ancré. Il fallait se jurer aussi, quoi qu'il arrive, de ne pas établir de comparaisons entre les millésimes 2014 et 2015.

Mais 2015 fut encore d'une intensité exceptionnelle, si bien que la corrida de l'an dernier n'était pas une histoire sans lendemain. Un lien entre une arène et une ganadería est devenu rare, alors on ne peut que se réjouir de celui qui existe (et on espère qu'il durera longtemps) entre Dax et Pedraza de Yeltes.
Samedi, les burladeros des arènes ont souffert, martyrisés par les cornes de ces sublimes toros. La cavalerie a bougé, on a compté vingt rencontres et trois chutes. Les picadors ont été mis à l'épreuve comme rarement mais ils ont été à la hauteur de l'évènement. Le plus impressionnant fut la première pique de Gabin Rehabi face à "Resistente", le deuxième Pedraza. Une pique en s'exposant, en prenant tous les risques, et réalisée dans les canons. Les picadors, eux, ont connu plus de succès que les toreros.

Mais la grande vedette de cette corrida, c'était le toro de Pedraza de Yeltes. Une présence merveilleuse, beaucoup de puissance, de la caste et de la bravoure comme de la dynamite. Il y a d'un côté les toros qui mettent la tête, en rechignant plus ou moins, et les Pedraza de Yeltes, qui la mettent également, mais en envoyant tout leur corps. Trois heures sans une seconde d'ennui, de quoi quitter les arènes à bout de souffle. Des charges vibrantes, un plein d'émotion, et le règne incontestable de ces six toros.
Un lot qui fera oublier la situation administrative du toro d'ouverture, annoncé en septembre 2011 et effectivement marqué du "2" au-dessus de la patte. Par ailleurs, il avait lui-même un excellent fond...
Deux tours de piste seront accordés lors de cette course. A "Burredor" le troisième, et à "Fantasioso", le sixième, un vrai missile, doté d'une caste débordante, et aimanté par le cheval dès son entrée en piste.

Face à cette corrida d'exception, le cartel des hommes était le bon, et il n'y avait aucune erreur de casting. Javier Castaño, Manuel Jesús Pérez Mota et Juan del Alamo. Ces trois-là sont parfaitement capables d'être à la hauteur de tels adversaires, du moins pour deux d'entre eux, puisque le premier cité n'est pas encore parvenu à se libérer de ses doutes. Jusqu'à quand ?
Et à savoir si les vedettes auraient fait quelque chose de grandiose ? La question et le débat n'ont pas lieu d'être, puisqu'elles ignorent l'existence même de cet élevage. Cela relève simplement du fantasme.

Samedi, pour rayonner face aux toros de Pedraza de Yeltes, il fallait être en grande forme, pour ne pas dire dans un état de grâce. Dans cette hypothèse-là, le torero qui aurait accompli cet exploit aurait dû être porté en triomphe jusqu'à l'hôtel.
En s'exposant dès le début du combat, avec des véroniques et des chicuelinas remarquables, Juan del Alamo était parti sur ces bases. De même quand il a commencé à citer "Burredor" de loin, et à réaliser de grandes séries. Malheureusement, del Alamo a ensuite abaissé son toreo et ses immenses capacités à des circulaires inversées. Sacrilège ! Ni "Burredor" ni "Fantasioso" ne méritaient de tels enchaînements. On en voudra un peu au torero, autant pour lui, que pour les toros, que pour nous.

C'est certainement une chose douloureuse, mais voir les toreros passer à côté de cette aussi grande corrida semblait inéluctable. Avec le contexte et cette puissance, c'était prévisible, et on ne leur en voudra pas.
En revanche, on quitta les arènes assez déçu du comportement des trois toreros et de leurs cuadrillas, puisqu'au sixième toro, ils laissèrent le picador Manuel Burgos coincé sous sa monture en étant trop attentistes. Si ne pas être à la hauteur d'un toro peut arriver au quotidien d'un torero, le lien de solidarité avec les autres hommes en piste ne doit jamais disparaître. Manuel Burgos devra son salut à Alain Bonijol et à son personnel, justement ovationnés à la fin de la corrida.

Si "Burredor" et "Fantasioso" ont été honorés d'un tour de piste, l'image la plus extraordinaire de l'après-midi aura été celle de "Bello", le quatrième Pedraza de Yeltes. L'an dernier déjà, il y avait eu un immense toro du même nom.

Samedi après-midi, la météo maussade des dernières heures avait décidé de laisser les arènes tranquilles. Dans ce cadre zébré, entre ombre et soleil, "Bello" est resté de longs instants au centre de l'arène, entre chaque pique, à toiser les gradins. C'était un toro imposant, avec une musculature et des cornes splendides. Un toro parfait. En plein centre de la piste, en silence, il n'y avait qu'à l'admirer, lui et ses frères... Capter ces moments-là, et se souvenir.

Florent

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