mardi 11 août 2015

L'alternative avant l'heure

Peu avant 13 heures, Guillermo Valencia discute, un grand sourire aux lèvres. Après ce que l'on vient de voir, cette scène-là est surréaliste, inexplicable. Le visage serein du novillero colombien laisserait deviner une matinée calme, sans trop d'embûches. A ce moment-là, il est pourtant lessivé, une épaule en vrac, et la tempe droite déglinguée.

Les responsables, des novillos de Los Maños d'une présentation incroyable. Si l'année 2015 est marquée pour le moment par la mauvaise présentation de beaucoup de lots, les exemplaires de Los Maños changent complètement le décor, puisque chacune de leur sortie est comme une grande claque dans la gueule. Ces masses grises, avec des tâches blanches, font penser à ces navires que l'on croise parfois en zone portuaire. Leur présence interpelle, et fait presque ressentir l'excès et la démesure. C'est une véritable corrida de toros.

Alors, quand Guillermo Valencia et Louis Husson s'avancent sur la grille de départ, on se demande ce qui est décent de leur demander. Faire au mieux, compte tenu de leur petite expérience, et se battre avec les armes qui sont les leurs. Deux corps d'adolescents face à des charpentes de toros adultes.
En plus de ce physique, les novillos de Los Maños sont solides, puissants et très encastés. La moindre erreur face à eux ne pardonne pas.

Louis Husson, qui est dans une période délicate, s'en sort très dignement, tout d'abord face à un premier manso con casta, et un second fuyard à la pique, mais très noble dans la muleta. Les novillos de Los Maños auront tous montré des signes de fuite, sans qu'ils soient pour autant des mansos avérés, le seul dans ce cas étant le deuxième, un vrai manso con casta.

De petite taille, Guillermo Valencia a accueilli à genoux "Jardinero", le premier novillo de la matinée. Un novillo brave et puissant en trois piques, diablement encasté. Face à lui, Valencia se croise déjà, avec beaucoup d'honnêteté, mais finit par récolter une rouste d'enfer, le novillo allant chercher au sol son corps et son visage. Une fois la secousse terminée, Guillermo Valencia récupérera de longs instants assis devant la barrière, groggy. Il reviendra courageusement porter une estocade entière lui valant une oreille.

Plus tard, le troisième titulaire de Los Maños se blessera à une patte, devant être remplacé. Débarque alors "Tostadino", un monstre, doté d'un berceau de cornes à ne plus en dormir la nuit. Avec lui, Guillermo Valencia va voir plus de bois qu'une semaine classique d'un torero vedette. A la première rencontre à la pique, "Tostadino" est tellement puissant qu'il fait vaciller le cheval d'un simple coup de tête, c'est dire sa force. A la seconde (sur trois au total), il malmènera l'équipage sur une vingtaine de mètres.
C'est un novillo tardo, mais qui possède un fond de noblesse, avec de vraies charges vibrantes quand il se met à démarrer. Il reste tout de même exigeant et laisse planer la menace.
Quand le petit Guillermo Valencia se croise, à chaque passe, il disparaît derrière "Tostadino", sa masse gigantesque et ses cornes terrifiantes. Valencia est héroïque, il part à la conquête de chaque muletazo, offre son corps à la science, et fait une fois de plus partie de ceux qui s'en foutent de la cornada. A gauche, il atteindra des sommets sur des naturelles de face, alors que les cornes naviguent à chaque fois tout près de ses jambes. Ces naturelles-là sont fantastiques, puisque le novillero, tellement sincère, parvient à toréer relâché.

En fin de parcours, "Tostadino" attrape Guillermo Valencia et le fait voler de façon vertigineuse. Le dernier défi : une estocade engagée, au bon endroit, la corne embrassant une nouvelle fois la jambe du jeune homme. Deux oreilles, quel bonheur !

Cette course-là, aussi impressionnante, et avec le moral qui allait de pair, équivalait bien à une alternative sur un C.V.
La sortie en triomphe et les trois oreilles obtenues par Guillermo Valencia n'avaient rien d'ordinaire, car elles constituaient un succès plus que retentissant. Ce triomphe-là, magnifique, s'il n'a pas de répercussions, aura de quoi dégoûter et ne plus donner envie d'aller aux arènes.


Florent

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