jeudi 27 août 2015

Le Nord et les toros d'abord

Sur son sable gris plomb, Bilbao doit sa réputation au toro qu'elle a l'habitude de présenter. Sans refaire l'histoire de ces arènes, c'est bien sur cet élément-là que l'identité a été bâtie. Le toro de Bilbao et du Nord de l'Espagne.
Les arènes de Vista Alegre, 15.000 places, font tout de même partie des cinq ou six arènes les plus importantes d'Espagne, avec Madrid, Séville, Saragosse, Pamplona et Valencia. Mais les 15.000 sièges bleus semblent de plus en plus compliqués à remplir.

La présentation des toros y reste sérieuse, supérieure à plein d'autres arènes, et il n'y a pas de soucis à se faire en la matière. Mais à l'heure actuelle, hormis la couleur du sable, la pluie légère habituelle, et les banderilles en tissu qui possèdent même leur site internet, on a du mal à cerner l'identité de Bilbao. Tous ces éléments-là sont par ailleurs secondaires, situés loin de l'essentiel, et ils inquiètent. Pendant des années, avec sa rigueur au moment de concéder les trophées, le président Matías González a masqué les carences de sa plaza, et de son public facile.

Car Bilbao est une arène de troisième tiers, où chaque toro ira réglementairement deux fois (ni plus ni moins) à la pique, sans que l'on puisse réellement apprécier ce moment du combat. Tout est axé sur les faenas.
Cette année, si vous êtes à la recherche de nouveauté et d'originalité, ce n'est surtout pas à Bilbao qu'il faut se rendre. Sur le papier, c'est peut-être l'une des ferias les plus conformistes de l'année. Déjà au niveau ganadero pour commencer, et également en ce qui concerne les matadors, puisqu'à part Juan del Alamo ou José Garrido, on ne remarque que très peu de noms jeunes. Il est vrai que Bilbao a cette année fait l'effort de mettre une novillada pour un après-midi de début de feria, mais est-ce suffisant ? Aller à Bilbao cette année, c'est par exemple voir Morante de la Puebla face à des Juan Pedro Domecq, El Juli face à des Garcigrande, Talavante face à des Bañuelos. Des choses rares ! Elles sont probablement un argument marketing permettant de réaliser de bonnes entrées, mais elles ont du mal à attirer l'aficionado en quête de renouveau. Ces corridas-là donnent même à peine envie de les suivre sur écran pour se faire une idée...

De l'identité torista qui est pourtant la sienne, Bilbao a une fois de plus concentré cet aspect sur une seule corrida en 2015, en reprogrammant en clôture les toros de Victorino Martín. Pour une arène historiquement située dans le créneau des "toros-toros", cela fait bien peu, même si l'élevage d'Alcurrucén (lui aussi présent à l'affiche) peut toujours réserver des surprises.

On a au final l'impression que Bilbao reconduit les mêmes choix d'année en année, et qu'elle aura du mal à en sortir. Côté toros, le nom de Juan Luis Fraile avait été murmuré il y a deux ou trois ans, sans suite, alors que cet élevage a connu de grandes heures sur ce sable gris.
Que dire aussi des toros de Dolores Aguirre, curieusement absents en ces lieux, alors que la ganadera disparue en 2013 était originaire de la région. Mettre cet élevage en guise d'hommage n'a apparemment effleuré l'esprit de personne.

Bilbao semble se contenter de choisir ses toreros, et d'axer sa feria sur eux. Et les toros, seulement après...

Florent

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