mercredi 26 août 2015

Sous une bonne étoile

Week-end du 15 août, une multitude de corridas et de novilladas. Plus de toros, plus de cornes, et plus de blessures aussi, c'est dans la logique des choses. A ces dates-là, après avoir discuté de la course que l'on vient de voir, on prend toujours des nouvelles des autres arènes actives.
Dimanche 16 août, au chapitre des blessures, la plus grave est destinée à Saúl Jiménez Fortes. Une fois encore serait-on tenté de dire. Le coup de corne a eu lieu à Vitigudino, à 70 kilomètres de Salamanque. Une très grave blessure au cou pour Jiménez Fortes, comme le 14 mai à Madrid. Cela rappelle la saison 2001 de Juan José Padilla, qui à San Sebastián et à Pamplona, avait été touché deux fois au niveau du cou.

Une voltereta est une vilaine loterie, un mauvais jeu de hasard, qui peut potentiellement aboutir sur ce genre de coup de corne. Certains toreros sont passés dix fois tout près de cette cornada-là, l'ont frôlée, mais n'en ont jamais été affectés. Jiménez Fortes lui, l'a subie deux fois lors de cette même année 2015.
On peut bien sûr évoquer sa surexposition face aux toros, sa maladresse, mais aussi la malchance, même s'il a paradoxalement eu énormément de chance dans son malheur. Un coup de corne est quelque chose que nul ne peut prédire. Dix jours après, Saúl Jiménez Fortes est toujours là et son cœur bat encore. Il faut remercier aussi la médecine et son incroyable évolution.

Après ce dimanche 16 août, la carrière de Saúl Jiménez Fortes est encore plus associée à des graves coups de corne. Déjà, au mois de mai, on ne retenait presque que les terribles images de la blessure de Madrid... oubliant même qu'il avait obtenu une oreille à son premier toro, accueilli à genoux face au toril, et dédié au convalescent David Mora, comme un symbole, un an après la terrible corrida du 20 mai 2014, qui s'était arrêtée au deuxième toro.
Le 14 mai dernier, quand il a reçu cette première griffure au cou, Jiménez Fortes était à la moitié du chemin vers la grande porte. Malheureusement, la blessure a presque tout effacé, même le succès.
On lui reprochera de prendre trop de risques face aux toros. C'est possible. Mais il faut également considérer que ce torero-là est vraiment mal loti. Et puis, les graves coups de corne sont imprévisibles et peuvent toucher absolument n'importe quel torero. Lors de la seule saison 2009, alors qu'il était un des matadors les plus aguerris du circuit, El Fundi avait été gravement blessé à cinq reprises.

Ce qui a évolué aussi par rapport aux coups de corne, ce sont les images. Dès qu'un torero est sérieusement blessé, les photos ou les vidéos circulent très rapidement. Qui n'a jamais été consterné en lisant des paragraphes souhaitant la mort des toreros ? Et par ceux qui se réjouissent de façon obscène des coups de corne ?
Cela laisse à penser que l'aficionado lambda est quand même loin d'être la personne la plus malsaine dans une société. Si l'aficionado revoit ou découvre les images d'une cornada, cela aura toujours un aspect technique : savoir comment l'accident a eu lieu, quelles ont été les erreurs de l'homme, et quel était le danger du toro.
Tandis que d'autres s'en délectent, garnissent les moteurs de recherche avec des mots-clés glauques. Sur Google, si vous faites une recherche à propos de Julio Aparicio, Saúl Jiménez Fortes ou Juan José Padilla, les premières suggestions associées seront le terme "Mort". Comme s'il existait quelque chose d'excitant là-dedans...
Mais au fond, rien d'étonnant, quand on sait qu'une baleine sanguinolente sur une plage des Îles Féroé choque beaucoup plus l'opinion que le corps d'un migrant (qui avant d'être migrant était être humain) sur les rivages de la Méditerranée. Curieuse hiérarchie.
Souhaiter la mort d'un homme, et s'en réjouir, cela semble être une nouvelle mode. Et de la façon dont évoluent les choses, le chemin pour se débarrasser de cette mode paraît long.

Pour en revenir à Saúl Jiménez Fortes, dont la carrière est plus importante et intéressante que tous les voyeurismes morbides, je l'avais découvert en tant que novillero en 2010 à Villeneuve-de-Marsan (où il est revenu comme matador cette année). Il affichait déjà beaucoup de qualités. Un courage froid, du toreo de face, sans jamais tricher, et des estocades portées avec sincérité.
Saúl Jiménez Fortes est devenu matador à une époque où le plus adulé de tous, José Tomás, a basé une grande partie de sa carrière sur sa façon de s'exposer face aux toros. Étant ainsi le torero le plus réclamé par le public, il est compréhensible que d'autres aient voulu suivre cette voie.

Saúl Jiménez Fortes est un jeune torero extrêmement courageux, auquel il reste encore des étapes à franchir. Sa technique peut être remise en question, et c'est à lui et à son entourage d'en convenir. Sa carrière elle, ne peut en aucun cas être remise en cause. Ce jeune torero reviendra, et il faut souhaiter que la chance l'accompagne un peu plus encore. Car c'est le jour où il n'y aura plus de toreros de cette trempe qu'il faudra s'inquiéter...

Florent

(Image de Juan Pelegrín prise en 2014 à Madrid : Saúl Jiménez Fortes)

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