mardi 15 septembre 2015

Ou Cuadri pour la vie ?

Après le triomphe des toros de Pedraza de Yeltes le 15 août, au cours d'un après-midi où le soleil était revenu, on espérait que ceux de Cuadri eux aussi s'inviteraient à la fête à leur manière.
Souvenir de leur belle sortie dacquoise d'il y a deux ans. Samedi, le ciel était quasiment noir au-dessus des arènes au moment de les voir entrer en piste.
Dans ce décor d'automne, la corrida de Cuadri a déçu. En comportement, elle ressemblait un peu à celle combattue du côté de Céret en 2013, et qui avait manqué de mobilité, d'étincelles et de sauvagerie. Samedi, si le lot Dax n'a pas été bon, on a malgré tout retrouvé des caractéristiques propres à l'élevage. Des toros compliqués dans la lidia, et notamment au moment des banderilles, où l'on vit six séquences tumultueuses. Auparavant, les Cuadri avaient eu droit à un festival de (très) mauvaises piques. Le premier de la course, "Lesnero", au pelage castaño, s'alluma en début de faena pour au final s'éteindre rapidement. A l'image de l'après-midi. Le quatrième, "Goyesco", qui était le plus lourd, doté d'une franche noblesse au troisième tiers, fut celui qui eut le plus de durée.
Enfin le cinquième, aux appuis très fragiles, aurait logiquement dû être remplacé. Ce ne fut pas le cas, et cela donna à cette corrida un ton encore plus sombre.

Les Cuadri n'ont donc pas brillé. Et les élevages de ce genre, aux camadas courtes, sont systématiquement condamnés à une grande performance quand ils sont à l'affiche. Le risque, en l'occurrence pour Cuadri, était de voir son histoire résumée à la seule corrida de Dax. C'est ce qui est arrivé, et il ne s'agit pas seulement d'une ou deux reseñas, mais aussi de points de vue de nombreux aficionados.
Il faut dire que pour la majeure partie du public venue voir cette corrida, il s'agissait de la seule vitrine donnant sur cet élevage, qui n'avait plus fait combattre de toros en France depuis deux ans. Un pile ou face (injuste) sur six toros seulement. Et deux issues possibles : les revoir ou les enterrer.
Mais si l'hiver venu, certaines arènes se penchent à leur tour sur Cuadri, ce sera tout à leur honneur. Elles auront tenté d'aller au-delà de la sentence, en montrant que cet élevage intègre peut parfaitement surprendre, et qu'il est impossible de le résumer à une seule corrida.
Cuadri possède un sang unique. Samedi à Dax, ses pensionnaires se sont arrêtés. Mais quand les plus monumentaux d'entre eux se mettent en mouvement (chose qui arrive encore, et il y en a eu en 2015), c'est un truc assez exceptionnel.
Pour toutes ces raisons, et aussi parce que cet élevage est singulier, on veut le voir résister. Tant que le nom de Cuadri sera chaque année inscrit sur des affiches, alors tout ira bien.

Au cartel de Dax, il y avait Fernando Robleño et Javier Castaño, dont peu de choses sont à retenir sur leurs prestations, si ce n'est qu'ils figurent dans le circuit qui use le plus les toreros. Face au troisième Cuadri de l'après-midi, difficile et dangereux, Alberto Lamelas a montré une fois de plus son extrême courage, en avançant la jambe à chaque passe. Face au sixième, le moins typé Cuadri, et amorphe après des piques assassines, Lamelas allongea beaucoup sa faena. Une façon de rattraper le temps perdu et de combler le manque de contrats. Lamelas est un torero qui tente de se battre à chaque course, avec son grand courage, et malgré une cuadrilla cauchemardesque dans ses valises.
C'est bien lui, Lamelas, qui avait affronté "Cantinillo" de Dolores Aguirre l'an dernier à Vic lors d'un combat que l'on peut légitimement qualifier d'historique. Cet exploit, ce tremblement de terre, a seulement valu six corridas en 2015 pour Alberto Lamelas, six en France et aucune en Espagne. Curieuse justice de la tauromachie.

En parlant d'injustices, que ce soit pour des élevages (Cuadri) ou pour des toreros (Lamelas), on remarque qu'il y avait dimanche à Madrid une corrida de Joaquín Moreno de Silva. Il y a quelques années, en Espagne, après une course de ce fer, une partie de la critique, des toreros, et des éleveurs, avait dit que ces toros-là n'avaient plus leur place dans les arènes à l'heure actuelle. Dimanche, cet élevage promis au crépuscule a livré une corrida encastée, et qui a par ailleurs permis à deux toreros de modeste condition (Sánchez Vara et José Carlos Venegas) d'obtenir des trophées (dont on se fout considérablement de savoir s'ils étaient généreux ou non, puisque ces toreros-là ont accepté d'affronter une telle corrida). Le mayoral de Moreno de Silva a par ailleurs salué à l'issue de la course. Belle ironie du sort pour un élevage au statut d'ancien condamné...

Florent

3 commentaires:

  1. Mon cher Florent,
    tout d'abord je veux faire amende honorable sur mon interprétation idiote de "sang unique". Vous vouliez dire que l'assemblage était unique avec hélas à la base des origines dirons nous préhistoriques. Ensuite des associations assez audacieuses. Tu soulignes avec justesse que le problème des camadas courtes est que le risque est d'autant plus élevé. Mais c'est aussi, pour l'aficionado, ce qui fait le charme. Je veux dire aussi, que quand ça sort mal ou très mal, il faut le dire. Le problème de Cuadri est un problème de rafraichissement, avec quoi, comment? On retrouve le même problème avec les Veragua en recherche de vazqueno. Mais là le problème est différent, car il s'agit d'unicité.
    Mon ami Carmen, la condesa m'a dit que les Saltillo de Moreno de la Silva étaient bien sortis, sans rien trouver à leur niveau. C'est bien le problème de la décadence de Madrid, ex arène référente.
    Ceci dit et au risque de passer pour un imbécile, les Montalvo sont bien sortis, avec de la bravoure, un fond insoupçonné de la force et une jolie caste. Nous savions que Juan Ignacio faisait un bon travail. Et Manzanitas a été extraordinaire de toreria, d'autorité, de sérieux. Il était comme habité, et c'est sûr, il a torée comme un ange, pour son père. Et c'est moi, vieux con d'athée qui le dis, il y avait dans sa prestation quelque chose de spirituel. Grande corrida aussi.
    Voilà souhaitons bonne chance aux Pedraza et à Sanchez. Tout le monde va en vouloir. Camada courte mais d'origine plus "simple" sur le papier que les Cuadris .
    Amicalement

    RépondreSupprimer
  2. Encaste propre, sang unique mais non "enclavé" (comme Miura ou Pablo Romero). Les souches d'Urcola ou de vieux santacoloma ibareño subsistent encore: pour combien de temps?
    Le problème en matière de toros "différents", c'est que l'attente du public "moderne" -y compris torista- est au toro "moderne" (standardisé, regular, etc.) et le toreo moderne qui va avec (passes enchaînées, décroisement, absence de distance). Ce quiproquo tragique, fruit vénéneux de l'inculture taurine contemporaine est la principale source de nos maux et de nos mots!!!

    RépondreSupprimer
  3. Très bonne analyse d'un aficionado honnête et surtout non sectaire.
    Il faut appeler un toro de cuadri... un toro de cuadri...unique !
    Merci pour le rappel de la belle , oui belle et vraie , course de Fernando Cuadri à Dax en 2013.
    ..Otro dia sera...
    C'est là ce qui est formidable .
    Saltillons ..de joie.
    ..Ojala.

    ernesto .

    RépondreSupprimer