vendredi 18 septembre 2015

Valderrama

Septembre en tauromachie, assurément le mois le plus étrange. Plein de courses, quasiment autant voire plus qu'en août, des surprises, et une infirmerie pleine. En septembre, quand les projecteurs s'allument au cinquième ou au sixième toro, c'est généralement un présage de fin de saison. Le coup de sifflet final n'est pas loin. Septembre, c'est aussi un mois d'oublis et de retrouvailles. Certains ont eu une saison très garnie, mais auront bien du mal l'an prochain à conserver un agenda similaire.

Cette semaine, Domingo Valderrama était annoncé à l'affiche d'un festival dans un bled de Castille. Il n'a d'ailleurs plus porté d'habit de lumières depuis 2005. Dix ans.
Il n'empêche – et l'on ne s'en rend pas forcément compte – que le nom de Domingo Valderrama revient toujours d'une saison à l'autre. Dès qu'un torero de très petite taille s'impose face à un toro plus grand que lui, le parallèle revient automatiquement, comme une référence. Souviens-toi de Domingo Valderrama.

Né en 1971, Domingo Valderrama est de la même génération que Finito de Córdoba, Enrique Ponce, El Tato, Luis de Pauloba, et tant d'autres. Une même génération mais des destins bien différents.
Domingo Valderrama a forgé son apprentissage chez Guardiola, à Utrera (Séville), là où il est né. Il existe par ailleurs des images en noir et blanc, de Valderrama gamin, en train de se mesurer à ce bétail prestigieux. En retrouvant l'historique de saisons anciennes, on remarque également que Valderrama a beaucoup toréé en France en tant que novillero.
Mais sa particularité, c'est bien sûr sa taille. Tout juste 1 mètre 60. Souvent, on se demande quelle serait la taille idéale pour un torero face au toro. Les très grands peuvent être désavantagés, tandis que les petits auront la possibilité de transmettre davantage au public, en étant au plus près de l'animal. Seul inconvénient pour ces derniers : comment porter l'estocade ?

En ce qui concerne Domingo Valderrama, sa carrière est liée aux corridas "dures", et à tous les élevages qui entrent dans cette catégorie. Des toros gigantesques, et qui le paraissaient encore plus quand le petit Valderrama s'approchait d'eux. Une carrière fort honorable, peut-être un peu vite et injustement oubliée à l'heure qu'il est.
Des grandes heures, Valderrama en a connu dans les arènes les plus importantes. Madrid, Séville, Bilbao, Pamplona... Et toujours des toros durs ! Son apprentissage très jeune lui a permis de posséder une technique enviable, et un excellent concept du toreo. On parlait aussi de son grand courage, souvent on le disait héroïque. Pour en avoir le coeur net, il suffit de regarder quinze ou vingt ans plus tard les clichés ou vidéos de certaines corridas dantesques. Beaucoup de technique chez ce petit torero, un coeur énorme, des vols planés collectors et aussi des blessures sérieuses.

Habitué aux canicules de son Andalousie natale, Domingo Valderrama prend l'alternative en octobre 1992 à Floirac, en banlieue bordelaise. Contraste. Et le 28 septembre 2003, alors que sa carrière a connu ses plus grands moments entre temps, il torée à Floirac pour la quatrième fois. C'est une corrida-concours. Son premier adversaire est "Tangerino", n°322, de Fernando Palha, un toro impressionnant, au pelage multicolore venu d'un autre siècle, et qui tranche littéralement avec la modernité des barres d'immeubles aux alentours. "Tangerino" prend six piques et c'est un toro difficile. On découvre un Valderrama à la peine, qui se blesse à la main. Sifflets après deux avis, et départ pour l'hôpital. Le second toro qu'il aurait dû combattre, de Françoise Yonnet, était encore plus imposant... Mais c'est finalement El Fundi qui l'affronta de façon admirable.

En tauromachie, on a parfois tendance à penser qu'il n'existe que des "Happy end", mais ces histoires-là existent aussi. Car ce fut la dernière corrida en France de Valderrama, avec une blessure et des sifflets, dans l'arène où il avait pris l'alternative. Floirac est en fait un hasard dans toute cette histoire, puisqu'elle n'a absolument rien à voir avec l'Andalousie, Utrera et Guardiola.

Après cette corrida de septembre à Floirac, Domingo Valderrama a toréé quelques autres corridas jusqu'en 2005, en attendant des opportunités dans de grandes arènes. Des opportunités qui ne sont jamais venues. Une sortie par la petite porte à Floirac, puisque septembre est aussi un mois d'oublis. Mais pendant toute sa carrière, Valderrama était en tout cas assez grand pour toucher les étoiles.

Florent  

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