jeudi 8 octobre 2015

Chemin des assises

C'est ce même sable qui a été le théâtre d'événements ayant un peu changé l'accès aux arènes françaises. Rodilhan est une petite arène gardoise, près de Nîmes, qui célèbre chaque mois d'octobre un festival ou une novillada (cette année, c'était les deux à la fois), et qui dans les années 90 en organisait déjà, sans que l'on puisse retrouver la trace d'une quelconque manifestation anti-taurine à cette époque.
8 octobre 2011, novillada sans picadors avec des erales de Patrick Laugier pour Santiago Sánchez Mejía, Alejandro Rubio et Maxime Curto. Avant le paseo, plusieurs dizaines d'antis-corridas sautent en piste, s'enchaînent, allument des fumigènes et haranguent l'assistance. Cette stratégie du coup médiatique n'est pas nouvelle, puisqu'en 2004 à Alès, des antis-taurins s'étaient enchaînés avec des enfants au centre de l'arène, tout comme il y eut l'envahissement de la piste de Céret en 2010.

Médiatiquement, l'envahissement de la piste de Rodilhan a fait des dégâts. Les jours et les semaines qui suivirent, les descriptions et les reportages se limitèrent à montrer la vidéo d'une évacuation musclée de l'arène.
Pas d'autres précisions, seulement ces images subjectives. Pour faire un reportage équilibré et faisant le tour de la question, il aurait pourtant fallu des heures d'études et d'interrogations. Peu importe, on a balancé les images telles quelles.

Un tel trouble à l'ordre public ne peut en aucun cas connaître un épilogue calme, a fortiori quand il n'y a quasiment pas de forces de l'ordre dans les parages. La novillada était gratuite, une initiative louable pour faire découvrir la tauromachie et donner l'accès aux arènes, mais qui fut aussi ce jour-là une possibilité pour certaines personnes d'y entrer et de semer le trouble.

Si la stratégie visait à empêcher le déroulement de la novillada, elle devait aussi être une façon de faire considérer les antis-corridas comme des victimes. On a alors entendu parler de lynchages, de violences physiques terribles, de traumatismes psychologiques à vie... Il n'y a pourtant eu aucune blessure sérieuse à déplorer ce jour-là.
Probablement ont-ils voulu se faire évacuer par la force, et l'utiliser ensuite comme tremplin de leur action, pour qu'il y ait un procès, et en faire celui de la corrida en multipliant les amalgames.
On peut réellement douter qu'en se levant ce 8 octobre 2011, les aficionados aient eu en tête l'idée ou même l'envie d'en découdre avec des antis-corridas. Loin de là même. Puisque ce matin-là, l'afición s'est réveillée suspendue à l'état de santé de Juan José Padilla, entre la vie et la mort après son effroyable coup de corne de Saragosse la veille.

L'envahissement des arènes de Rodilhan, c'était un peu enfoncer des portes ouvertes. Deux semaines plus tôt, le 25 septembre, Barcelone a donné sa dernière corrida. Et le 18 septembre, à Nîmes, en pleine corrida, des antis-taurins ont manifesté devant les arènes, souillant au passage la statue qui représente Nimeño II. Une provocation inutile, pour des aficionados qui aimeraient seulement se rendre aux arènes tranquillement, sans échauffourées ni heurts.

Aussi ridicule que soit cette manifestation non-déclarée de Rodilhan, elle a tout de même marqué une nouvelle étape. Jusqu'alors, on se rendait aux arènes sans encombres. Dans de rares endroits, il y avait déjà des manifestants avec des pancartes, plus ou moins silencieux.
Mais depuis, on a vu de vrais déferlements de haine, sans pour autant que le nombre d'antis-taurins soit considérable. Des remous à Alès, Carcassonne, Magescq, Mimizan... et d'autres envahissements de piste à Rion-des-Landes, Maubourguet, Palavas, Bouillargues ou encore Béziers, avec des variantes à l'enchaînement, comme le lancer de clous ou de verre pilé.
Devant de nombreuses arènes, les uniformes, inhabituels jusqu'alors, se sont mis à fleurir. Le but de la manœuvre, criminaliser les aficionados, les faire passer pour des êtres de la pire espèce, et faire dépenser aux collectivités territoriales des sous dans le domaine de la sécurité. Avec l'instauration de barrages filtrants, de barrières, et de détours pour se rendre aux arènes. Mais le plus insupportable dans cette nouveauté, c'est l'impression d'aller à une corrida comme on irait à son jugement.

Un peu plus loin, certains braillent, insultent, ou annoncent pacifiquement que la prochaine manifestation anti-taurine ressemblera à "Apocalypse now". De mieux en mieux. Dans le paysage, ce sont pourtant souvent les mêmes pancartes qui reviennent, et les mêmes personnes qui les tiennent. On n'a pas l'impression que le nombre de manifestants se soit amplifié.

Ceux-là considérent que la corrida fait partie d'un monde obsolète, qu'il faut changer et rendre à tout prix meilleur, en passant par son interdiction. Et si ce constat-là était erroné et que la corrida ne faisait pas partie de ce monde-là ?
Pas mal d'aficionados sont en tout cas pressés que le temps passe, pour que les uniformes et les barrières ne soient plus de mise autour des arènes. Des endroits où l'accès devrait rester libre. Et à Rodilhan aussi...

Florent

(Image de Jérôme Vignal : Paseo du festival de Rodilhan, le dimanche 4 octobre 2015)

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