samedi 3 octobre 2015

Corbacho dans le texte

C'est à se demander si ceux qui ont limité ces dernières années la corrida à une définition d'art et de spectacle ne l'ont pas dévalorisée. La tauromachie, c'est pourtant bien plus que ça. Un domaine à part.
Quand la vérité de l'arène reprend ses droits, et que Madrid sa capitale remet les choses à l'endroit, les supports visuels et l'aspect extra-taurin sont relégués à des années lumières. L'important, et il ne faudra jamais cesser de le redire, c'est ce qui se passe en piste.

Dans un habit bleu cobalt et or, Alberto López Simón ne peut pas empêcher la métaphore avec José Tomás. Ce dernier s'est souvent distingué dans un costume identique. Le point commun pour ces tenues, les jours de grand courage, c'est qu'elles ont besoin de plus qu'un simple pressing pour recouvrer leur état initial. Oui, López Simón fait penser à Tomás. Le même regard, les mêmes prises de risques, le même caractère stoïque alors que la corne a percé la chair.

Mais au-delà des ressemblances, il y a l'impact d'Antonio Corbacho sur la tauromachie. Corbacho, disparu en 2013, ancien torero, apoderado de toreros, et notamment de José Tomás. Corbacho préconisait le stoïcisme et l'extrême courage, inspiré de celui des samouraïs.

On peut établir autant de comparaisons que l'on souhaite, mais le présent, c'est Alberto López Simón. Une silhouette frêle à cinq heures et demi au moment de se pointer au paseo. Certainement pas mal de kilos perdus du fait des deux graves cornadas (Madrid et Albacete) et des multiples volteretas de sa saison 2015.

Sa grande saison même. Car avant cette année, la carrière de matador de López Simón n'avait pas connu de grands coups d'éclat. En tant que novillero, il avait eu des sorties importantes, mais difficilement comparables à celles d'aujourd'hui. On l'avait vu pour la dernière fois en France en 2011.
L'alternative, il l'a prise en 2012 à Séville : une oreille avec blessure. Sa carrière aurait pu en rester là, sans lendemains glorieux. Souvent châtié par les cornes des toros, il serait réducteur de considérer López Simón comme un trompe-la-mort. Il est né en 1990 à Madrid, dans le quartier de Barajas, juste à côté de l'aéroport. Et à quelques kilomètres de là, 25 ans plus tard, sa carrière s'est envolée.

Hier, le présent donc, c'était sa troisième corrida de l'année à Las Ventas. Un mano a mano avec Urdiales, et un rendez-vous avec les toros de Puerto de San Lorenzo, que l'adjectif "pas terribles" qualifierait le mieux. Mansos, manquant de caste et de fixité. Absence de bravoure. Rien de notable non plus en présentation. Il y a bien mieux dans l'encaste Atanasio.
Dans son combat face au deuxième toro de l'après-midi, Cubanoso, un manso qui a tendance à reculer, Alberto López Simón confirme son courage gigantesque. Le toro n'a pas de qualités, mais López Simón, en le faisant passer près, en toute sincérité, fait passer des frissons par la même occasion. Torero jeune et plein d'envie, il se fait accrocher, et reçoit un coup de corne à la cuisse. Son visage devient blanc, livide, au bord du malaise. Il porte l'estocade dans le haut, obtient une oreille de courage, et doit être porté à l'infirmerie.

Personne ne l'oblige à en ressortir, compte tenu de la blessure. Et les médecins lui déconseillent. Quarante-cinq minutes plus tard, il fait son retour, et traverse la piste pour atteindre le burladero. Ce n'est pas un chemin théâtral, mais seulement le trajet le plus court pour arriver là-bas. Alberto López Simón a la tête baissée, et physiquement, il souffre.
Face à Caratuerta, le cinquième toro de l'après-midi, il se surpasse. Entre grand courage, répertoire classique, toreo profond et cites de face, il offre des moments d'intense émotion. Restera l'image de ce torero immobile dans la douleur. Au moment de l'estocade, près du toril, c'est son artère fémorale droite qu'il offre. C'est une estocade a recibir, sans bouger. Jubilatoire ! Il obtient une oreille, tandis que certains en demandent une seconde. Elle aurait sans problème pu être accordée, mais qu'importe, puisque cette émotion là dans une arène n'est pas négligeable.

Troisième triomphe de la saison 2015 à Madrid pour le seul López Simón. On ignore si sa carrière s'inscrira dans la durée, chose honorable pour tout matador. Il est en tout cas bien plus qu'une simple révélation, et bien plus qu'un produit de consommation dont toutes les empresas voudront s'emparer pour leurs affiches dès la saison prochaine. L'important c'est le présent. Dans la lignée historique de toreros illustres, López Simón a montré que la corrida n'était ni un art ni un spectacle, mais bien plus que ça...

Florent


(Image de Juan Pelegrín : Alberto López Simón à Las Ventas, le vendredi 2 octobre)

5 commentaires:

  1. Attention à ne pas tomber dans la démagogie. Chacun est unique sur cette terre et personne ne ressemble à personne même devant quelconque grimoire.
    Lopez Simon vu à Azpeitia fut très décevant c'est-à-dire pas du tout engagé; comme par hasard devant du toro encasté. A Nimes il fut pesant et très accroché devant son premier toro; beaucoup mieux devant son 2°.
    Il a 24 ans; il ne se connaît pas encore, il est sur un chemin et doit le poursuivre sans écouter les sirènes.
    Jean

    RépondreSupprimer
  2. Non, ce n'est pas de la démagogie. Et en tout cas, je n'écrirai pas que López Simón est un successeur, un héritier ou autre par rapport à José Tomás. Seulement, et là je parle visuellement, il y a des similitudes. Dans le toreo c'est autre chose. Mais plus prononcé encore, même si López Simón n'a jamais été "apodéré" par lui, on ressent le modèle de toreo de Corbacho. Pour moi c'est indéniable.
    Le chemin est long oui, et il s'agit pour López Simón d'une temporada charnière, avec trois grandes portes à Las Ventas. Il faut voir s'il s'inscrit dans la durée. En tout cas, je trouve qu'il a énormément évolué par rapport aux fois où je l'ai vu en tant que novillero, cela n'a rien à voir.

    RépondreSupprimer
  3. Je lis, j'écoute, il semble qu'on lui reproche de n'avoir pas été réellement honnête et d'avoir joué sur sa blessure.

    RépondreSupprimer
  4. Une ineptie cette histoire de "simulation", je ne sais pas qui a fait courir ce bruit...

    RépondreSupprimer
  5. Ce n'est pas un "bruit" qui court. Lopez Simon divise, de fait certains pensent qu'il a "scénarisé" (cf. Algo de memoria) ses passages à l'infirmerie; d'autres l'adulent déjà comme le Messi(e). Pour ma part c'est wait and see...comme je l'ai déjà écrit plus haut, je l'ai vu très décevant et très peu engagé à Azpeitia face à des Pedraza encastés; je l'ai vu pesant à Nimes à son 1er toro et bon à son 2° qui avait une charge rectiligne et sans la moindre malice apparente.
    En tout état de cause laissons-le se forger, se construire sa route et sa singularité.
    Jean

    RépondreSupprimer