mercredi 14 octobre 2015

Prieto de la Cal aux mille voyages

C'est une histoire de savons, d'intempéries, de corridas annulées, et d'autres qui ne sont pas allées à leur terme. Un monde de voyages pour des toros aux reflets d'or : Prieto de la Cal.
Ce nom figurera à l'affiche de la dernière corrida de la saison française, à Vergèze dimanche prochain, le 18 octobre. Les toros prévus pour cette course auraient normalement dû être combattus au mois d'avril dans la même arène. Mais la pluie en a décidé autrement, et c'est peut-être mieux ainsi, car ces toros auront six mois de plus, et les corridas de fin de saison sont parfois de bonnes surprises. Au paseo, le public retrouvera Morenito de Nîmes, qui s'habillera de lumières pour la dernière fois, Sánchez Vara et son fantastique banderillero-perchiste Raúl Ramírez, ainsi que Javier Cortés, qui se présentera en France comme matador, et que l'on a souvent vu en novilladas.

Si le nom de Prieto de la Cal inspire toujours beaucoup de sympathie chez les aficionados, il est souvent une déception pour ceux qui découvrent la tauromachie. Et ce n'est pas là une question de fond. De par les lectures et les clichés qui existent, chaque néophyte s'attend à voir dans l'arène des masses noires, obscures, telles qu'elles lui ont été décrites. Alors, voir débouler des Prieto de la Cal, majoritairement jaboneros, et clairs, peut troubler l'idée reçue. Chez Prieto, hormis les toros couleur savon qui sont les plus fréquents, il y a aussi des berrendos, des castaños et des toros entièrement noirs.

L'aficionado aime l'apparence de ce toro-là et ce qu'elle renvoie. Mais il y a également autre chose derrière cela, l'attente de la force, de la puissance et de la combativité.
Pourtant, miser sur une corrida de Prieto de la Cal à l'heure actuelle est un véritable coup de poker. Quand il sort mal, c'est à dire faible, fade et sans fond, le toro de Prieto de la Cal est encore pire à regarder que les mauvais toros de ganaderías dites commerciales. Cela fait d'ailleurs deux ans que cet élevage n'est plus revenu en France, après deux désastres à un mois d'intervalle, en 2013, à Alès et à Aire-sur-l'Adour. Pourtant, il y avait eu des toros très intéressants du côté de Céret peu de temps auparavant, en septembre 2012.
Depuis, aucune plaza française hormis Vergèze n'avait tenté le fameux coup de poker, certainement à cause des deux fiascos de 2013.

Cette année, les Veraguas ont eu de nombreuses sorties en Espagne, dans des catégories de courses très variées. Une corrida, quatre novilladas piquées, deux corridas à cheval, des novilladas sans picadors, des festivals... sans oublier cette corrida de Vergèze prévue dimanche. Toutes ces courses ont eu lieu dans des villages, et il y a eu plusieurs vueltas pour les exemplaires de Prieto. Compte tenu des arènes où ils ont été combattus, ces vueltas sont forcément à relativiser. Ce qui ne l'est pas en revanche, ce sont les bons échos et les reseñas de 2015 à propos des Prieto de la Cal, dont pas mal d'exemplaires ont été très intéressants. Lors de la prestigieuse feria de Calasparra (Murcie), c'est un Prieto de la Cal qui a reçu le prix au meilleur novillo.

Et puis, Prieto de la Cal, cela évoque quand même un truc à la fois brut et légendaire ! Une ganadería irrégulière, avec une grande variété de comportements, mais un toro qui impose dans tous les cas des faenas courtes. Les anciens évoqueront Parentis et la novillada dantesque de 1988. Mais sans remonter aussi loin, il y eut récemment, en France et en Espagne, des toros conformes à cette réputation. Notamment Vinatero, un toro châtain qui sema la terreur pendant tout son combat, en 2010 à Saint-Martin-de-Crau.
En 2008, la corrida de Prieto de la Cal de Céret n'avait pu aller jusqu'au bout, à cause d'un véritable déluge qui avait noyé la piste. Trois toros seulement avaient été combattus dans les marécages, restant au final inédits. Après cette corrida tronquée, il restait dans les corrales quatre toros, qui retournèrent dans les pâturages de La Ruiza.

Parmi eux, il y avait Aguardentero, numéro 44, qui sortit un an plus tard lors de la fabuleuse corrida-concours d'Arles. Un aller et un retour, soit deux voyages de plus. A Arles, la carcasse dorée d'Aguardentero dépassait allègrement les 600 kilos. Un toro de cinq ans, d'une présence incroyable, doté d'une bravoure brute et ancestrale. Quatre voyages à la pique, et comme un train, l'impression qu'il pouvait desservir en une fraction de seconde toutes les gares de l'arc méditerranéen, Perpignan, Narbonne, Béziers, Sète, Montpellier Saint-Roch, Nîmes, et Arles son terminus. Quatre rencontres monumentales face au picador Rafael López, et un souvenir vif ancré dans la mémoire. Pourvu qu'il y en ait encore...

Florent

(Image : Toros de Prieto de la Cal en 2008 dans les corrales de Céret)

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