samedi 7 novembre 2015

Je te parle de Pozoblanco 84 (Rétro 2015)

Et oui, tout de même. Le 16 mars dernier à Valencia, Enrique Ponce fête ses vingt-cinq ans d'alternative à l'occasion d'une corrida de Juan Pedro Domecq. Mais c'est Vicente Ruiz "El Soro" qui ouvre le cartel, lui qui a passé davantage de temps sur les tables d'opérations que sur le sable des arènes dans l'intervalle. A Valencia, El Soro est ce que l'on peut appeler, quand on est en panne d'inspiration, le régional de l'étape.
La dernière fois qu'il avait toréé dans cette plaza de Valencia, qui est un peu la sienne, c'était en 1994. Depuis, son genou défaillant ne lui avait pas permis d'y revenir. En 2014, ce fut le grand retour d'El Soro après deux décennies de déboires. Deux corridas dans la province de Valencia, à Xàtiva et à Foios. Mais pour cette corrida du 16 mars 2015 à Valencia, les arènes affichent complet, et les caméras de Canal Plus sont présentes. Quoi qu'il fasse dans l'arène, El Soro semble intensément heureux, malgré l'infirmité. Au téléphone, un copain m'appelle pendant la course et me dit "Tu es en train de regarder El Soro à Valencia ? On dirait qu'il fête chaque fin de série à la muleta comme s'il avait gagné une Coupe d'Europe".

A propos de Coupe d'Europe justement, l'équipe de France remportait en 1984 son premier grand trophée en battant l'Espagne en finale, à Paris. L'image la plus célèbre de cette partie, c'est l'erreur fatale du gardien espagnol Arconada sur un coup-franc de Platini. Cela paraît maintenant tellement loin.
Dans les toros, la saison 84 est marquée par la corrida du 26 septembre à Pozoblanco, dans la province de Cordoue. Une corrida de village, qui sur le papier n'avait pas vocation à passer à la postérité, mais qui s'inscrira finalement au-delà de l'année 1984, pour rester gravée dans l'Histoire de la tauromachie. Francisco Rivera "Paquirri" meurt dans la soirée des suites du coup de corne reçu à Pozoblanco par un toro de Sayalero y Bandrés. José Cubero "Yiyo", qui est le deuxième torero à l'affiche, mourra lui aussi d'un coup de corne, moins d'un an plus tard, à Colmenar Viejo. On parle là de malédiction, parfois à outrance. De longues années après, des émissions sulfureuses à la télé espagnole firent intervenir des personnes présentes ce jour-là à Pozoblanco, comme par exemple des banderilleros. Tout cela pour ce que l'on appelle en espagnol le goût du "morbo", le voyeurisme, connaître un détail qui peut-être aurait échappé à tout le monde. Comme si les terribles images de Paquirri dans l'infirmerie de fortune étaient insuffisantes à la soif du voyeurisme.
Le troisième matador à l'affiche à Pozoblanco, c'était Vicente Ruiz "El Soro". Exactement le même qui trente ans plus tard, sur le sable des arènes de Valencia, laissera éclater sa joie. Celle qui fait parler la vie et l'espoir, face aux drames et aux cicatrices. En tauromachie, même les moins superstitieux finissent parfois par le devenir. Pour beaucoup, ce qu'il faut à tout prix, c'est conjurer le sort.

Florent

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