lundi 2 novembre 2015

Le match de sa vie (Rétro 2015)

L'expression fait partie du jargon sportif. On la réserve le plus souvent à de modestes équipes et à des joueurs que l'on n'aurait guère imaginés à un tel niveau. Devant un écran ou près d'un terrain, le fait de découvrir un sportif se surpasser impressionne. Transcendé, il accomplit là une prouesse. Peut-être sera-t-elle sans lendemains, mais elle a en tout cas le mérite d'être exceptionnelle.
Paco Ureña, 32 ans, n'évolue dans aucun sport homologué. Il est matador de toros, et réalise en 2015 sa plus belle saison. Deux oreilles face à des toros d'Escolar Gil à Pamplona, et deux autres face à des Victorino à Bilbao, ce n'est pas rien.
De l'anonymat de l'escalafón, Paco Ureña en est sorti assez récemment, il y a deux ans tout au plus. En France, on l'avait déjà vu de façon épisodique. Céret 2011, Vic 2013, entre autres. Du courage, mais aussi l'image d'un torero besogneux, voire maladroit, qui aura beaucoup de difficultés pour percer à l'avenir.

Mais Paco Ureña a persévéré. Comble de malchance pourtant, le 9 mai dernier à Madrid, il tombe sur "Agitador" de Fuente Ymbro. Un toro tout blanc, qui permet d'envisager le triomphe, et pour lequel une partie du public demandera un tour de piste à la fin du combat.
Paco Ureña rate le coche, en se disant peut-être que le grand soir, c'était celui-là, et qu'il est désormais trop tard. Comme un sort scellé. Se retrouver face à un tel toro à Las Ventas, convenez que ce n'est pas tous les jours.
Bien après la San Isidro, Ureña a de nouveau été annoncé à Madrid, le 4 octobre. C'est la feria de Otoño, une feria de fin saison à l'heure où normalement, tout est déjà établi : triomphateurs, ceux qui reviendront, ceux que l'on sollicitera moins. Mais l'on n'y attend pas, en général, de grandes révélations.

Le 4 octobre, il y a une corrida d'Adolfo Martín pour Rafaelillo, Fernando Robleño et Paco Ureña. Une corrida très sérieuse, encastée, exigeante, dure, et dont l'issue montrera que même dans l'arène la plus importante, les trophées ne font pas tout. Un mauvais usage de l'épée n'est pas forcément rédhibitoire. Si l'impact laissé est vraiment puissant, une forme d'indulgence pourra exister. Car ce soir, il n'y aura pas d'oreilles ou de Grande porte.
A Madrid, la Grande porte s'est souvent fermée à des toreros qui pouvaient largement y prétendre, tandis que d'autres, moins maudits, plus réalistes et plus opportunistes avec l'épée, sont parvenus à l'ouvrir. Paco Ureña n'a pour le moment aucune Grande porte madrilène à son actif. Seul l'avenir pourra en faire autrement.
Face à "Murciano", le sixième toro d'Adolfo Martín, Paco Ureña montre que c'est bien plus qu'un jeu. Les différents accrochages qu'il a à subir sont là pour le rappeler. Extrêmement courageux et décidé, il semble oublier toutes les années de galère, et prend la muleta de la main gauche. Il en faut peu : trois naturelles de face, et une passe de poitrine. A la fin de cette série, Paco Ureña réalise que le grand soir, c'est bien celui-là.

Florent

(Image de Juan Pelegrín : Paco Ureña, le 4 octobre à Madrid)

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