vendredi 4 décembre 2015

Cuillère de bois (Rétro 2015)

Pour son rendez-vous du 29 mars à Madrid, seul face à six toros d'élevages prestigieux, Iván Fandiño arbore un costume gris. Une drôle de façon d'annoncer la couleur.
Il est, à ce moment-là, le torero le plus attendu de l'année 2015. Pourtant, si le contrat est rempli, puisqu'il parvient à estoquer les six toros, le résultat et la manière sont absents.
Depuis quatre ou cinq ans, Fandiño traversait une excellente période, et avait atteint son point culminant en mai 2014 dans les mêmes arènes de Las Ventas. Pour aller chercher cette première sortie en triomphe dans ces lieux, il avait même porté une estocade sans muleta, de celles qui comprennent une faible garantie d'en sortir indemne. Depuis, la cote de Fandiño s'était encore renforcée. Et c'est normal, car s'il n'est pas un artiste, Fandiño est un torero courageux, sincère, engagé, capable d'affronter tous les élevages et de s'imposer.
Quand il fait le paseo à Madrid le 29 mars 2015, c'est sa première corrida de l'année en Europe. S'il a déjà toréé quelques courses de l'autre côté de l'Atlantique, il commence ici sa temporada par ce pile ou face. Les arènes sont pleines, mais son pari est perdu. En cas de réussite, il est certain que la donne aurait été différente.
Après cette désillusion, on pensait réellement que Fandiño s'en relèverait tôt ou tard en 2015.

De longs mois plus tard, on se rend compte que cette fête gâchée du seul contre six a laissé bien des séquelles. Une motivation et une réussite en fuite, un peu comme pour Stéphane Guivarc'h au Mondial 98.
Il retournera deux fois à Madrid, pour la San Isidro, sans succès. Il passe également deux fois à Séville, dont une où il est très sérieux face aux Miura, mais sans résultat. Deux contrats à Pamplona, et bien d'autres dans toutes les grandes arènes, sans laisser de souvenir ou d'empreinte. Le succès, Fandiño le connaîtra en 2015 seulement dans des arènes secondaires.
En France, il vient à Arles, Nîmes, Istres, Bayonne (deux fois), Mont-de-Marsan, Dax et Béziers. La routine de sa mauvaise saison semble le poursuivre. Sauf peut-être au Plumaçon, lors du mano a mano avec Enrique Ponce. Ce jour-là, face au dernier toro de Victoriano del Río, on retrouve un peu le niveau et l'engagement qui étaient les siens récemment encore.
Dans la réussite d'une corrida, les oreilles ne sont pas fondamentales. En revanche, pour un torero, en obtenir tout le long de la saison, et surtout dans les grandes arènes, est quasiment indispensable. Cela a manqué à Fandiño en 2015, lui qui a pratiquement rendu copie blanche dans les plazas de première. Il y avait pourtant, en tout début d'année, énormément d'espoir. Celui de le voir en confiance face à des toros très différents.
Pour la suite de sa carrière, Iván Fandiño est dans l'obligation de revoir ses exigences, en matière d'arènes, d'élevages et de cachet. Tout en sachant, et c'est tout de même rassurant pour lui, qu'il sera difficile de faire pire qu'en 2015.

Florent

(Image de Juan Pelegrín : Iván Fandiño, le 29 mars à Madrid)

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