lundi 21 décembre 2015

Miura d'Aragon (Rétro 2015)

Le titre c'était "Les cargos du Born". Un haut de page dans Sud-Ouest, et cette inscription en gros caractères, il y a maintenant une bonne dizaine d'années. Ce titre venait évoquer la présence monumentale d'une novillada de Tabernero de Vilvís.
L'histoire des arènes de Parentis-en-Born est marquée par des courses impressionnantes et épiques. Et 2015 aura été une page supplémentaire.

Dans une arène, le toro qui impressionne, surprend ou fascine, peut parfois être comparé à celui de Miura. Parce que Miura est le plus célèbre des élevages de toros, le plus commun. La légende de Miura a permis à d'autres de naître, souvent par métaphore. Il a notamment été question des Miura de Castille, en parlant des toros de Juan Luis Fraile, ou encore des Miura portugais, avec les Palha. Ces derniers possédaient par ailleurs, en d'autres temps, une part de sang Miura.
A Parentis, la novillada de Los Maños du 9 août dernier pouvait, pour plusieurs raisons, rappeler la référence Miura. Un volume impressionnant (même si les deux élevages n'ont aucun lien dans les origines), des pelages gris foncés, des tâches blanches, des comportements changeants, de la force, une capacité à mettre des chevaux à terre d'un simple coup de tête.
La comparaison s'arrête ici. Los Maños c'est Los Maños, et cela a le mérite d'exister. Un élevage récent, qui à l'instar de Pedraza de Yeltes ou de Valdellán, connaît le succès à l'heure actuelle, se retrouvant courtisé par de nombreuses arènes.
Los Maños, c'est relatif à la ville de Saragosse. On dit généralement de celui qui vient de Saragosse que c'est un Maño. Ne bataille pas, ce n'est pas un Saragossais, ou un Saragossois, mais un Maño. Point barre.

Avant Parentis cette année, cela faisait dix ans que l'élevage n'était pas venu en France lors d'une course avec picadors, puisqu'en 2005, il y avait eu une corrida à Vergèze et une novillada à Fourques. Sans oublier une non piquée à Aire-sur-l'Adour quelques années plus tard.
Le lien d'amitié qui unit depuis de longues années les organisateurs de Parentis et les ganaderos de Los Maños a permis de les faire venir en 2015, chose qui n'avait pas été possible auparavant.
Los Maños, c'est l'encaste Santa Coloma, avec des origines provenant de Bucaré et de Pablo Mayoral. Ceux qui ont souvent vu les Maños sortir, surtout en Espagne, vous diront qu'il y en a de toutes sortes. Plus ou moins abordables, plus ou moins nobles, mais avec une constante : une présentation sérieuse et irréprochable.

Celle de Parentis le dimanche 9 août était même au-delà. Destinés à Guillermo Valencia et Louis Husson, les novillos de Los Maños étaient supérieurs en présentation à d'innombrables corridas de cette année. Une apparence exceptionnelle, de la force, de la combativité, et beaucoup de caste. Quand le troisième novillo titulaire s'est blessé à une patte, avec l'obligation de le remplacer, on a vu l'amertume dans les yeux de Javier Marcuello, le fils de l'éleveur.
Mais après cela, c'est "Tostadino", numéro 21, qui est entré en piste. A sa seule apparition sur le sable, un grand frisson a parcouru l'arène. Un novillo splendide, mais aussi terrifiant, avec les fameux 91 centimètres qui séparaient chacune de ses pointes. On en revient à cette histoire de cargos...
Au son du Miura d'Aragon, c'est le colombien Guillermo Valencia qui s'y est collé. Disparaissant entre les cornes lorsqu'il venait à se croiser. Des séries de la main gauche intenses, la sensation de prendre la bonne vague, à en faire oublier le danger potentiel de cet immense adversaire. Au final, il n'y eut que quelques égratignures, le triomphe d'un novillero, et celui d'un élevage : Los Maños.

Florent


(Image de Julien Capbern : "Tostadino", de Los Maños, combattu le dimanche 9 août à Parentis-en-Born)

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