vendredi 27 février 2015

Nîmes : dix ans sans sa Bulle

Coup de vieux sur la fiesta brava, pourrait-on dire, à la lecture des cartels d'Olivenza, de Castellón ou de Valencia. Trois ferias construites sur le même moule, les mêmes noms, aussi bien élevages que toreros. 
Les temporadas s'ouvrent désormais comme elles finissent, avec des corridas aux affiches identiques ou presque. Révolu est le temps où la temporada était lancée par des ferias de novilladas. 
Parmi celles-ci, il y en avait une emblématique : celle de Nîmes. De 1989 à 2005, sous la Bulle qui pouvait tout de même accueillir jusqu'à 8.000 personnes, il y eut un sacré nombre de novilladas. 
Depuis dix ans, la Bulle n'est plus apposée chaque hiver sur l'amphithéâtre romain. C'est ainsi. Plus inquiétant en revanche, la tauromachie perd chaque année ou presque des ferias exclusivement composées de novilladas. 
A Nîmes, la première novillada sous la Bulle eut lieu à l'hiver 89, avec des Guardiolas pour les français Juan Villanueva, Bernard Marsella, et Enrique Ponce, qui fit un tour de piste avec le picador Jacques Monnier à la mort du sixième novillo. Quant à la dernière de l'histoire tauromachique de la Bulle, elle se déroula le 6 mars 2005 avec des novillos de Gallon pour Salvador Cortés, David Mora et Alejandro Morilla. 
Après celle-ci, les acteurs locaux décidèrent de ne plus couvrir les arènes chaque année. Et c'est vrai, on pourrait peser le pour et le contre. 

Contre l'installation annuelle de la Bulle : coût onéreux, manque de rentabilité, rénovation régulière de la couverture pour raisons de sécurité, atteinte esthétique à un monument historique...
Pour l'installation de la Bulle : donner une vie aux arènes pendant l'hiver, feria de novilladas, évènements sportifs (Coupe Davis de tennis, matchs de handball...), évènements culturels et autres spectacles, pour garantir au mieux la rentabilité annuelle. 

Si l'on peut encore parler de la Bulle nîmoise aujourd'hui, en gardant beaucoup de points positifs, c'est qu'elle a permis de découvrir de nombreux novilleros. La liste suivante, qui n'est pas exhaustive, est tout de même éloquente, et il y en a pour tous les goûts : 
Domingo Valderrama, Denis Loré, Enrique Ponce, Jesulín, Finito, Manuel Caballero, Chamaco, Luis de Pauloba, Pedrito de Portugal, Javier Conde, Ferrera, Encabo, Rafaelillo, José Tomás, Luisito, Uceda Leal, Morante, El Juli, Urdiales, Abellán, Juan Bautista, Robleño, Sergio Aguilar, Castella, Castaño, Lescarret, César Jiménez, Fernando Cruz, David Mora.
Parmi tous ces noms qui ont défilé en tant que novilleros sous la Bulle, certains sont toujours en activité, en tant que matadors, souvent dans des créneaux très différents ; d'autres ont mis un terme à leur carrière, soit ils ont pris du recul, soit ils s'occupent désormais de jeunes novilleros. 
Mais le pire, c'est que certains noms de cette liste ont probablement oublié qu'ils avaient un jour été novilleros. A l'heure actuelle, il font tout pour fermer le marché taurin, et empêcher l'éclosion de nouveaux talents qui deviendraient des rivaux... 
Malheureusement, ces toreros huppés devenus décideurs, font en sorte que les ferias (Olivenza, Castellón, Valencia, et bien d'autres...) soient uniquement axées sur leurs propres personnes. La mémoire courte, car ils ont oublié, à Nîmes sous la Bulle, ou ailleurs, qu'on leur avait un jour donné l'opportunité d'être au premier plan...

Florent

dimanche 8 février 2015

L'incompréhensible colère des toreros français (A paraître dans Semana Grande...)

Surprenante fut la publication du communiqué des professionnels taurins français ce vendredi 6 février. Nous le reproduisons par ailleurs in extenso à l'intérieur du journal de cette semaine. 
La situation actuelle n'ayant rien à voir avec celle d'autrefois, nous avons été étonnés par les propos tenus dans ce communiqué. Ils peuvent bien entendu être justifiés, mais nous semblent, de notre point de vue, excessifs. 
Comme une impression aussi d'un communiqué écrit dans la précipitation, où l'on crie au scandale, en plein hiver, contre plusieurs organisations qui n'ont pas mis dans leur cartel de toreros ou novilleros français. Les signataires demandent en outre aux organisateurs d'appliquer une sorte de "préférence nationale" au moment d'élaborer leurs affiches. 
Mais si l'on fait un comparatif historique avec une époque passée, on remarque que la situation des toreros français a évolué positivement en termes d'engagements dans les cartels. 
Le communiqué demande, enfin, certaines choses qui existent déjà, comme c'est le cas pour les novilladas sans picadors.


Prenons l'exemple de la temporada 1995 en France. Cette année-là, 19 postes furent accordés aux matadors français (qui étaient au nombre de 8) lors des 66 corridas de la saison. En 2014, sur 74 corridas en France, 57 postes furent confiés à des matadors français (qui étaient au nombre de 14). Mieux encore, si l'on considère l'histoire des corridas en France, sur les dix matadors qui ont le plus effectué de corridas dans notre pays, six sont de nationalité française.
Quant aux novilladas piquées, les éléments de comparaison sont moins évidents compte tenu du nombre décroissant de courses de cette catégorie. Toujours en 1995, 35 postes furent confiés aux novilleros français (8 au total) lors des 53 novilladas de la temporada. En 2014, seulement 15 postes étaient destinés à des français en novilladas piquées... Mais il n'y eut que 33 novilladas au total, et deux novilleros français représentés. 
Idem pour les ganaderías. En 1995, on comptait 7 lot de toros français, contre 12 en 2014. Et en 1995, 13 lots de novillos sur 53 novilladas, contre 10 lots de novillos sur 33 novilladas en 2014. Les ratios ne sont pas les mêmes.
La présence d'acteurs français est encore plus parlante dans le domaine des novilladas sans picadors. En 2014, sur 191 erales combattus, 156 provenaient d'élevages français ! Et lors des 42 novilladas non piquées célébrées l'an dernier en France, 59 postes furent confiés à des apprentis-novilleros français. 
Quant à la saison 2015 qui n'a pas encore débuté, 14 postes sont destinés à des français sur les 18 corridas qui sont pour le moment officiellement annoncées, et 5 postes pour les 5 novilladas dont le cartel a été publié. 
On a donc bien du mal à comprendre le point de vue offusqué du communiqué publié hier par les professionnels taurins français.


Difficilement compréhensibles sont aussi certains arguments avancés. Y est mentionné le soutien d'une "majorité d'aficionados", qui reste pour nous énigmatique. Dans cette même mêlée confuse apparaît un impact supposé des antis-corridas, qui irait de pair avec l'absence de toreros français sur les affiches. 
Or, pour avoir échangé avec pas mal d'entre eux, il n'y a pas un seul organisateur de corridas ou de novilladas en France qui soit hostile à la présence de toreros nationaux à l'affiche. Cette discrimination, qui est invoquée dans le communiqué, a peut-être existé à une époque, mais elle n'est en aucun cas présente dans l'esprit des organisateurs français à l'heure actuelle. 
On se dirige vers une sorte de faux débat et d'impasse. 
Eu égard aussi, au nombre restreint de toreros et novilleros français (par rapport aux autres nationalités taurines), on peut comprendre que parfois, certaines affiches ne comprennent pas de français. Comme l'an dernier en novilladas piquées où le nombre de français était très réduit. 
Et puis, s'il n'y a pas de français à l'affiche d'une arène cette année, peut-être y en aura-t-l'an prochain. 
L'organisateur de corridas ne peut, malheureusement, pas satisfaire tout le monde. Cette situation est accentuée par la baisse du nombre de corridas en Espagne (en France, il n'y a pas eu de diminution dans ce domaine). Car en Espagne aussi, avec une situation équivalente à celle de toreros français, plusieurs toreros espagnols n'ont pas du tout (ou très peu) d'opportunités de pouvoir toréer. 
Le marché, malheureusement, est ainsi fait. Il n'y a pas suffisamment de courses pour que tous les intérêts individuels de toreros et de novilleros soient satisfaits. 
En France, avec environ 70 corridas et 35 novilladas par an, on comprend bien que les places sont chères, et qu'il est impossible de caser tout le monde. 
Les problèmes les plus sérieux, s'il en existe dans les cartels, sont les arrangements, et également la redondance, qui est la chose la plus ennuyeuse. 
Pas d'inquiétude en revanche pour les toreros et novilleros français, qui semblent plutôt bien représentés sur les affiches, et le seront peut-être encore davantage à l'avenir. 
Par ailleurs, torero n'est pas une profession anodine où l'on pourrait comme ça, fixer des quotas obligatoires et instaurer un régime préférentiel. Tout d'abord parce que la loi ne l'autorise pas (cf le droit de l'Union Européenne), et d'autre part car la corrida est un domaine très aléatoire. 
Face au toro qui lui ne fait pas de distinction, chaque torero est avant tout homme, avant d'être d'une quelconque nationalité. L'habit de lumières n'est pas doté d'un drapeau. 
Et puis, les cartels se font avant tout sur des négociations et des choix. On ne peut pas tout savoir non plus sur la confection des cartels. Quid des refus ? 
Car face à l'organisation d'une corrida ou d'une novillada, chaque torero est en compétition avec les autres, qu'importe sa nationalité. 
L'organisateur devra proposer l'affiche avec les toreros et les élevages qui lui semblent être les plus méritants, pour attirer le plus de monde possible, au terme d'un choix qui se limitera toujours à une ganadería et trois toreros, et mettra forcément certains acteurs sur la touche. 
Quant au sort réservé aux toreros français, il n'y a pas vraiment de quoi s'offusquer. Au moment de construire un cartel avec un élevage et des toreros, c'est une somme d'intérêts individuels qui est en jeu. L'intérêt collectif étant celui des aficionados qui décideront ou non de se rendre aux arènes.


Florent

samedi 7 février 2015

Sable d'or

Long, voire interminable, l'hiver perdure et balaye tous les paysages. L'été est un horizon lointain qui se fait attendre. Dans ce contexte, la patience est la première des vertus. Il faut attendre, et prendre son temps. Les jours paraissent encore nombreux avant que ne débute une nouvelle saison sur le sable des arènes.
L'été, il faut aimer se promener les veilles de corridas. Et quel bonheur de pouvoir se rendre, au coucher du soleil, en bord de mer. Là, à cet instant, le sable y est tiède et la plage est calme. Bien sûr, le sable fait systématiquement penser à celui des arènes.
La plage est belle, si paisible le soir. Pourtant, elle est devenue péjorative avec le temps. Trop de considérations s'en sont mêlées, les sphères sociales, le m'as-tu-vu, le voyeurisme, l'aliénation... Ce qui s'appelle domaine public maritime est réduit au terme de plage, avec tous les excès que cela comporte. Les jours de grand soleil et d'embouteillages, on s'y entasse, sans réellement profiter de l'endroit. C'est bien là le problème, la société pousse à fréquenter les plages, l'été venu, sans vraiment pouvoir respirer la liberté qui y est offerte.
Mais c'est le soir que la plage, alors quasiment vide, semble la plus agréable. Le sable est identique à celui des arènes. Dans cette promenade en bord de mer, on viendrait même à rêver d'arènes en zone portuaire.
La saison taurine va commencer pour de vrai. Sur le sable des arènes, le lendemain, avant que ne commence la course, il y aura peut-être une minute de silence ou d'applaudissements, en mémoire des disparus. Moment de recueillement. Ces minutes vous rappellent que chaque année, des gens dont la passion est la même que la vôtre ne sont plus là. On ne les verra plus dorénavant aux abords des arènes.
L'été défile vite, trop vite. Sur le sable, on a envie de voir des toros, qu'importe leur origine, tant qu'elle est variée sur les affiches. On veut qu'ils soient beaux, puissants, braves et combatifs.
On veut voir des toreros courageux aussi, honnêtes, humbles, et qui donneront l'impression que leur métier est inaccessible au premier venu. Qu'importe leur nationalité, car les toros ne font pas de distinction en la matière.

Et alors, au bout de deux heures, la course, belle ou décevante, prendra fin. Au moment de commencer, le ciel bleu et le soleil donnaient une luminosité forte au sable et à l'arène. A la fin, le bleu a laissé sa place à l'ocre très prononcé, et à une si belle couleur rougeâtre, celle du soleil couchant. On espère que l'été continuera encore longtemps. Avec ce soleil, ces toros et ces hommes. Et surtout, on souhaite que jamais l'histoire ne s'arrête.

Florent