mardi 30 juin 2015

L'été dernier

Céret est habituée aux grands combats, à la force et à la sueur. C'est son identité, que l'on peut rapprocher du dicton qui prévoit un toro de cinq ans et un torero de vingt-cinq. Pour faire le paseo à Céret, il faut être en grande forme et balayer tous ses doutes.
Mais Céret aime aussi les énigmes. Ce soir-là de juillet, un torero filant tout droit vers ses soixante-six ans allait affronter des toros de Felipe Bartolomé, une ganadería revenue depuis de longues années à l'anonymat.

C'est quand même une performance, à cet âge-là, de venir à Céret, et de se mesurer à ces toros. Peut-être qu'à Céret comme ailleurs, les organisateurs auront peur. Peur de se sentir coupable et responsable, au cas où... Au fond, est-ce bien raisonnable ? Peut-être existe-t-il un âge maximal pour pouvoir s'habiller de lumières et toréer ?
Mais Frascuelo, dans un sombre costume vert bouteille et noir, moitié torero, moitié sorcier, est prêt à tout laisser sur le sable catalan. Il n'y aura pas un seul geste plus brusque que l'autre. Tout sera fait dans la plus grande quiétude. A la cape déjà, les véroniques ont un parfum intense.
A la muleta, cela en devient même presque écoeurant. Toujours le bon placement, la juste distance, le tempo exact, le supplément d'âme. Aucune hésitation à prendre la muleta dans la main gauche, et à tirer des naturelles, même de face. Les trincheras remplacent les passes de poitrine. Des faenas de quinze ou vingt passes peut-être, sans aucune exubérance. Quinze ou vingt passes en disant tout.
Sans musique, les "olés" sont savoureux et profonds. L'émotion dans l'assistance est mesurée, mais il faut dire qu'un grand nombre reste médusé. C'est un truc de fou.

Alors on oublie l'âge, les années, la fatigue, le souffle court. Face au cinquième Bartolomé, alors que sa prestation est déjà terminée, Frascuelo s'avance en piste la cape dans le dos. Comme pour un ultime défi...
A ce moment-là, il est un torero jeune qui renvoie plein d'images anciennes et inexplicables. Une époque impossible à situer, certainement quelque chose dont très peu de présents ont un jour eu la chance de goûter. Ces instants faisaient également penser qu'il y avait peut-être un peu d'Antoñete dans le texte, avec cette sobriété, cette patience, et cette classe infinie. Une certaine façon d'aborder les toros et de les toréer... mais une vision toujours vivante.

Florent

(Image de Frédéric Bartholin : Carlos Escolar "Frascuelo", le 13 juillet 2014 à Céret)

mercredi 24 juin 2015

Romeiro

Dimanche à Aire, les toros de Juan Luis Fraile sont revenus. 
Mais à l'ombre de ce retour, en coulisses, il y avait également un nom que l'on aimerait à tout prix revoir un de ces jours. 

Car le toro de réserve, "Romeiro" (ce qui en portugais signifie "pèlerin"), numéro 86, au pelage berrendo en negro, âgé de quatre ans, n'est pas une simple anecdote. 
La preuve, puisqu'il porte le fer portugais de Dom Fernando Pereira Palha. 
Un nom que l'on aime toujours entendre et voir. 
Pendant trop d'années, les autres Palhas, ceux de João Folque de Mendoça (aujourd'hui très édulcorés), ont fait écran en France par rapport aux autres élevages portugais. Et pourtant, là-bas au Portugal, il y a beaucoup de fers intéressants à découvrir et à redécouvrir...
Dont celui de Fernando Palha, personnage atypique, avec ses toros multicolores, son histoire Cérétane, et tant d'autres choses... 

Certains élevages qui ont brillé par le passé se situent aujourd'hui dans un état délabré. Ce n'est pas le cas de ce dernier, qui depuis la superbe novillada de 2012 à Orthez, n'a plus été combattu par des toreros à pied...
Parce que l'histoire de cet élevage est belle, pour Romeiro, pour tous ses frères marqués du fer de Fernando Palha, on a encore envie de les voir, et de savoir...


Florent

mardi 23 juin 2015

Errare humanum est

Le sujet brûlant du moment est à l'opposé total de ce que représente la tauromachie, puisque cette dernière s'interdit théoriquement toute simulation et tout trucage.
Ce samedi 20 juin, le jeune matador Alberto López Simón aurait dû être à l'affiche de La Brède (Gironde) pour estoquer la corrida de Pedrés. Il ne s'y est pas présenté, faisant paraître deux jours auparavant un certificat médical, attestant officiellement d'une blessure qui avait du mal à guérir.
Jusque là, l'histoire était crédible. Ce qui le fut beaucoup moins, c'était de savoir Alberto López Simón au paseo des arènes d'Istres, en remplacement de José María Manzanares, très précisément dix-sept heures et trente minutes après le paseo de La Brède.

Depuis, la situation s'est très rapidement envenimée, et risque de déboucher sur un conflit à coup sûr stérile. Cette histoire fait en tout cas penser à un autre Alberto, Lamelas cette fois-ci, qui lui avait au mois de mai honoré un contrat à Vic-Fezensac, face à de sérieux toros de Dolores Aguirre, à peine dix jours après une grave blessure à Alès. Ca c'est taurin, comme on dit dans le jargon ! Et il faudra voir comment les organisateurs de la planète taurine pourront s'émouvoir du geste et du pundonor d'Alberto Lamelas, en l'engageant dans leurs arènes, car il est le torero le plus courageux de sa génération.

A La Brède, López Simón a déclenché la colère des organisateurs et des aficionados, ce qui est parfaitement compréhensible, puisque son geste ne peut pas être cautionné.
Mais La Brède n'est pas le centre du monde, seulement son arène la plus septentrionale. Le maire de La Brède, se sentant lésé (et c'est normal) a rédigé une lettre ouverte, menaçant de porter l'affaire devant l'Union des Villes Taurines de France pour que cela entraîne des sanctions. Chose normale là-encore. Dans la portative girondine samedi, c'est Eugenio de Mora qui a remplacé López Simón, soit un torero d'une catégorie statutaire égale. Par ailleurs, il ne semble pas y avoir eu d'incidences sur la taquilla, puisque les organisateurs ont réalisé une belle entrée.

Le dernier cas similaire à ce forfait (dans les deux sens du terme) d'Alberto López Simón, c'était celui de Víctor Barrio en 2011 (à l'époque novillero), qui s'était au dernier moment retiré de l'affiche à Parentis (novillada de Murteira Grave) et à Roquefort-des-Landes (novillada de Fidel San Román), invoquant une blessure, alors qu'il avait toréé entre ces deux dates une novillada bien plus douce en Espagne. A la fin de la saison 2011, une suspension d'un an à l'encontre de Víctor Barrio avait été prononcée par l'UVTF. Une sanction qui paraissait à la fois dure mais juste sur le moment. Víctor Barrio n'avait ensuite pas toréé en France lors de la saison 2012.

Pour Alberto López Simón, la tromperie est sérieuse, et au-delà de l'erreur, il y a tout de même une faute. A 24 ans, ce jeune torero aurait parfaitement pu effectuer ses deux contrats, à La Brède le samedi, et à Istres le dimanche matin.
On ne sait pas si cette maladresse manifeste est celle du torero lui-même ou celle d'un entourage néfaste. Néanmoins, Alberto López Simón a cette année coupé deux fois deux oreilles lors de ses prestations à Madrid. Las Ventas a évolué, c'est vrai, mais c'est quand même une grande prouesse, en sachant que l'une des deux fois, le jeune torero a dû sortir par l'infirmerie plutôt que par la Grande porte.
Grâce à ces deux corridas, il est devenu une attraction, et il faut le dire aussi, un torero incontournable pour les grandes ferias. Il ne doit néanmoins pas oublier que parmi les banderilleros actuels, il y a également beaucoup d'hommes qui un jour sont sortis en triomphe à Las Ventas... mais ont connu des lendemains moins heureux. La tauromachie est un domaine dans lequel il vaut mieux ne pas se projeter trop vite.

Quant à l'UVTF et aux organisateurs, ils devront analyser la situation en fonction du contexte, avec ce que ce dernier permet ou non. Ce mardi soir, déjà, Simon Casas a affirmé qu'en cas de boycott de l'UVTF, il engagerait au moins deux ou trois fois Alberto López Simón à Nîmes. C'est étonnant de voir Simon Casas réagir de cette manière, puisqu'il est l'un des principaux responsables du marché taurin actuel, très fermé et pseudo-élitiste. Ces dernières années, les cartels de Nîmes et d'ailleurs ont tendance à se ressembler à chaque feria, car ils sont répétitifs, et les opportunités d'ouverture sont maigres (aussi bien pour certains toreros qui ont vu des portes se fermer, que pour des ganaderías, notamment françaises en ce qui concerne Nîmes...).

Alors, plutôt que de continuer une querelle inutile, avec comme gagnant celui qui aura le dernier mot, il sera peut-être mieux pour un acteur comme l'UVTF d'agir prudemment.
Comment serait-il possible de prendre Alberto López Simón en exemple et de lui infliger une suspension d'un an ? Alors que depuis des années, de nombreuses corridas mal présentées et douteuses, n'ont jamais été sanctionnées, aussi bien en ce qui concerne les élevages que d'autres éventuels commanditaires : toreros ou organisateurs.
Par ailleurs, vu son succès d'Istres face aux Zalduendo, et son attrait qu'il peut désormais avoir en France, on peut être certain que plusieurs villes membres de l'UVTF tenteraient de contourner le veto et d'inscrire le nom de López Simón sur leurs affiches.
Enfin, étant donné que l'UVTF est partie prenante au Plan de Sauvegarde de la tauromachie proposé par l'Observatoire des Cultures Taurines, ce qui implique une donation des aficionados sur chaque place de corrida, elle ne peut pas se permettre de prononcer une telle interdiction. Il y a parmi ces acteurs payants, des aficionados qui auront envie d'aller voir Alberto López Simón aux arènes. Et que cela plaise ou non (en espérant pour eux qu'il ne déclare pas forfait ce jour-là), ils doivent aussi être entendus.

Si La Brède décide d'entreprendre une action juridique face à Alberto López Simón, cela serait bien sûr légitime. Mais l'idéal serait de voir le torero revenir à La Brède l'an prochain, en toréant à titre gracieux, ou bien en reversant l'intégralité de son cachet à une association ou à une école taurine.
Mais il y a malheureusement plus de chances que la situation s'envenime, plutôt que de voir se réaliser la probabilité énoncée ci-dessus.


Florent

Et l'on savait enfin pourquoi le ciel est bleu...

Tout au long de la corrida des fêtes d'Aire-sur-l'Adour ce dimanche, on entendait les bruits et les cris de la fête foraine voisine. On pouvait mesurer le contraste de cette ambiance, entre d'un côté les manèges vertigineux et les trains fantômes, et de l'autre, le sable, des combats âpres et un grand silence.
En céleste et or, et brillant de mille feux, l'été avait mis son plus beau costume. Pas besoin de bougies, de chandelles ou de lumières artificielles. Solstice d'été, et solstice Fraile.

De ce jour le plus long de l'année, c'était un énorme plaisir de voir redessiné sur des affiches françaises le fer de Juan Luis Fraile. Des toros sérieux, aux morphologies variées, et dont la seule présence sur la ligne de départ donnait déjà le sourire.
Le premier toro connaîtra cinq rencontres au cheval pour trois piques au total, et donnera le ton de l'après-midi. Il fut brave à ce moment-là du combat, désarçonnant même le picador Juan José Esquivel... qui ne dut son salut qu'à une belle intervention de Mehdi Savalli cape en main. Plus tard, ce premier toro fut dur, à la fois distrait et avisé.
Les toros de Fraile auront été beaucoup (et mal) piqués, subissant des lidias plus que passables, avec peu de mises en suerte, des coups de cape inutiles, et des humeurs de picadors vengeurs. Au total, les Fraile prendront près d'une vingtaine de rations de fer. Pas que le nombre de piques soit essentiel, mais disons que compte tenu de ce châtiment, en sachant qu'aucun toro ne s'est affalé ensuite, on pouvait mieux mesurer leur sérieux. Il faut dire aussi que certaines ferias entières (de quatre ou cinq corridas) ne prennent pas autant de piques que cette seule corrida de Fraile.

Parfois, à cause des longueurs et de la chaleur, on eut l'impression que cette course pouvait basculer dans l'ennui à n'importe quel moment. Le désordre en piste pendant les lidias contribua aussi à ce sentiment d'abandon.
Mais les Fraile d'Aire étaient des toros intéressants, qui posaient plus de questions qu'ils n'apportaient de réponses. De vrais adversaires, sans esprit de complicité, et qui n'avaient pas les oreilles faciles.
La meilleure lidia fut sans aucun doute celle du deuxième toro, "Rondino", un joli Fraile typique. Plutôt bas de charpente, assez fin, une belle musculature, et ces fameuses cornes qui font penser aux guidons des bicyclettes. Bien mis en suerte à la pique, il s'avéra brave sous le matelas. Au troisième tiers, il possédait une noblesse qu'il fallait aller chercher, au prix d'un bel effort. C'est exactement ce que fit Morenito de Aranda, qui semble par ailleurs dans sa meilleure période.
Si la faena fut inégale en rythme, on avait sous nos yeux un toro très intéressant, et un torero disposé à en tirer le maximum. Mais Aranda perdit toute possibilité de récompense après des soucis aciers en main.
Le cinquième, qui termina difficile et exigeant, avait pris quatre piques aussi fortes que médiocres. Là-aussi, Morenito de Aranda mit beaucoup de coeur à l'ouvrage, car cela n'était pas chose simple. Il toréa même jusqu'à frôler l'accrochage. Cependant, quel dommage qu'il soit venu porter ce bajonazo final, venant ternir la prestation d'ensemble... Ce bajonazo aurait dû être éliminatoire au moment d'accorder l'oreille.

Quant à Rafaelillo, il ne fut pas dans un grand jour, comme il avait pu nous y habituer. Il fit des apparitions discrètes, aussi bien en tant que chef de lidia que dans ses combats. Tout d'abord face au premier, encasté et difficile, puis face au quatrième, manso, décasté, et qui fut le toro le moins intéressant du lot.
L'arlésien Mehdi Savalli connut à peu près les mêmes difficultés qu'il y a un mois à Vic face à des toros de la même origine. Beaucoup d'approximations dans ses placements, et beaucoup de doutes. Ses meilleurs moments auront été aux banderilles, avec certaines poses exposées dans le berceau des cornes. Son premier Fraile semblait avoir une bonne corne droite, qui resta inédite. Le sixième, encasté et rugueux, était pour sa part un vrai tonton.

Au moment où se terminait la corrida, le jour était encore bien loin de se coucher. Les toros de Fraile sont revenus le jour de l'été, et reviendront encore, à Céret, au mois de juillet. Céret, où l'on joue la Santa Espina, avant l'entrée du sixième toro.
Une mélodie qui rappelle la plus belle saison de l'année, et sur laquelle Louis Aragon avait écrit il y a plus de soixante-dix ans. On ne se lasse d'ailleurs jamais de le relire...

"Je me souviens d'un air qu'on ne pouvait entendre
Sans que le coeur battît et le sang fût en feu
Sans que le feu reprît comme un coeur sous la cendre
Et l'on savait enfin pourquoi le ciel est bleu..."

Florent


(Image d'Olivier Viaud : "Macarrón", le premier toro de Juan Luis Fraile)

dimanche 21 juin 2015

La fête des pères

Dimanche 21 juin, premier jour de l'été, et fête des pères par la même occasion.
Hier, il y avait des toros du côté de La Brède. Des toros de Pedrés, dont les charpentes et les morphologies étaient plutôt correctes, mais avec des cornes que j'ose à peine te décrire. J'ai rarement vu un truc pareil ! Alors, quand sortent en piste des toros affublés d'armures version troncature, j'ai toujours un peu de mal à donner de l'importance, même s'il existe des risques.
Les Pedrés donc, comme je t'ai dit, mal présentés, six piques, nobles sans trop de difficultés en général... mais surtout très faibles. Il y a eu cinq oreilles au total, dont trois pour Curro Díaz, un torero très alluré, mais qui a quand même tendance à garder des marges de sécurité. Pour une arène du calibre de La Brède, il n'a pas été mal, mais dans le genre tauromachie inspirée, tu peux être sûr que Frascuelo lui aurait mis un bain d'anthologie.
La Brède est l'arène la plus proche de la maison. Depuis plus de quinze ans maintenant, le département de la Gironde est une sorte de trait d'union avec les toros. Bien sûr, il y avait eu Floirac avant. Un cadre certainement moins joli que La Brède, mais quand même de sacrés souvenirs avec toi là-bas !
La Brède, Floirac, la région bordelaise... et sa putain de rocade qui peut être engorgée même au moment où l'on s'y attend le moins. Je me souviens de cette fameuse course de septembre 98, du haut de mes sept ans, serrés sous le même parapluie toi et moi. Il pleuvait des cordes depuis le début de l'après-midi, mais la corrida avait quand même eu lieu ! Floirac, ses averses, son environnement, c'était vraiment quelque chose de particulier! Et aussi, en montant progressivement les gradins de cette arène vers le rang le plus haut, cette inquiétante sensation de Furiani. Il fallait le voir pour le croire.
Si la météo de Floirac était rocambolesque, celle de La Brède est toujours au beau fixe, avec un temps chaud et estival. Mais surtout, davantage de gaieté dans le ciel que dans le ruedo. Bientôt je te raconterai la suite...

Bonne fête papa.

Florent

vendredi 19 juin 2015

Cañonero

"Cañonero", numéro 40, de Juan Luis Fraile, combattu à Céret par le maestro Luis Francisco Esplá le 14 juillet 1996.
Le nom de ce toro est revenu à plusieurs reprises le 24 mai dernier à Vic, à la fin de la corrida matinale, après que l'on ait vu sur le sable gersois l'extraordinaire "Cubano" de Valdellán.
La comparaison, avancée par des aficionados de Céret (dont Richard, pour ne pas le citer), relevait des similitudes entre ces deux toros, à presque vingt ans d'écart.
A Céret, "Cañonero", d'origine Graciliano lui aussi, brave et très encasté, était allé quatre fois au cheval, s'affirmant sur le ruedo catalan comme un toro fier et exigeant. Au moment de l'estocade, Cañonero avait accroché Esplá de façon spectaculaire. Le torero d'Alicante était ressorti de là avec une fracture de la cloison nasale et des contusions aux côtes.
Une oreille pour Esplá, et tour de piste à Cañonero... qu'avait sollicité lui-même le maestro en se tournant vers la présidence, malgré son visage meurtri. Il reste encore des images d'un Face au Toril de l'époque, entièrement consacré à l'édition 96 de Céret de Toros.
Ce jour-là, 14 juillet, c'était une corrida avec trois toros de Fraile et trois d'Adolfo Martín. Luis Francisco Esplá, qui avait déjà affronté des toros de Fernando Palha la veille, n'avait pu cette fois terminer la corrida, devant quitter la scène pour l'infirmerie après le combat de Cañonero.
Cañonero, Cubano, et les autres... le même encaste Graciliano, qui est fort bien représenté cette année en France, avec Juan Luis Fraile, Valdellán et Hoyo de la Gitana.


Florent

(Image d'archives de l'ADAC : Luis Francisco Esplá face à Cañonero)

jeudi 18 juin 2015

Pourquoi afeiter ?

Une question délicate qui plane depuis longtemps, très longtemps, mais pour laquelle on possède à peine des débuts de réponses. L'afeitado n'est pas le sujet de prédilection des revisteros. Pour cause, cette fraude ne met pas en valeur la corrida, et donne une image ou une étiquette au revistero qui peut la dénoncer. Beaucoup d'aficionados qui se sont aventurés sur ce terrain-là ont même été assimilés à des antis-taurins. C'est dire !
Remarquez par ailleurs que certains revisteros d'une autre époque, ayant en leur temps dénoncé la pratique de l'afeitado, se sont vus insultés de longues années après leur mort... par de "grands" organisateurs de spectacles taurins, comble de lâcheté, sans la moindre gêne et sans aucune dignité.

Aux arènes, il y a bien des jours où le doute a peu de place face aux scandales du bout des cornes. Quand ce forfait se produit, l'aficionado ressent d'abord stupeur, mais aussi incompréhension, amertume, avec l'envie de connaître le fin mot de l'histoire. Exit ceux auxquels une corne mutilée ne fait absolument ni chaud ni froid. Ne pas chercher midi à quatorze heures, ceux-là peuvent avoir des côtés sympathiques, attachants, mais ils ne sont pas aficionados, et ne le seront jamais, même s'ils prétendent le contraire.

L'afeitado n'est pas chose simple, puisque les cornes de l'animal subissent des évolutions naturelles au fil de sa vie dans les prés. En fonction des encastes, certaines cornes sont plus développées que d'autres, avec une tendance naturelle plus ou moins astifina (un toro d'encaste Coquilla âgé de cinq ans sera toujours moins impressionnant d'armures qu'un toro d'Alcurrucén, dont les cornes sont naturellement fines et acérées). Cependant, durant certaines courses, le hasard n'existe plus, les pointes semblent beaucoup trop grossières, éclatent, et parfois saignent. Face à ces images-là, l'aficionado est forcément consterné.
Pourtant, la présentation des toros est une chose primordiale au moment où doit débuter une corrida. L'intégrité des armures, c'est d'ailleurs ce que prévoit formellement le règlement. Encore plus formidable, des analyses sont même prévues dans les plus grandes arènes... mais cela fait quelques années qu'elles ne sont plus du tout publiées en fin de saison !
Par rapport à l'intégrité du toro espérée par l'aficionado, beaucoup d'entre nous ne possèdent absolument aucune appétence pour les corridas de rejoneo et les festivals, qui sont des spectacles à part entière. Et les armures tronquées (autorisées) pour ces corridas à cheval et ces festivals ne devraient en aucun cas être reproduites lors de corridas et de novilladas avec picadors.
Même si le public occasionnel ne le détecte pas, cela ne sert absolument personne. Ni le sérieux de l'arène, ni l'organisateur, ni l'éleveur, ni le torero, dont la prestation est dévalorisée, et pour lequel un coup de corne provenant d'un toro manipulé peut avoir des conséquences beaucoup plus graves. Même si un toro que l'on sait amoindri pourrait avoir un aspect "rassurant".
Alors, pourquoi afeiter ? Quels sont les commanditaires quand cela se produit ?

Il est arrivé bien souvent que des organisateurs irréprochables dans leur philosophie se retrouvent victimes face au fait accompli.
Le thème des fundas n'arrange absolument pas les choses, puisqu'il peut être le parfait alibi d'une manipulation. Ces fundas n'ont d'ailleurs absolument rien de salvateur, car elles masquent parfois des coups de corne internes quand les toros se battent entre eux dans leur élément naturel. Idem pour les cornes dites "arregladas" (arrangées), qui ne sont rien d'autre qu'une forme d'afeitado déguisé. Mieux vaut que sorte en piste un toro naturellement astillé, et aux cornes légèrement abîmées, plutôt qu'un exemplaire retouché, pour lequel les choses viendront à s'empirer au premier contact avec les burladeros ou le caparaçon.

Il ne faut pas oublier que le toro meurt au centre de l'arène, et doit par conséquent être respecté jusqu'au bout du combat. Pour le sérieux d'une corrida, on raisonne actuellement en termes d'arènes, et non pas de ganaderías ou toreros de prédilection. Et c'est une douloureuse indication, qui permet de remarquer les arènes de tendance sérieuse d'une part... et celles qui ne le sont pas.
Face à l'afeitado, comment fermer les yeux sur une telle pratique (qui existe encore aujourd'hui, et le mois de juin 2015 en atteste) et monter parallèlement des plans de défense de la tauromachie, avec l'outrecuidance de quémander une obole supplémentaire à celui qui achète une place pour s'asseoir sur les gradins ? Ce dernier n'a pas davantage de garanties dans la présentation et le sérieux des courses qu'il va voir, alors que cela devrait parfaitement être le cas.

L'afeitado est un forfait, une fraude, qui n'honore personne, et surtout pas ceux qui le réalisent, ni leurs complices. En football, quand un joueur fait une main dans la surface de réparation, sans être sanctionné (car tout le monde l'a vu sauf l'arbitre), cette injustice déclenche une véritable discussion. En tauromachie, quand survient l'injustice, la majorité silencieuse porte bien son nom. Elle préfère rester frileuse, et se taire.

Florent

jeudi 11 juin 2015

Rafael Da Silva

Quand disparaît un personnage de la corrida autre qu'un célèbre matador ou ganadero, les écrits se font toujours plus laconiques. C'est ainsi. La corrida est hiérarchisée de façon à ce que l'on retienne avant tout les matadors.

Il existe aussi, dans ce même monde de la tauromachie, des parcours bien réels, mais auxquels même les imaginations les plus débordantes n'auraient pas songé un seul instant.
C'est le cas de Rafael Da Silva, picador portugais disparu au début de la semaine. Car avant de devenir cavalier et picador, Rafael Da Silva avait débuté dans les toros comme forcado !
Fort surprenant également, le tiers de piques est interdit depuis des lustres dans les arènes portugaises ! Pour cette raison, Rafael Da Silva, qui était l'oncle du rejoneador Diego Ventura, a souvent dû franchir les frontières pour honorer son métier.
Parmi les cuadrillas les plus notables dans lesquelles il figura, on peut noter celles de Víctor Mendes, José Ignacio Ramos, Stéphane Fernández Meca, Luis Miguel Encabo, et Luis Vítal Procuna.

Il faut aussi impérativement mentionner que Rafael Da Silva eut des apparitions très remarquées chez nous, en France, il y a une petite dizaine d'années.
Le 15 juin 2003, il réalisa un tour de piste avec Stéphane Fernández Meca à Aire-sur-l'Adour, après le combat d'un toro de Victorino Martín.
Le 13 septembre de la même année, il recevait le prix au meilleur picador de ce qui fut à ce jour la dernière corrida-concours célébrée aux arènes de Dax. Rafael Da Silva piqua à cette occasion pour le compte de Stéphane Fernández Meca face à un toro d'Escolar Gil.

Mais surtout, le piquero portugais fut au paseo le 3 juin 2006 à Vic-Fezensac, dans les files de Luis Miguel Encabo. Son adversaire du jour s'appelait "Velonero", le fameux "Velonero", de José Ignacio Charro, l'un des toros les plus importants combattus à Vic.
Comme le montre l'image d'archives de cet abrazo avec Luis Miguel Encabo, Rafael Da Silva avait été invité à saluer en piste ce soir-là.

Florent

mardi 9 juin 2015

Don Cantinillo et la boîte aux souvenirs

Dans la rubrique éphémérides, cette date-là est à marquer d'une pierre blanche.
C'est l'histoire d'une Pentecôte tardive, un lundi 9 juin, à Vic-Fezensac, des toros de Dolores Aguirre (qui prendront un total de vingt-cinq piques), Fernando Robleño, Javier Castaño et Alberto Lamelas. Sortent dans l'ordre Cubatisto, Comadroso (un grand toro), Pitillito, Langosto, un autre Comadroso, et enfin... Cantinillo.

Une corrida sérieuse, encastée, pleine d'intensité, et qui va connaître avec le sixième toro, une conclusion pour laquelle le terme "épique" est presque trop faible.
La raison, c'est Cantinillo, un terrible toro de Dolores Aguirre, qui effraie dès son arrivée sur le sable, et tente même d'aller visiter la contre-piste. Un toro manso, encasté, d'un danger monumental et imprévisible, comme on en voit très peu. Heureusement...
Le chaos a déjà frappé la piste dès l'apparition de Cantinillo. Et la situation se dégrade progressivement, quand courageusement, en allant chercher ce toro pour une sixième rencontre, la cavalerie menée par Gabin Rehabi explose littéralement dans l'atmosphère gersoise.
Le trouillomètre ne connaît pas d'accalmie au moment des banderilles. Cantinillo est un toro impossible, que nul ne peut banderiller, mais un contingent de spectateurs occasionnels (certainement peu avertis de la chose taurine, et ce n'est pas leur faire injure), siffle tout de même. Un peu comme si cette tâche était mécanique et réalisable face à n'importe quel toro, et comme si les potentiels coups de corne de Cantinillo n'étaient que des balles à blanc.

Or, Cantinillo est un toro de guerre dont le chargeur est plein. C'est le désordre le plus total en piste, et Alberto Lamelas va se retrouver seul face à Cantinillo. Il y a, à ce moment-là, des sensations contradictoires. L'appréhension face au danger, la peur que ces spectateurs occasionnels ne mesurent pas totalement la chose à laquelle va s'opposer le torero, la peur tout court, mais aussi l'émotion, et l'envie de voir Lamelas réaliser un truc d'un autre monde.
Alors que l'attitude entre guillemets "raisonnable" aurait consisté à une petite dizaine de passes de châtiment par le bas avant de lever définitivement l'épée, Alberto Lamelas a choisi une autre voie.
Si seul en piste, il réalisera ce fameux truc d'un autre monde. Le lendemain dans Sud-Ouest, Zocato écrira que "chacun des muletazos reniflait les tombes de nos villages". Et c'était exactement cela.

Encore plus incroyable. Alors que dans toutes les arènes au monde, on distribue souvent des trophées sans être trop regardant, les présidences sont incapables de récompenser à leur juste valeur les toreros le jour J, le jour où il n'y a pas l'ombre d'un doute. Comme ce 9 juin 2014 avec Alberto Lamelas à Vic-Fezensac. Après cela, le torero aurait mérité d'entrer dans toutes les grandes ferias l'année suivante. Mais ce ne fut pas le cas, et le milieu taurin, frappé d'obsolescence de jour en jour, démontra une fois de plus son injustice pathétique.

Reste pour la postérité ce lundi 9 juin, et ce moment d'anthologie, à conserver précieusement parmi les meilleurs souvenirs. Cantinillo de Dolores Aguirre, Alberto Lamelas. Un toro de cauchemar, une faena de rêve...

Florent

(Image de Laurent Bernède : "Cantinillo" de Dolores Aguirre)

lundi 8 juin 2015

Au coin du bois

Captieux, Gironde. Au coin du bois, dans un joli cadre, se dresse l'une des plus petites arènes de France, d'une capacité de 1.500 places. Une moitié métallique, et l'autre moitié couverte façon arène de course landaise. 
Captieux, en plein milieu d'une forêt de pins, cultive depuis longtemps et avec courage sa tradition taurine. Il faut dire que le département de la Gironde ne possède plus que deux arènes, avec celle-ci et celle de La Brède. Quant à Floirac, cela fait déjà neuf ans que le rideau s'est baissé...

Cette année, Captieux avait retenu un lot de novillos chez Joselito. Mais à la dernière minute, pour des raisons sanitaires, les organisateurs en ont été privés. Très vite, ils sont parvenus à en trouver un autre, chez El Pilar, dans la province de Salamanque. 
El Pilar, qui fournit chaque année de nombreux lots, affiche un paradoxe. Son sang est identique à la jeune ganadería de Pedraza de Yeltes. Mais avec des toros qui se caractérisent souvent par un manque de caste, El Pilar se situe quelques niveaux en-dessous des Pedrazas. Question de sélection...  

A Captieux, les novillos d'El Pilar, inégalement présentés, ont confirmé la tendance globale de l'élevage, avec manque de caste et de fond. Bravitos à la pique, ils firent six voyages aller sans retour. Une chute de la cavalerie fut à mettre à l'actif du cinquième, et un picador désarçonné à celui du sixième.
Le meilleur de ces novillos fut de loin le cinquième, "Canastero", un vrai bonbon, très noble dans la muleta, et qui permettait énormément de choses. Mais le landais Louis Husson n'a pas été à la hauteur, et a dû repartir avec un maigre salut au tiers. 
Lilian Ferrani, qui toréa en première et quatrième positions, eut un véritable lot en bois, aux possibilités très restreintes. Et il ne put montrer que de la volonté, avec une puerta gayola pour ouvrir la novillada, et des estocades généralement engagées.

Mais celui qui étonna, une fois de plus, fut le péruvien Andrés Roca Rey. Il avait débuté avec picadors il y a tout juste un an, dans ces mêmes arènes de Captieux. Malgré ce laps de temps réduit, il affiche déjà beaucoup de métier, une technique impressionnante, de la variété dans son répertoire et de la confiance. Le jeudi 4 juin, il coupait deux oreilles à Séville face à des Villamartas, avec une légère blessure à la clé. Le samedi 6, il était à Boujan-sur-Libron, près de Béziers, face à des novillos de Partido de Resina. 
Séville, Boujan-sur-Libron, Captieux, une cadence infernale, un kilométrage brutal, et une consommation d'essence à en faire chialer les plus écologistes des écologistes.
A Captieux, hier, dimanche 7, Andrés Roca Rey n'eut aucune difficulté face à deux novillos nobles et de peu de caste, obtenant un total de trois oreilles. Son second adversaire, le sixième novillo d'El Pilar, fut récompensé d'un tour de piste sans intérêt et que personne n'avait demandé.

Mais au coin du bois guette toujours un danger. Hier à Captieux, sur une piste incertaine et poussiéreuse, il s'agissait du tiers de banderilles. Plusieurs subalternes connurent de véritables frayeurs, tels Ernesto Caballero au troisième, Jesús Márquez au quatrième, et Juan José Domínguez au dernier. L'un d'entre eux, Márquez, se releva complètement saupoudré de sable, un peu comme les étudiants couverts de farine les jours de Père-Cent.

Florent

dimanche 7 juin 2015

Raging bull

Madrid, mardi 2 juin. Au moment de fouler la piste, "Tejedor", le quatrième Cuadri, un toro châtain de 606 kilos, préfère faire demi-tour et retourner vers le toril. Quelques instants plus tard, il arrive enfin sur le sable avec toute sa splendeur, et le typique aspect sauvage des toros de Cuadri.
Châtain donc, impressionnant de gabarit, aux cornes acérées et redoutables. L'élevage andalou de Cuadri est, il faut le dire, l'un des derniers à résister aux océans de fundas que l'on peut retrouver quasiment partout ailleurs. Les toros de Cuadri ne semblent pas souffrir de cette absence de protections, leurs cornes étant souvent belles et irréprochables.

"Tejedor", numéro 23, sera le toro le plus intéressant de la semaine à Las Ventas. Ses cinq autres congénères, en général, s'avéreront âpres, durs et réservés. Mais il existe un réel problème depuis le début de la feria (si ce n'est pas depuis quelques années) à Madrid, dans le sort réservé aux toros lors du premier tiers. Les picadors brillent peu souvent et sont maladroits, en bonne partie à cause de chevaux-forteresses à la mobilité réduite. D'autre part, les commissaires de police qui font office de présidence technique oeuvrent avec un esprit procédural et peu d'afición. Ce sera deux piques pour chaque toro ou presque, qu'importe la façon dont elles sont administrées. Deux piques, ni plus ni moins.
On se doute aussi de l'inexistence de dialogue entre les présidences et les toreros avant la course. Or, tous les lots de toros étant différents, ils doivent connaître des lidias adaptées. Mais dans la première arène du monde, la chose s'effectue souvent (et malheureusement) en dépit du bon sens.

Quand "Tejedor" est entré en piste, il a été fortement ovationné. A sa première rencontre à la pique, il s'allumera avec caste et puissance. Ce fut la même chose à la seconde, où il viendra encore plus fort, désarçonnant cette fois le picador, qui tomba de sa monture, heureusement sans mal.
Mais puisque l'on ne désire pas faire briller les toros en ces lieux, le tiers fut changé par le flic du palco. "Tejedor" aurait pourtant bien supporté une pique supplémentaire.
Contrairement à son premier combat, Luis Miguel Encabo laissa le soin à ses banderilleros de poser les fuseaux. Ce n'était pas une tâche évidente, mais Angel Otero, très en verve, le fit de façon extraordinaire. Mais il ne put exécuter la troisième paire comme il l'aurait voulu, car "Tejedor" donnait des coups de tête terribles.

A la muleta, ce magnifique Cuadri était un toro que l'on peut apprécier sous divers points de vue. Celui de l'aficionado, qui le trouvera très encasté et intéressant ; celui du torero-vedette, qui préférera ne même pas connaître son existence ; et celui du torero affamé, qui livrera bataille jusqu'au bout, avec beaucoup d'appétit et de courage.
Doté d'une charge très vibrante sur la corne droite, "Tejedor" donnait l'impression que plusieurs toros passaient en même temps, tellement il possédait de présence. Et le vétéran matador Luis Miguel Encabo fit tout pour le faire briller, avec cran, pour que l'on puisse admirer sa charge. Effectivement, à chaque fois qu'il venait, ce "Tejedor" était un torrent de caste.
C'était un combat âpre, et l'on eut du mal à comprendre les sifflets envers Encabo, descendant des tribunes dès le milieu de la faena. Certes il y eut une mauvaise estocade et beaucoup de descabellos, mais Encabo ne méritait pas une telle réprobation.
"Tejedor", pour sa part, fut ovationné à l'arrastre comme à son entrée en piste.

Florent


(Image de Las-ventas.com : "Tejedor" de Cuadri et Luis Miguel Encabo)

lundi 1 juin 2015

Suertes anciennes

Si la feria de Vic s'est achevée avec une sérieuse corrida de Dolores Aguirre, elle a également vu un geste qui mérite à lui seul une chronique.
Face au deuxième toro de l'après-midi, Raúl Ramírez, subalterne dans la cuadrilla de Sánchez Vara, a revisité une suerte d'un autre siècle, qui consiste à survoler le toro à l'aide d'une perche.
Devenu obsolète, ce geste ne semblait appartenir qu'aux vieux tableaux que l'on peut parfois contempler. Mais depuis plus d'une saison maintenant, ce fameux Raúl Ramírez a ressorti ce geste des livres d'Histoire, pour l'accomplir face à des toros de respect.

Dans le monde de la tauromachie, Raúl Ramírez est un personnage atypique, puisqu'il est à la fois banderillero, recortador... et aussi patron d'une société d'arènes portatives en Castille ! Âgé de 39 ans, il a déjà trois structures métalliques à son nom, sur lesquelles la mention "Plaza de toros Raúl Ramírez" est floquée ! Comme lui, il existe d'autres banderilleros qui parallèlement ont eu une carrière de recortador. C'est notamment le cas de l'aragonais Jesús Arruga, de la cuadrilla d'Iván Fandiño, qui fut champion d'Espagne des recortadores à plusieurs reprises.

Dans l'arène, chaque geste d'esquive face au toro évoque la tauromachie dans sa forme la plus primitive. Ces dernières décennies, les arènes du Sud-Ouest ont plusieurs fois vu des toreros landais réaliser des exploits d'un jour, avec des écarts ou des sauts face au toro pendant des corridas. On pense ainsi aux regrettés Guillaume Vis "Ramuntchito" et David Casarin ; ou encore à Laurent Martínez, Didier Goeytes, Claude Lagarde, et plus récemment encore Emmanuel Lataste.
Le saut à la perche ("garrocha"), tel qu'il a été effectué par Raúl Ramírez, était beaucoup plus rare jusqu'à présent.

Ce Ramírez n'est d'ailleurs pas du tout doté du même physique que les perchistes olympiques que l'on voit habituellement à la télévision. Il a un petit gabarit, sans que cela ne soit péjoratif.
De plus, sauter à la perche, sur le sable mouvant et doré de l'arène, n'est pas une tâche évidente ! Que dire alors quand se trouve en piste un toro de Dolores Aguirre...
Il convient d'allier agilité, précision et lucidité. A Vic, Raúl Ramírez s'est envolé au-dessus des cornes de "Burgalés" de Dolores Aguirre, offrant aux photographes la possibilité de saisir une image d'un autre temps.
Le prochain rendez-vous français du fantasque Raúl Ramírez devrait avoir lieu le 12 juillet, à Céret, face aux toros de Juan Luis Fraile.

Florent


(Image de Laurent Bernède : Le saut à la garrocha de Raúl Ramírez)