dimanche 30 août 2015

Trente ans

Sauf que ce n'était pas un roman. Quand José Cubero "Yiyo" est accroché par la corne de "Burlero" de Marcos Núñez, le 30 août 1985 à Colmenar Viejo, il n'a que vingt-et-un ans.
Il est surprenant comment cette histoire a pu marquer une génération qui n'a jamais vécu ce moment, n'a jamais vu toréer le Yiyo de ses yeux, et l'a simplement découvert a posteriori.
Je dois reconnaître que la mort du Yiyo me touche dans tout ce qu'elle est et ce qu'elle représente. Manolete lui aussi est mort d'un coup de corne, mais c'est une époque bien plus lointaine, aux images en noir et blanc. D'ailleurs, la figure de Manolete a quelque chose de légendaire qui la rendrait presque irréelle. En fait, la mort de Manolete a certainement marqué davantage des générations antérieures. C'est peut-être à la fois con et absurde de comparer les deux, parmi de nombreux coups de corne mortels, mais celui du Yiyo, lui, semblera toujours proche de nous.

Des clichés en couleur, en mouvements, et l'image douloureuse d'une jeunesse qui meurt. Dans sa chronique de l'époque, la semaine suivant la corrida, Jacques Durand avait titré "Yiyo, la mort en plein cœur". Il y évoquait Colmenar Viejo, cette ultime corrida, et les hasards du destin. Car avant de partir à l'âge de vingt-et-un ans, le Yiyo avait déjà été confronté à un drame. C'est lui qui en 1984 à Pozoblanco, avait eu à estoquer "Avispado" de Sayalero y Bandrés, le toro qui ôta la vie à Paquirri. Le Yiyo, aussi, ne devait pas toréer cette corrida de Marcos Núñez à Colmenar Viejo, le 30 août 1985. Jacques Durand avait terminé sa chronique par "Cela ressemble à un roman de gare, sauf que ce n'était pas un roman".

Depuis 1985, les arènes de Colmenar ont été modifées et agrandies. Seule la piste est toujours la même. L'histoire du Yiyo, elle, touchera toujours les jeunes aficionados, parce qu'un toro a emporté la vie de ce jeune visage.
Un coup de corne l'a rendu blême. Coup de corne irrémédiable, quel cauchemar. On prête quelques derniers mots au Yiyo, sans qu'il n'ait eu le temps de dire au revoir, puisque tout est allé tellement vite ce soir-là.

Alors cette histoire, sans pour autant l'avoir vécue, donne l'impression qu'elle s'est déroulée hier. Elle est dure, car au moment de la corrida de Colmenar Viejo, la carrière de José Cubero était déjà florissante. Et puis, vingt-et-un ans... Putain, c'est jeune !
"Burlero" était le sixième toro de cette corrida. D'habitude, pendant la faena du sixième, tout le monde commence à remballer les affaires, prêt à partir. Le toro va être estoqué, puis va tomber, et les cuadrillas vont s'en aller. Yiyo estoque donc "Burlero" comme prévu, mais les choses ne se passent pas comme d'habitude. Les deux autres toreros et les cuadrillas vont rester-là un peu plus longtemps, inconsolables, à verser des larmes.

José Cubero "Yiyo" était né en 1964 à Bordeaux. Une part de France en lui qui le rapproche encore un peu plus de nous. Une vie éphémère pour une histoire éternelle.
Dans l'arène, carrière et vie se rejoignent, et elles peuvent s'arrêter en même temps, exactement au même moment.
Ce qui constitue un drame pour les aficionados sera toujours un simple fait divers pour les personnes extérieures, qui n'ont jamais été tentées par cette passion-là, celle de la tauromachie. Mais il faudra toujours tenter d'expliquer ces histoires-là, et les maintenir vives, parce que l'oubli est impossible.
A l'échelle du temps, trente ans après, pour les aficionados, cette histoire fait toujours quelque chose quand elle est évoquée. Elle donne en tout cas envie de défendre la tauromachie contre vents et marées, une passion et des souvenirs, car sa vérité n'a aucun aspect superficiel. L'histoire du Yiyo, elle, est authentique et éternelle.

Florent


(Image d'archives : José Cubero "Yiyo" au paseo des arènes d'Hagetmau, âgé de seize ans, le 4 août 1980)

jeudi 27 août 2015

Le Nord et les toros d'abord

Sur son sable gris plomb, Bilbao doit sa réputation au toro qu'elle a l'habitude de présenter. Sans refaire l'histoire de ces arènes, c'est bien sur cet élément-là que l'identité a été bâtie. Le toro de Bilbao et du Nord de l'Espagne.
Les arènes de Vista Alegre, 15.000 places, font tout de même partie des cinq ou six arènes les plus importantes d'Espagne, avec Madrid, Séville, Saragosse, Pamplona et Valencia. Mais les 15.000 sièges bleus semblent de plus en plus compliqués à remplir.

La présentation des toros y reste sérieuse, supérieure à plein d'autres arènes, et il n'y a pas de soucis à se faire en la matière. Mais à l'heure actuelle, hormis la couleur du sable, la pluie légère habituelle, et les banderilles en tissu qui possèdent même leur site internet, on a du mal à cerner l'identité de Bilbao. Tous ces éléments-là sont par ailleurs secondaires, situés loin de l'essentiel, et ils inquiètent. Pendant des années, avec sa rigueur au moment de concéder les trophées, le président Matías González a masqué les carences de sa plaza, et de son public facile.

Car Bilbao est une arène de troisième tiers, où chaque toro ira réglementairement deux fois (ni plus ni moins) à la pique, sans que l'on puisse réellement apprécier ce moment du combat. Tout est axé sur les faenas.
Cette année, si vous êtes à la recherche de nouveauté et d'originalité, ce n'est surtout pas à Bilbao qu'il faut se rendre. Sur le papier, c'est peut-être l'une des ferias les plus conformistes de l'année. Déjà au niveau ganadero pour commencer, et également en ce qui concerne les matadors, puisqu'à part Juan del Alamo ou José Garrido, on ne remarque que très peu de noms jeunes. Il est vrai que Bilbao a cette année fait l'effort de mettre une novillada pour un après-midi de début de feria, mais est-ce suffisant ? Aller à Bilbao cette année, c'est par exemple voir Morante de la Puebla face à des Juan Pedro Domecq, El Juli face à des Garcigrande, Talavante face à des Bañuelos. Des choses rares ! Elles sont probablement un argument marketing permettant de réaliser de bonnes entrées, mais elles ont du mal à attirer l'aficionado en quête de renouveau. Ces corridas-là donnent même à peine envie de les suivre sur écran pour se faire une idée...

De l'identité torista qui est pourtant la sienne, Bilbao a une fois de plus concentré cet aspect sur une seule corrida en 2015, en reprogrammant en clôture les toros de Victorino Martín. Pour une arène historiquement située dans le créneau des "toros-toros", cela fait bien peu, même si l'élevage d'Alcurrucén (lui aussi présent à l'affiche) peut toujours réserver des surprises.

On a au final l'impression que Bilbao reconduit les mêmes choix d'année en année, et qu'elle aura du mal à en sortir. Côté toros, le nom de Juan Luis Fraile avait été murmuré il y a deux ou trois ans, sans suite, alors que cet élevage a connu de grandes heures sur ce sable gris.
Que dire aussi des toros de Dolores Aguirre, curieusement absents en ces lieux, alors que la ganadera disparue en 2013 était originaire de la région. Mettre cet élevage en guise d'hommage n'a apparemment effleuré l'esprit de personne.

Bilbao semble se contenter de choisir ses toreros, et d'axer sa feria sur eux. Et les toros, seulement après...

Florent

mercredi 26 août 2015

Sous une bonne étoile

Week-end du 15 août, une multitude de corridas et de novilladas. Plus de toros, plus de cornes, et plus de blessures aussi, c'est dans la logique des choses. A ces dates-là, après avoir discuté de la course que l'on vient de voir, on prend toujours des nouvelles des autres arènes actives.
Dimanche 16 août, au chapitre des blessures, la plus grave est destinée à Saúl Jiménez Fortes. Une fois encore serait-on tenté de dire. Le coup de corne a eu lieu à Vitigudino, à 70 kilomètres de Salamanque. Une très grave blessure au cou pour Jiménez Fortes, comme le 14 mai à Madrid. Cela rappelle la saison 2001 de Juan José Padilla, qui à San Sebastián et à Pamplona, avait été touché deux fois au niveau du cou.

Une voltereta est une vilaine loterie, un mauvais jeu de hasard, qui peut potentiellement aboutir sur ce genre de coup de corne. Certains toreros sont passés dix fois tout près de cette cornada-là, l'ont frôlée, mais n'en ont jamais été affectés. Jiménez Fortes lui, l'a subie deux fois lors de cette même année 2015.
On peut bien sûr évoquer sa surexposition face aux toros, sa maladresse, mais aussi la malchance, même s'il a paradoxalement eu énormément de chance dans son malheur. Un coup de corne est quelque chose que nul ne peut prédire. Dix jours après, Saúl Jiménez Fortes est toujours là et son cœur bat encore. Il faut remercier aussi la médecine et son incroyable évolution.

Après ce dimanche 16 août, la carrière de Saúl Jiménez Fortes est encore plus associée à des graves coups de corne. Déjà, au mois de mai, on ne retenait presque que les terribles images de la blessure de Madrid... oubliant même qu'il avait obtenu une oreille à son premier toro, accueilli à genoux face au toril, et dédié au convalescent David Mora, comme un symbole, un an après la terrible corrida du 20 mai 2014, qui s'était arrêtée au deuxième toro.
Le 14 mai dernier, quand il a reçu cette première griffure au cou, Jiménez Fortes était à la moitié du chemin vers la grande porte. Malheureusement, la blessure a presque tout effacé, même le succès.
On lui reprochera de prendre trop de risques face aux toros. C'est possible. Mais il faut également considérer que ce torero-là est vraiment mal loti. Et puis, les graves coups de corne sont imprévisibles et peuvent toucher absolument n'importe quel torero. Lors de la seule saison 2009, alors qu'il était un des matadors les plus aguerris du circuit, El Fundi avait été gravement blessé à cinq reprises.

Ce qui a évolué aussi par rapport aux coups de corne, ce sont les images. Dès qu'un torero est sérieusement blessé, les photos ou les vidéos circulent très rapidement. Qui n'a jamais été consterné en lisant des paragraphes souhaitant la mort des toreros ? Et par ceux qui se réjouissent de façon obscène des coups de corne ?
Cela laisse à penser que l'aficionado lambda est quand même loin d'être la personne la plus malsaine dans une société. Si l'aficionado revoit ou découvre les images d'une cornada, cela aura toujours un aspect technique : savoir comment l'accident a eu lieu, quelles ont été les erreurs de l'homme, et quel était le danger du toro.
Tandis que d'autres s'en délectent, garnissent les moteurs de recherche avec des mots-clés glauques. Sur Google, si vous faites une recherche à propos de Julio Aparicio, Saúl Jiménez Fortes ou Juan José Padilla, les premières suggestions associées seront le terme "Mort". Comme s'il existait quelque chose d'excitant là-dedans...
Mais au fond, rien d'étonnant, quand on sait qu'une baleine sanguinolente sur une plage des Îles Féroé choque beaucoup plus l'opinion que le corps d'un migrant (qui avant d'être migrant était être humain) sur les rivages de la Méditerranée. Curieuse hiérarchie.
Souhaiter la mort d'un homme, et s'en réjouir, cela semble être une nouvelle mode. Et de la façon dont évoluent les choses, le chemin pour se débarrasser de cette mode paraît long.

Pour en revenir à Saúl Jiménez Fortes, dont la carrière est plus importante et intéressante que tous les voyeurismes morbides, je l'avais découvert en tant que novillero en 2010 à Villeneuve-de-Marsan (où il est revenu comme matador cette année). Il affichait déjà beaucoup de qualités. Un courage froid, du toreo de face, sans jamais tricher, et des estocades portées avec sincérité.
Saúl Jiménez Fortes est devenu matador à une époque où le plus adulé de tous, José Tomás, a basé une grande partie de sa carrière sur sa façon de s'exposer face aux toros. Étant ainsi le torero le plus réclamé par le public, il est compréhensible que d'autres aient voulu suivre cette voie.

Saúl Jiménez Fortes est un jeune torero extrêmement courageux, auquel il reste encore des étapes à franchir. Sa technique peut être remise en question, et c'est à lui et à son entourage d'en convenir. Sa carrière elle, ne peut en aucun cas être remise en cause. Ce jeune torero reviendra, et il faut souhaiter que la chance l'accompagne un peu plus encore. Car c'est le jour où il n'y aura plus de toreros de cette trempe qu'il faudra s'inquiéter...

Florent

(Image de Juan Pelegrín prise en 2014 à Madrid : Saúl Jiménez Fortes)

jeudi 20 août 2015

Tafalla, un siècle en arrière

Les toros de Moreno de Silva font toujours peur, c'est une certitude. Cet élevage, qui a changé de noms à plusieurs reprises au fil des décennies (Félix Moreno Ardanuy, Enriqueta de la Cova ou Charco Blanco) est associé à des moments douloureux de l'Histoire d'Espagne, au XXème siècle ; et plus récemment à des courses épiques.
Septembre 2008 à Madrid, les novillos de Moreno de Silva blessent sérieusement le français Camille Juan et le colombien Jonathan Moreno Muñoz. Ce jour-là, Valentín Mingo doit en estoquer cinq. Mêmes arènes, San Isidro 2010, deux fois des novilleros entendent les trois avis, dont Paco Chaves (devenu aujourd'hui banderillero), qui avait déclaré à l'issue de la course que "des ganaderías comme celle-là ne devraient pas exister". Paco Chaves avait reçu une volée de bois vert de la part de l'afición les jours suivants. Et entre ces deux courses madrilènes, en 2009 à Carcassonne, il y eut un novillo extraordinaire de Moreno de Silva, "Diano", numéro 5, que les cuadrillas voulaient à tout prix exécuter. Il prit en brave un total de dix piques appuyées, mais resta entier jusqu'à la fin et livra son dernier souffle au centre de l'arène. De quoi forger une légende..

La devise blanche et noire de Moreno de Silva alimente une vraie psychose. Chez les professionnels de la tauromachie, ce nom est moins connu mais il fait aussi peur que celui de Miura. Et ce n'est pas une exagération. Dimanche à Tafalla, la corrida (qui portait paradoxalement le M de Moreno de Silva, et la devise bleue et blanche de Saltillo, élevage récemment racheté) était superbement présentée, avec du trapío et sans excès de poids, malgré des ecchymoses dues aux divers débarquements, à des bagarres et à l'encierro matinal. Des toros différents en morphologies, certains avec le type Saltillo, alors que d'autres faisaient vraiment ressentir un apport Santa Coloma-Buendía. Au moral, des comportements variés, mais qui à coup sûr auraient été mieux mis en valeur dans une arène française.

Il y avait pile au même moment à Cenicientos (Madrid) une autre corrida de Moreno de Silva. A Tafalla, les toreros étaient comme paralysés, effrayés par ce nom et arpentant la piste avec des mines de condamnés. Il faut dire aussi que le public de ces arènes prend peu au sérieux la chose taurine, avec une corrida noyée dans l'aspect festif, là où l'alcool coule à flots sur les gradins. Il faut conjuguer aussi le fait que se jouer la vie à Tafalla, dans ces vieilles arènes coincées entre la gare et un hangar désaffecté, ne vaut peut-être pas le coup et n'aura pas de répercussions.

C'est une corrida sérieuse et dure. Une corrida de souffrances et de calvaires. Les tiers de piques (toutes montées à l'envers) font des dégâts abominables, on y détruit les toros. Le premier Moreno de Silva de l'après-midi, "Loquillito", aura montré beaucoup de caste face à l'extrême prudence d'Iván Vicente, et partira inédit.
Face au deuxième toro, "Lemanoso", lui aussi encasté, le picador ne semble absolument pas maîtriser la situation. "Lemanoso" lui, sait où il va. Il contourne le cheval, arrive du côté gauche, et plante sa corne pointue dans le carré non-protégé. On passera sur les détails, mais quand on sait qu'en rejoneo, un toro arrangé peut transpercer et tuer un cheval, on comprend immédiatement ce qu'il en est avec ce toro astifino de Moreno de Silva, et ce qui attend le cheval à l'extérieur de l'arène. Le cheval est sorti en toute urgence de la piste. Au dernier rang, les jeunes de Tafalla regardent la scène l'oeil amusé. Contraste, puisque pendant toute la course, une femme faisant partie de la cuadra de caballos fera des allers-retours dans le callejón, les yeux rougis et humides. Image troublante et terrible.

Paniqué par ce toro encasté, Damián Castaño est devenu aussi blanc que le costume de son frère la veille à Dax. Et il essaye de le liquider comme il peut sous la bronca. Ce sera encore pire au cinquième, le superbe "Ruidón", qui a mis 45 minutes avant d'entrer aux corrales le jour du desencajonamiento, et que l'on préféra ne pas faire courir pour l'encierro du matin. Un toro de type Saltillo, manso, très dangereux, qui coupe les terrains, met la panique et renverse la cavalerie. Une fois de plus, Damián Castaño se saisit directement de l'épée et reste dans le thème de l'émission, avec des entrées a matar moyen-âgeuses. Dix passages avec la lame et dix descabellos. Un vrai calvaire, le temps pour le public, qui regorge d'imagination, de chanter successivement "Dile que se vaya", "In-dul-to, In-dul-to", et de balancer des glaçons (dans le style gros orage de grêle) et des victuailles sur le torero. Un lynchage, obligeant Damián Castaño à être escorté par les forces de l'ordre à la sortie des arènes.

Le troisième torero à l'affiche était Javier Antón, un Navarrais. Cela a permis davantage de sympathie de la part du public. Saluons d'entrée de jeu Javier Antón, qui avec cette corrida de Moreno de Silva, toréait pour la première fois en costume de lumières depuis... son alternative de septembre 2013 ! Plus détendu qu'Iván Vicente et Damián Castaño, il montra à la fois de l'envie, de l'allure et très peu de métier face au lot le plus abordable. Tout d'abord face au troisième, fracassé à la pique et noble, puis avec le sixième, gris avec plein de tâches blanches, typé Hernández Pla, franc et noble, et qui s'avérera être un excellent toro dans la muleta.

De cette corrida d'une autre époque, les gestes les plus toreros reviendront à José Otero Beltrán (frère d'Angel), qui posera face au sixième toro deux grandes paires de banderilles, et sera invité à saluer. Mais que c'était dur...

Florent

mercredi 19 août 2015

Comme c'est beau un Pedraza...

Dans la vie, il y a ceux qui collectionnent les vieilles cartes postales, d'autres les timbres, et d'autres encore les disques vinyles. Il y a ceux qui aiment les randonnées en montagne, et ceux qui préfèrent les balades en solitaire en bord de mer. Mais il y a également ceux qui aiment et rêvent de toros avec un grand T, de tous les encastes, des plus braves, des plus puissants, et des plus précieux d'entre eux.

Cette passion-là exige de ne pas être trop matérialiste. Il faut juste vivre ces instants et tenter de les garder à l'esprit. La plus grande peur est que le souvenir s'échappe, car ni un cliché ni une vidéo ne pourront retranscrire avec exactitude ces choses aussi éphémères. Ces mouvements ou ces instants figés que la mémoire saisit pour ne plus les oublier, ils ont une valeur inestimable.
Samedi dernier, en entrant dans les arènes de Dax, c'est le souvenir de la corrida de Pedraza de Yeltes de 2014 qui jaillissait. Revenir en se disant que le grand soir, c'était celui de l'an dernier, et qu'il ne pourrait être égalé. Un souvenir ancré. Il fallait se jurer aussi, quoi qu'il arrive, de ne pas établir de comparaisons entre les millésimes 2014 et 2015.

Mais 2015 fut encore d'une intensité exceptionnelle, si bien que la corrida de l'an dernier n'était pas une histoire sans lendemain. Un lien entre une arène et une ganadería est devenu rare, alors on ne peut que se réjouir de celui qui existe (et on espère qu'il durera longtemps) entre Dax et Pedraza de Yeltes.
Samedi, les burladeros des arènes ont souffert, martyrisés par les cornes de ces sublimes toros. La cavalerie a bougé, on a compté vingt rencontres et trois chutes. Les picadors ont été mis à l'épreuve comme rarement mais ils ont été à la hauteur de l'évènement. Le plus impressionnant fut la première pique de Gabin Rehabi face à "Resistente", le deuxième Pedraza. Une pique en s'exposant, en prenant tous les risques, et réalisée dans les canons. Les picadors, eux, ont connu plus de succès que les toreros.

Mais la grande vedette de cette corrida, c'était le toro de Pedraza de Yeltes. Une présence merveilleuse, beaucoup de puissance, de la caste et de la bravoure comme de la dynamite. Il y a d'un côté les toros qui mettent la tête, en rechignant plus ou moins, et les Pedraza de Yeltes, qui la mettent également, mais en envoyant tout leur corps. Trois heures sans une seconde d'ennui, de quoi quitter les arènes à bout de souffle. Des charges vibrantes, un plein d'émotion, et le règne incontestable de ces six toros.
Un lot qui fera oublier la situation administrative du toro d'ouverture, annoncé en septembre 2011 et effectivement marqué du "2" au-dessus de la patte. Par ailleurs, il avait lui-même un excellent fond...
Deux tours de piste seront accordés lors de cette course. A "Burredor" le troisième, et à "Fantasioso", le sixième, un vrai missile, doté d'une caste débordante, et aimanté par le cheval dès son entrée en piste.

Face à cette corrida d'exception, le cartel des hommes était le bon, et il n'y avait aucune erreur de casting. Javier Castaño, Manuel Jesús Pérez Mota et Juan del Alamo. Ces trois-là sont parfaitement capables d'être à la hauteur de tels adversaires, du moins pour deux d'entre eux, puisque le premier cité n'est pas encore parvenu à se libérer de ses doutes. Jusqu'à quand ?
Et à savoir si les vedettes auraient fait quelque chose de grandiose ? La question et le débat n'ont pas lieu d'être, puisqu'elles ignorent l'existence même de cet élevage. Cela relève simplement du fantasme.

Samedi, pour rayonner face aux toros de Pedraza de Yeltes, il fallait être en grande forme, pour ne pas dire dans un état de grâce. Dans cette hypothèse-là, le torero qui aurait accompli cet exploit aurait dû être porté en triomphe jusqu'à l'hôtel.
En s'exposant dès le début du combat, avec des véroniques et des chicuelinas remarquables, Juan del Alamo était parti sur ces bases. De même quand il a commencé à citer "Burredor" de loin, et à réaliser de grandes séries. Malheureusement, del Alamo a ensuite abaissé son toreo et ses immenses capacités à des circulaires inversées. Sacrilège ! Ni "Burredor" ni "Fantasioso" ne méritaient de tels enchaînements. On en voudra un peu au torero, autant pour lui, que pour les toros, que pour nous.

C'est certainement une chose douloureuse, mais voir les toreros passer à côté de cette aussi grande corrida semblait inéluctable. Avec le contexte et cette puissance, c'était prévisible, et on ne leur en voudra pas.
En revanche, on quitta les arènes assez déçu du comportement des trois toreros et de leurs cuadrillas, puisqu'au sixième toro, ils laissèrent le picador Manuel Burgos coincé sous sa monture en étant trop attentistes. Si ne pas être à la hauteur d'un toro peut arriver au quotidien d'un torero, le lien de solidarité avec les autres hommes en piste ne doit jamais disparaître. Manuel Burgos devra son salut à Alain Bonijol et à son personnel, justement ovationnés à la fin de la corrida.

Si "Burredor" et "Fantasioso" ont été honorés d'un tour de piste, l'image la plus extraordinaire de l'après-midi aura été celle de "Bello", le quatrième Pedraza de Yeltes. L'an dernier déjà, il y avait eu un immense toro du même nom.

Samedi après-midi, la météo maussade des dernières heures avait décidé de laisser les arènes tranquilles. Dans ce cadre zébré, entre ombre et soleil, "Bello" est resté de longs instants au centre de l'arène, entre chaque pique, à toiser les gradins. C'était un toro imposant, avec une musculature et des cornes splendides. Un toro parfait. En plein centre de la piste, en silence, il n'y avait qu'à l'admirer, lui et ses frères... Capter ces moments-là, et se souvenir.

Florent

mardi 11 août 2015

L'alternative avant l'heure

Peu avant 13 heures, Guillermo Valencia discute, un grand sourire aux lèvres. Après ce que l'on vient de voir, cette scène-là est surréaliste, inexplicable. Le visage serein du novillero colombien laisserait deviner une matinée calme, sans trop d'embûches. A ce moment-là, il est pourtant lessivé, une épaule en vrac, et la tempe droite déglinguée.

Les responsables, des novillos de Los Maños d'une présentation incroyable. Si l'année 2015 est marquée pour le moment par la mauvaise présentation de beaucoup de lots, les exemplaires de Los Maños changent complètement le décor, puisque chacune de leur sortie est comme une grande claque dans la gueule. Ces masses grises, avec des tâches blanches, font penser à ces navires que l'on croise parfois en zone portuaire. Leur présence interpelle, et fait presque ressentir l'excès et la démesure. C'est une véritable corrida de toros.

Alors, quand Guillermo Valencia et Louis Husson s'avancent sur la grille de départ, on se demande ce qui est décent de leur demander. Faire au mieux, compte tenu de leur petite expérience, et se battre avec les armes qui sont les leurs. Deux corps d'adolescents face à des charpentes de toros adultes.
En plus de ce physique, les novillos de Los Maños sont solides, puissants et très encastés. La moindre erreur face à eux ne pardonne pas.

Louis Husson, qui est dans une période délicate, s'en sort très dignement, tout d'abord face à un premier manso con casta, et un second fuyard à la pique, mais très noble dans la muleta. Les novillos de Los Maños auront tous montré des signes de fuite, sans qu'ils soient pour autant des mansos avérés, le seul dans ce cas étant le deuxième, un vrai manso con casta.

De petite taille, Guillermo Valencia a accueilli à genoux "Jardinero", le premier novillo de la matinée. Un novillo brave et puissant en trois piques, diablement encasté. Face à lui, Valencia se croise déjà, avec beaucoup d'honnêteté, mais finit par récolter une rouste d'enfer, le novillo allant chercher au sol son corps et son visage. Une fois la secousse terminée, Guillermo Valencia récupérera de longs instants assis devant la barrière, groggy. Il reviendra courageusement porter une estocade entière lui valant une oreille.

Plus tard, le troisième titulaire de Los Maños se blessera à une patte, devant être remplacé. Débarque alors "Tostadino", un monstre, doté d'un berceau de cornes à ne plus en dormir la nuit. Avec lui, Guillermo Valencia va voir plus de bois qu'une semaine classique d'un torero vedette. A la première rencontre à la pique, "Tostadino" est tellement puissant qu'il fait vaciller le cheval d'un simple coup de tête, c'est dire sa force. A la seconde (sur trois au total), il malmènera l'équipage sur une vingtaine de mètres.
C'est un novillo tardo, mais qui possède un fond de noblesse, avec de vraies charges vibrantes quand il se met à démarrer. Il reste tout de même exigeant et laisse planer la menace.
Quand le petit Guillermo Valencia se croise, à chaque passe, il disparaît derrière "Tostadino", sa masse gigantesque et ses cornes terrifiantes. Valencia est héroïque, il part à la conquête de chaque muletazo, offre son corps à la science, et fait une fois de plus partie de ceux qui s'en foutent de la cornada. A gauche, il atteindra des sommets sur des naturelles de face, alors que les cornes naviguent à chaque fois tout près de ses jambes. Ces naturelles-là sont fantastiques, puisque le novillero, tellement sincère, parvient à toréer relâché.

En fin de parcours, "Tostadino" attrape Guillermo Valencia et le fait voler de façon vertigineuse. Le dernier défi : une estocade engagée, au bon endroit, la corne embrassant une nouvelle fois la jambe du jeune homme. Deux oreilles, quel bonheur !

Cette course-là, aussi impressionnante, et avec le moral qui allait de pair, équivalait bien à une alternative sur un C.V.
La sortie en triomphe et les trois oreilles obtenues par Guillermo Valencia n'avaient rien d'ordinaire, car elles constituaient un succès plus que retentissant. Ce triomphe-là, magnifique, s'il n'a pas de répercussions, aura de quoi dégoûter et ne plus donner envie d'aller aux arènes.


Florent

jeudi 6 août 2015

Coquilles

Beaucoup de toreros considèrent que leurs meilleurs souvenirs ont eu pour cadre des petites arènes, isolées, où l'on ne célèbre en général qu'une course par an. C'est cette discussion que nous avions il y a deux ans avec Marc Lavie, dans la voiture, peu de temps avant d'arriver à Villeneuve-de-Marsan. Hormis ces ressentis, il faut remarquer que dans l'histoire de la tauromachie, ce sont également des arènes improbables qui sont le plus souvent marquées par des très graves coups de cornes, des drames et des tragédies. Ce jour-là à Villeneuve-de-Marsan, trente minutes plus tard, face à un modeste toro de Domínguez Camacho, Víctor Mendes, qui a sa carrière loin derrière lui, se retrouvait coincé dangereusement près des planches au moment des banderilles. L'impression d'avoir attiré le mauvais œil. Mais au final, le portugais s'en releva sans dégâts corporels.

Villeneuve, c'est une arène centenaire qui possède une jolie histoire. Pendant de longues saisons, en tout début d'année, il y avait un festival avec des noms illustres du toreo. Sont passés par là, en traje corto, pour ne citer qu'eux, Antoñete, Curro Romero et Rafael de Paula. Les seules photographies de leur présence dans cette arène de course landaise sont savoureuses. On y voit beaucoup de torería, une chose quasiment impossible à définir, et qui tendrait à disparaître. Villeneuve-de-Marsan, c'est aussi l'arène où Jean-Pierre Darracq "El Tío Pepe" a vu sa dernière course.

Villeneuve, ce mardi, accueillait une corrida de Camino de Santiago, propriété de Jean-Louis Darré. Le paseo est à dix-neuf heures, et le ciel totalement voilé inquiète. Mais il n'explosera pas, contrairement à la veille à Hagetmau.
C'est le second lot de Camino de Santiago cette saison, puisque la tête de camada est prévue pour la fin du mois d'août à Mimizan. A Villeneuve, cela ressemble à un pétard ganadero, certains toros paraissent trop lourds par rapport à leurs squelettes, le lot est peu piqué, il manque de force et de caste. C'est l'histoire de toutes les jeunes ganaderías (celle de Camino de Santiago a une quinzaine d'années à peine), qui un jour ont connu des déconvenues de ce genre.
On repense aussi à la toute première corrida de Jean-Louis Darré, avec des toros adultes, en 2008 à Vic-Fezensac, et le fer de l'Astarac (origine Guardiola). La corrida avait été forte, largement armée, mansa, dure, dangereuse et intéressante. Elle avait surtout permis à Alberto Aguilar, excellent ce soir-là, de sortir de l'anonymat après des années de vache maigre.

A Villeneuve, le ciel inquiète, et dès le paseo, on entend les toros taper comme des fous contre les portes du camion dans lequel ils attendent. Eux qui n'avaient jusque là vu que leur Gers natal. Ils sortiront quasiment tous en piste avec des armures délabrées, et y auront certainement laissé aussi beaucoup de motricité.
Cette corrida aura davantage été marquée par des incidents (au sens large du terme) que par son véritable contenu.

Sans que ce soit annoncé sur une pancarte, le premier toro de l'après-midi porte le fer de l'Astarac. Il s'appelle "Bandolero", exactement comme le novillo de 2014 à Saint-Perdon, qui avait été puissant, encasté et passionnant. Mais le "Bandolero" de Villeneuve n'a rien à voir. Il est probablement issu d'un croisement, puisque l'on ne retrouve pas son pelage burraco chez les toros d'origine Pedrajas, qui sont d'habitude entièrement noirs comme le charbon. Ce "Bandolero" là s'éteint très vite dans le combat et ne fascine guère.
Les cinq toros suivants sont en revanche de Camino de Santiago. Il y a face à eux César Jiménez, 31 ans, apoderado, empresario, et qui figure déjà comme un vétéran. Il torée sans trop s'y mettre, et obtient une oreille de sympathie au quatrième. Ce toro-là avait soulevé les planches pendant la lidia, semant la panique chez les personnes non-abritées du callejón, qui soit n'avaient pas connaissance de l'accident de Bayonne 48 heures plus tôt, ou alors l'avaient déjà oublié.
Dans son arène, Thomas Dufau a connu beaucoup de frayeurs face à son premier adversaire, qui entra en piste avec la corne gauche détruite, tandis que ses congénères tentaient encore de forcer les portes du camion. Ce deuxième, faible et dangereux, souleva au total quatre fois Thomas Dufau. Le torero connaîtra un combat plus paisible avec le cinquième.
Et puis, il y avait aussi Saúl Jiménez Fortes, dont on ignore encore pourquoi il voulut poser les banderilles face au troisième toro. Visiblement inexpérimenté en la matière, il se fera prendre dès la première tentative, la corne frôlant dangereusement son visage, et son cou déjà touché récemment. Autre miracle. Le courage de Jiménez Fortes devrait lui permettre à l'avenir de faire de grandes choses. Mais il faut à tout prix qu'il se débarrasse de son extrême maladresse et qu'il parvienne à se relâcher.


Les notes les plus curieuses et pathétiques de l'après-midi auront lieu hors de la piste. On découvre que chaque camionnette emportant la dépouille des toros est escortée par deux gendarmes à moto. Et puis, pendant la lidia du deuxième, tandis que la tension montait en piste et que Thomas Dufau voyageait sur les cornes de son adversaire, quatre gendarmes firent irruption sur les gradins, sans gêne, la mine grave et le regard noir. Ils se dirigèrent vers une spectatrice assise au dernier rang, afin de relever son identité et peut-être même de l'interpeller. Après palabres, on apprendra que la spectatrice en question avait eu comme tort... d'avoir jeté son chewing-gum hors des arènes. Peut-on continuer à aller voir des courses dans ces conditions ? Ou alors, prendre la chose avec ironie et légèreté. Il valait mieux en rire...

Florent

lundi 3 août 2015

Multiplex et bruits de couloirs

Quand sortirent tour à tour les novillos de José Escolar Gil hier à Hagetmau, l'ennui s'amplifiait. Typés Buendía, fades, sosos, vides... et dotés pour la majorité de cornes délabrées. Le meilleur du lot fut le quatrième, noble, mais il n'était même pas regardable à cause de ses armures.
Dans ce désert, on se serait presque pris à rêver d'un écran de contrôle, en ayant un œil ici et là sur les courses qui se déroulaient ailleurs au même moment. C'est le charme du mois d'août, celui où il faut faire des choix. Mais l'écran de contrôle avec images en direct de chaque course n'existe pas et n'est que pure fantaisie. D'ailleurs, il aurait dû mal à retranscrire l'émotion et les sensations vécues dans une arène.

A Azpeitia, il y avait des toros de Pedraza de Yeltes, dont la présence monumentale et la régularité donnent envie de les suivre et d'aller les voir. Dans les montagnes vertes du Nord de l'Espagne, à Tudanca, en Cantabrie, il y avait une course dont seuls le paysage et le climat de la région vaudraient le détour. Et à Bayonne, une corrida pour la clôture des fêtes de la ville, avec des toros de Montalvo, et un sobrero de Pedrés, dont il existe une image compromettante, incongrue, et qui était arrivée par hasard et comme un cheveu sur la soupe sur internet plus tôt dans l'année. Mais n'étant pas à Bayonne hier, ni même à Azpeitia ou à Tudanca, il m'est impossible d'évoquer le contenu de ces courses.

De Bayonne, on apprendra dans la soirée qu'un toro de Montalvo a sauté dans le callejón, blessant deux personnes. Une chose qui figure au premier plan des accidents évitables dans une arène. Surtout à Bayonne, où les abris à l'intérieur du callejón, en béton, en font la contre-piste la plus sécurisée de France. Mais les accidents surviennent toujours au moment où on ne les attend pas.
Autre chose surprenante, parmi les deux personnes blessées et dont on espère qu'elles se rétabliront rapidement, l'une des deux était atteinte de difficultés dans ses déplacements.

Cela rappelle une fois de plus qu'en callejón (qui paraît-il était moins rempli que d'habitude hier à Bayonne), c'est l'attention et la vigilance qui doivent régner en premier lieu. Ne pas perdre la piste et le toro des yeux y est une règle d'or, comme celle de se mettre aux abris à l'entrée d'un toro sur le sable.

Il y a six ans, le 23 août 2009, à Carcassonne, l'image de la blessure de l'alguazil Christian Baile, dans le callejón de la portative, avait été effrayante. Sous nos yeux, à trois mètres cinquante de distance, le novillo de Miura avait sauté deux fois, ne ratant jamais sa cible. Un bruit terrible dans un couloir de fer, et deux séquences tellement brutales qu'elles ne semblaient même plus appartenir au monde réel. L'angoisse concernant l'état de santé de Christian Baile avait été forte les semaines suivant la novillada. Mon pire souvenir en vingt ans passés aux arènes. Je m'étais dit alors que plus jamais des accidents similaires ne pourraient arriver...  

Florent