mardi 27 décembre 2016

Just(o) do it

C'est enfoncer une porte ouverte d'affirmer que la tauromachie repose sur un système injuste. Cela vaut autant pour les élevages que pour les toreros. Il y a ceux qui sont programmés du début à la fin de la saison, et puis il y a les autres, qui doivent se contenter des miettes.
Si elle était un sport, la tauromachie serait la seule discipline où une éclatante victoire ne vaut pas automatiquement qualification pour le tour suivant de la compétition.
Ressassez les noms de toreros qui ont connu le succès, auraient mérité d'être revus, mais sont tombés aux oubliettes, malgré leur potentiel et leurs qualités. Il en existe pas mal. Emilio de Justo devrait être un de ceux-là.
On dit parfois que l'on n'a "jamais aussi bien toréé qu'à l'heure actuelle". Une affirmation absurde, tout d'abord parce qu'elle n'est pas vérifiée, et puis parce qu'il est inutile de comparer les époques, les toros, les toreros et les publics. Ce dicton aurait même tendance à maintenir l'hégémonie de ceux qui se partagent la plus grande part du gâteau. Et pourtant, ce n'est pas injurier ces vedettes que de dire qu'il arrive de voir toréer mieux qu'elles. Magie de la tauromachie, de l'incertitude, et de la motivation de toreros prêts à tout pour aller au bout de leur rêve.
Ces derniers sont essentiels pour le renouvellement dans la corrida, pour son maintien et son avenir.
Sur l'affiche d'Orthez au mois de juillet, assez déloyalement concurrencée par une autre corrida de registre torista le même jour à Mont-de-Marsan, c'est le nom d'Emilio de Justo qui apparaissait en troisième pour affronter les toros d'Hoyo de la Gitana.
Et déjà, quelques semaines avant cette corrida, on pouvait noter la confusion dans certains esprits. Pas mal avaient un sentiment de déjà vu, avec en tête le nom de "Justo". Mais ce n'était pas le même ! Le grand, il s'agit d'Alvaro Justo, né en 84, torero de la région de Madrid, et qui avait été plus qu'un espoir dans les années 2000. Leader du classement en 2004, avec en prime une sortie en triomphe à Madrid. Malheureusement, au fil des années, et après avoir pris l'alternative, Alvaro Justo a disparu de la circulation.
Pour Emilio de Justo, qui n'a pas de lien de parenté avec le précédent, né en 83 en Extrémadure, c'est un peu (voire beaucoup) le chemin inverse. Emilio de Justo n'a toréé qu'une seule fois en France en novillada, c'était en 2006 à Garlin. Alternative en 2007 chez lui à Cáceres, confirmation à Madrid en 2008 avec honneur face aux Juan Luis Fraile, et une oreille à Madrid en 2009 ! Mais en 2010, en pleine San Isidro, Emilio de Justo affronte une corrida de Los Bayones, se plante, et entend les trois avis ! Les arènes étaient pleines ce jour-là. Et c'est le purgatoire qui suivit, l'obligeant à toréer uniquement en Extrémadure les saisons d'après, sauf une année où il alla au Pérou.
Il est difficile pour un torero de rebondir après un tel coup du sort. Pourtant, Emilio de Justo a ensuite retrouvé le succès dans de petites arènes. Et en 2015, il a même toréé un seul contre six à Hervás, dans la région de Cáceres, face à des toros d'origines différentes. Un grand triomphe, mais qui ne lui laissera incompréhensiblement aucun contrat pour la saison suivante en Espagne.
Alors quand il torée en juillet 2016 à Orthez, c'est sa toute première corrida de l'année. Les présents racontent que la corrida d'Hoyo de la Gitana, ce n'est pas de la tarte, mais qu'Emilio de Justo se débrouille et s'accroche pour glaner deux oreilles et une sortie en triomphe, la première pour un matador depuis 2008 à Orthez.
Un triomphe qui n'est pas sans lendemain pour Emilio de Justo, puisqu'il se retrouve à l'affiche de la corrida de Victorino Martín début octobre à Mont-de-Marsan. La chance semble être revenue par rapport aux dernières saisons. Le toro du succès s'appelle "Vencedor" de Victorino Martín. Emilio de Justo est en pleine confiance, tandis que c'est seulement sa deuxième corrida de la saison. On le voit dès les passes de cape et les mises en suerte appliquées. Cela se confirmera à la muleta, avec classicisme, authenticité, courage et pureté. Deux oreilles après une faena brève et intense. Peut-être pas jusqu'à une ressemblance, mais il y a au moins des airs de José Miguel Arroyo "Joselito" chez cet Emilio de Justo. Des airs rassurants, ceux de la maîtrise, sans aucune précipitation.
L'hiver dernier, nul n'aurait pu prédire qu'Emilio de Justo allait recevoir en fin de saison des distinctions le considérant comme triomphateur. Nul n'aurait même parié le voir annoncé sur une affiche. Et pourtant, grâce à deux corridas, Emilio de Justo a de quoi regarder l'avenir avec davantage de sérénité, loin des périodes de vaches maigres. Il sera particulièrement attendu en 2017, à l'égard des prix décernés, mais aura certainement à coeur d'aller plus loin et de ne pas en rester sur ces deux succès...

Florent

(Image de Laurent Bernède : Emilio de Justo le 1er octobre à Mont-de-Marsan)

vendredi 23 décembre 2016

Samedi 9 (Rétro 2016)

C'était son dernier brindis. Un brindis au public, celui des arènes de Teruel. Le dernier brindis n'est pas qu'une simple hypothèse, cela peut aussi être un fait réel. Il montre en tout cas que le métier de torero ne ressemble à aucun autre au monde. Le brindis, dédier le combat d'un toro, c'est un élément solennel de la corrida parmi tant d'autres. La gravité qu'il peut revêtir rappelle que l'espérance de vie reste précaire dans une arène, et que tout peut basculer.
Ce samedi 9 juillet 2016, pour le torero Víctor Barrio, tout a basculé. Et il y a des dates comme ça pour lesquelles on est voué pour toujours à se souvenir. Dans la vie d'un aficionado, la mort brutale d'un torero, quel qu'il soit, est toujours marquante.
Un événement dramatique, qui nous fait même nous rappeler ce que l'on faisait à ce moment-là.
Samedi 9 juillet. Dans d'autres circonstances et contextes, la saison comporte déjà deux toreros disparus après avoir été blessés dans l'arène : Rodolfo Rodríguez "El Pana" le mexicain, et Renatto Motta le jeune novillero péruvien.
Le samedi 9, c'est encore calme au niveau tauromachique dans les arènes d'Europe, la grosse vague de courses n'arrivant qu'à partir de fin juillet et début août. On pourrait être à Céret ce samedi 9, puisque c'est le week-end traditionnel de la feria. Mais cette année, les organisateurs l'ont décalée au week-end du 16 et du 17. Comme raisons qui ont été évoquées les mois précédant Céret de Toros, il y avait la possibilité de téléviser la feria grâce à cette nouvelle date, qui ne coïncidait pas avec Pamplona. La feria de Céret des 16 et 17 juillet ne fut pas télévisée. Et il n'y eut donc pas de course le 9 dans cette arène.
Je me souviens que ce samedi 9, j'étais du côté de Marseille, une ville que je connais très peu. C'était une superbe journée estivale. Au loin, j'ai aperçu une pancarte indiquant le Parc Borély, ce qui tauromachiquement parlant n'est pas anodin, même s'il ne reste aujourd'hui aucune trace et bien peu de témoignages des vestiges taurins. C'est dans ce Parc que se tenait l'une des dernières plazas de toros de Marseille, dans les années 50. Y ont notamment toréé en l'espace de quelques années Julio Aparicio père, Chicuelo II, Manolo Vázquez, Antoñete, Diego Puerta, Antonio Ordóñez, Pepe Cáceres, Luis Miguel Dominguín... ce qui n'est pas rien ! Et des toros aussi, qui y ont été combattus, des Yonnet, des Dionisio Rodríguez, des Rocío de la Cámara, et des portugais, des Oliveira Irmãos, des Duarte de Atalaya, des Infante da Cámara, etc. Cela fait toujours quelque chose d'imaginer ce que pouvaient être les après-midis de toros dans une grande ville, là où tout le monde ou presque ignore désormais cette histoire. Imaginer, et s'imaginer, l'époque, les arènes, le décor, la vie d'une ville taurine un jour de corrida. Et il y a bien sûr un décalage, comme s'il était dorénavant impossible de recréer pareille atmosphère alors que tout s'est évaporé depuis des décennies.
On entend souvent parler de Marseille dans l'actualité, mais rarement pour des choses positives. Je suppose pourtant que cette ville ne se résume pas à la criminalité, aux trafics et à l'insécurité.
Il y a des bouchons ce soir-là à Marseille, et la nuit n'est pas encore tombée. Le temps de consulter les infos relatives aux quelques corridas de ce samedi. Pamplona, Éauze, Teruel, entre autres.
Le début de l'été est déjà marqué par de graves blessures. La pire, c'est celle subie par Manuel Escribano le 25 juin à Alicante. Un type de blessure qui a davantage tendance à se produire en fin de saison, comme au mois de septembre. Un peu avant 8 heures du soir, j'aperçois des photos et des nouvelles assez préoccupantes de Thomas Dufau, blessé à la cuisse par un toro de Bañuelos à Éauze. Sur l'image, le coup de corne a l'air impressionnant. Il sera heureusement assez superficiel et sans conséquences. Cela doit être à peu près à ce moment-là que Víctor Barrio s'avance sur le sable de Teruel pour dédier au public le toro "Lorenzo" de Los Maños. C'est un défi ganadero avec trois Ana Romero et trois Los Maños pour Curro Díaz, Morenito de Aranda et Víctor Barrio, qui après avoir beaucoup toréé en tant que novillero, tente de se faire une place parmi l'escalafón des matadors.
Le coup de corne de Dufau est inquiétant, et quelques minutes plus tard, on apprend que Víctor Barrio a lui aussi été touché. Les réseaux sociaux (notamment Twitter) sont impressionnants dans la variété de l'information et dans la façon dont cette dernière évolue. D'après les premières nouvelles, c'est sérieux, et le torero est inconscient au sol. La corrida est diffusée à la télé sur deux chaînes régionales. De courtes séquences vidéos apparaissent ensuite sur les réseaux sociaux. On voit la corne entrer au travers du gilet, sous l'aisselle, côté droit du corps, ce qui peut naïvement sembler rassurant.
Les nouvelles suivantes le sont aussi, puisque l'on apprend que Víctor Barrio est en train d'être opéré à l'infirmerie. Cela aide à rester optimiste, cela exprime quelque part que le matador est toujours en vie et que la médecine de toute façon n'a jamais été aussi performante. Et puis, les accrochages plus ou moins spectaculaires sont légions en tauromachie, et on s'accommode quand même ces dernières années de l'immense baraka à laquelle on peut assister (Julio Aparicio, Padilla, Jiménez Fortes...). Quasiment pas de drames à déplorer sur le sable des arènes malgré de gros coups de cornes et vols planés.
Enfin, ce sont des infos moins heureuses qui viennent noircir le tableau. Sur Twitter, un aficionado présent aux arènes écrit "eso tiene mala pinta", ce qui veut dire que les nouvelles ne sont pas rassurantes, et il décrit des toreros et des banderilleros avec les larmes aux yeux près de l'infirmerie. Mais l'on n'en sait guère plus, on n'ose même pas imaginer un seul instant une issue tragique, et puis personne n'a déclaré quoi que ce soit puisque Víctor Barrio est certainement en train d'être opéré, ou alors il est en train d'être transféré vers un hôpital.
C'est à 20 heures 25 qu'apparaît la nouvelle "Fallece Víctor Barrio". Impensable et extrêmement dur à réaliser, car avec les moyens médicaux d'aujourd'hui, on n'imagine pas, par naïveté là encore, un torero laisser sa vie dans une arène au XXIème siècle. C'est sans compter sur les coups de corne mortels. Irrémédiables.
Il y a de quoi être incrédule, on ressasse quelque part dans la tête les images issues de magnétoscopes que l'on a pu voir de plusieurs blessures fatidiques : celle de Paquirri, celle du Yiyo (avec un coup de corne similaire à celui de Víctor Barrio), celles des banderilleros Manolo Montoliú et Ramón Soto Vargas. Elles ont l'air d'appartenir à un passé révolu et lointain.
La société et les moyens techniques ont changé, mais les toros tuent encore. Víctor Barrio était jeune, il avait 29 ans, et "Lorenzo" de Los Maños avait tout d'un toro de triomphe. Quand on voit les images du combat, on remarque un toro venant avec caste et moteur, sans être fourbe, sans être difficile, sans donner d'avertissement, et pouvant ainsi permettre le succès. Mais la malchance en a fait tout autrement. Un jour triste pour la tauromachie. Et la disparition d'un torero, quel qu'il soit, fera toujours cet effet-là.
Il y a chaque jour dans le monde des nouvelles tristes et malheureuses. Pour l'aficionado, la mort d'un torero dans l'exercice de sa profession est forcément marquante. Les commentaires et le flot de haine qui ont pu suivre la mort de Víctor Barrio sont purement indignes, répugnants, dégueulasses et inhumains. Tout cela dans une société où l'on a parfois tendance à oublier l'importance de l'humain, qui est et devra toujours figurer au tout premier plan. Ce samedi 9 juillet un homme est mort, c'était un torero. Mais c'était un homme avant tout.

Florent

mercredi 21 décembre 2016

La croix des Granier

Étonnante information parue ce mardi soir sur la page "Tauromaquia para el recuerdo". Les Granier, Joël et Gérard, ont décidé de mettre en vente leurs 48 vaches et leurs deux toros reproducteurs, pour se consacrer désormais à leur autre élevage, pas brave celui-là, mais estampillé viande bio depuis des années.
Et c'est bien dommage, à plusieurs titres. Tout d'abord parce que le fer de La Cruz, basé au Mas de Farinon, le long de la Nationale 113 après Saint-Martin-de-Crau, est l'un des seuls représentants de l'encaste Santa Coloma en France.

Cette annonce symbolise la fin d'une aventure. Et pourtant, il y avait récemment encore eu des choses prometteuses. A Vic-Fezensac, en septembre 2015, une novillada de Granier pour Manolo Vanegas, Guillermo Valencia et Joaquín Galdós. Six novillos gris, très beaux de présentation, solides, qui allèrent 22 fois au cheval sans jamais fléchir et vendirent chèrement leur peau... A l'image, Aladero, le cinquième, brave, qui avait pris quatre piques et fut honoré d'un tour de piste.

Florent  

lundi 12 décembre 2016

Miurada céretane ?

Le sujet est récurrent ces dernières semaines sur la toile. C'est ce qu'a affirmé par ailleurs le ganadero Antonio Miura auprès du média Mundotoro il y a quelques jours.
Pour les trente ans de l'ADAC, du 14 au 16 juillet 2017, l'une des trois corridas porterait le mythique fer de Miura.
Pour le moment, les organisateurs n'ont rien annoncé d'officiel, et il existe des précédents en matière de démentis pour des ganaderías dont on avait dit qu'elles seraient certainement sur une affiche.
Néanmoins, la piste Miura pour Céret de Toros semble sérieuse et crédible.
Et si c'était le cas, ce serait seulement la deuxième fois. La dernière, en 2001, devant des arènes combles, avec six toros de Miura pour Luis Francisco Esplá, Antonio Pérez "El Renco" (que l'on voit sur cette photo d'Yvon Parès) et le tout jeune Fernando Robleño.
Si l'on pourra toujours affirmer que les Miura ne constituent pas une nouveauté pour les aficionados, cela aurait quand même de la gueule de voir le "A" dessiné en plein centre de la piste de Céret...

Florent

jeudi 8 décembre 2016

Les vingt ans d'alternative de Rafaelillo (Rétro 2016)

En 2016, Rafael Rubio "Rafaelillo" a fêté ses vingt ans d'alternative. Pourtant, il n'a même pas été convié à la feria de sa ville, Murcie, où avait eu lieu la cérémonie en 1996.
Rafaelillo est un torero à la carrière atypique. Il a commencé très jeune, figurant même parmi les novilleros les plus en vue au milieu des années 90.
Puis l'oubli et les années de galère. C'est Robert Piles qui l'aida à se relancer bien des saisons après.
Rafaelillo est aujourd'hui le spécialiste des toros de Miura, le torero qui parvient le mieux à les comprendre et à déjouer leurs difficultés. Son plus grand succès de l'année 2016 a justement eu lieu à Béziers face aux toros marqués du "A".
Comme tous les autres toreros, il possède ses fidèles et ses détracteurs. Mais il faut reconnaître sa trajectoire plus que digne après vingt ans d'alternative.
À l'image (un cliché de François Bruschet), on le voit à Arles, devant un toro de Miura, lors de la pluvieuse feria de Pâques 2010. Et une naturelle de face, la main basse, d'enfer ! On évoque parfois son côté électrique, son toreo en mouvements, mais Rafaelillo est aussi capable de se poser et de toréer relâché.

2010 fut même, avec 2015, l'une de ses meilleures saisons. Il y a six ans, il était à deux doigts d'ouvrir la grande porte à Madrid face à une corrida de Dolores Aguirre, et en 2015, ce fut face à une corrida de Miura. Pour ces deux corridas, c'est l'épée qui le priva d'un succès considérable. Mais peut-être qu'à l'avenir, cette possibilité de triomphe viendra se présenter de nouveau...

Florent

dimanche 4 décembre 2016

Toro de cinco, torero de veinticinco

Un adage connu en tauromachie : le toro de cinq ans, et le torero de vingt-cinq ans. Sur ce superbe cliché de Chapresto, on voit Enrique Ponce, celui des années 90, torero de vingt-cinq ans à ce moment-là et correspondant ainsi à la formule.
Deux décennies plus tard, Enrique Ponce réalise toujours des saisons complètes. C'est même colossal de parvenir, après un quart de siècle d'alternative, à tenir toute une année (corridas sur le continent Américain comprises), sans montrer signes de fatigue ou de lassitude.
Enrique Ponce, pourtant, a récemment déclaré qu'il ne serait pas contre certaines fantaisies, sans pour autant modifier l'essentiel de la corrida. En quelque sorte, il aimerait bien, plusieurs fois par an, connaître des sorties version spectacle sons et lumières, comme à Istres en juin 2016.
Il profite aussi d'une critique qui ne lui a jamais été autant favorable. Enrique Ponce a toujours eu des partisans et des détracteurs, mais c'est une forme d'unanimité qui se rapproche ineroxablement d'année en année. Du style "pas touche à Ponce". Quasiment toutes les faenas semblent faciles pour le torero de Chiva, qui n'a guère besoin de se forcer pour dominer la situation. Il faut dire aussi que les toros qu'il a tendance à affronter ces dernières saisons ne sont pas les plus coriaces qui existent. Pourtant, quand ceux-là sortent, tel le dur toro de Puerto de San Lorenzo que Ponce eut à estoquer en 2010 à Bilbao, parce qu'il avait blessé Iván Fandiño et son banderillero, le torero avait assuré avec grande technique.
C'est cette technique, ce temple et ce calme qui permettent à Enrique Ponce de mener une telle carrière, et de paraître souvent en démonstration. En revanche, il arrive parfois d'entendre – propos rares mais avérés ! – que Ponce n'est regardable que depuis deux ou trois ans, tandis qu'auparavant il semait l'ennui.

Mémoire courte. Si l'on se replonge dans les archives des années 90, Enrique Ponce était déjà considéré comme une figure. Celui qui alternait dans une période incroyable, et fournie en toreros vedettes, partageant l'affiche avec Manzanares père, César Rincón, Joselito, José Tomás, entre autres. Une époque de véritable rivalité dans l'arène, chose qui a tendance à disparaître aujourd'hui, et où les toreros se mesuraient dès le tiers de piques avec des duels aux quites.

Dire qu'Enrique Ponce est en 2016 au meilleur moment de sa carrière est un postulat contestable. Cela voudrait dire que toutes les années précédentes auraient moins de valeur. Mais Enrique Ponce était déjà au plus haut niveau dans les années 90. Torero de vingt-cinq ans, en pleine forme, à l'apogée de sa carrière... même si celle-ci durera considérablement.

Enrique Ponce a débuté très jeune en novillada piquée, à l'âge de 16 ans à peine. Prétendre qu'il faut un autre Ponce à l'heure actuelle est impossible, car toutes les carrières sont différentes. Cependant, avoir un équivalent de maîtrise technique et de calme face aux toros paraît difficile. Pas seulement parce que l'avenir de la corrida est menacé par de potentielles lois, mais parce qu'il y a beaucoup moins de novilladas qu'à l'époque de la génération de Ponce, et généralement peu d'opportunités pour les novilleros. Dans ce contexte, voir un torero éclore et pouvoir envisager une telle carrière semble pratiquement impossible. En grande partie responsables sont ceux qui auront laissé à l'abandon les novilladas...

Florent  

samedi 3 décembre 2016

Tradition Vicoise (Rétro 2016)

Avec les mois d'automne arrivent les distinctions concernant la saison écoulée. Cette année, de nombreuses novilladas auraient pu être primées compte tenu des beaux et intéressants lots vus dans les arènes françaises. Même si les prix resteront toujours quelque chose de symbolique, une novillada semble avoir fait l'unanimité en 2016. Celle de Dolores Aguirre du 18 septembre à Vic-Fezensac. Elle a remporté le prix des critiques taurins du Sud-Ouest, le prix des clubs taurins Paul Ricard section Sud-Ouest, ainsi que le prix de l'association des Amis de Jean-Louis Fourquet.

Au-delà, des palmarès, on doit remarquer que l'exemple de Vic-Fezensac est précurseur pour toutes les arènes désirant se baser sur le toro en tant qu'élément essentiel de la corrida.
Vic a connu des bonnes et des mauvaises courses ces dernières années. Mais on constate aussi que sur ces cinq dernières saisons, les aficionados y ont eu la chance de voir au moins une fois par an quelque chose sortant de l'ordinaire, et conforme à l'histoire de la corrida à Vic :
. En 2012, le combat d'Antonio Barrera face au gigantesque "Panero" d'Esteban Isidro.
. En 2013, la novillada de Valdellán au mois d'août.
. En 2014, la corrida de Dolores Aguirre de clôture de la feria de Pentecôte, et la rencontre entre Alberto Lamelas et "Cantinillo".
. En 2015, le bravissime "Cubano" de Valdellán, combattu par César Valencia
. En 2016, le toro "Salta Cancelas" de Los Maños, et sa lidia, avec le picador Gabin Rehabi et le matador Javier Cortés. Et toujours en 2016, au mois de septembre, ce grand lot de novillos de Dolores Aguirre...

Florent  

mardi 29 novembre 2016

Toros en Boujan (Rétro 2016)

Il est assez fascinant de constater qu'en France, chaque ville où l'on célèbre des corridas et des novilladas possède une histoire taurine différente. Depuis trois ans, on entend fréquemment parler de Boujan-sur-Libron, petite commune faisant partie de l'agglomération biterroise, car elle organise pas moins de trois ferias par an ! Une en juin (qui passera en 2017 au mois de juillet), une en août, et une en septembre.
Pourtant, la tradition taurine de Boujan-sur-Libron, qui paraît récente à première vue, aurait très bien pu prendre fin il y a dix ans.

Pendant des années, ce sont des novilladas sans picadors qui s'y donnaient, dans une arène dont il n'est pas péjoratif de dire que c'était une structure de fortune. Une enceinte, avec des barrières et des burladeros, et les gradins métalliques montés à part, à quelques mètres d'écart. S'y donnaient donc des novilladas sans picadors avec l'appui du club taurin local au mois d'août, à l'exception d'une année, où Rafael Cañada fut invité à combattre un toro de Miura !
Toujours dans la même arène, le 5 août 2006, ce fut la première novillada piquée à Boujan. À l'affiche, trois novillos de Gallon et trois de Robert Margé pour Antonio João Ferreira, José Caraballo et David Oliva. Sur l'image, provenant de la page internet de la peña Oliva de Béziers, on peut voir le portugais Ferreira, exécutant une passe de poitrine face à un novillo de Margé. Les articles d'archives de l'époque font état d'un retard de trente minutes de la novillada, en attendant l'arrivée d'une ambulance. La novillada avait été un succès, aussi bien dans son contenu que dans l'affluence aux arènes, ce qui avait conduit l'organisation à renouveler le pari l'année suivante.
Samedi 4 août 2007. Novillada piquée de Gallon pour Enrique Guillén, José Caraballo et le français Jérôme Chan-The-Rang dit "El Chino". L'après-midi festif prit malheureusement très vite une tournure tragique, puisque le premier novillo de Gallon sauta les barrières et se retrouva tout proche de la foule. Dans son échappée, il blessa deux personnes, dont une très sérieusement. Le catalan Enrique Guillén, qui aujourd'hui est apoderado du français Maxime Solera et du matador Vicente Soler, avait eu à estoquer le novillo de Gallon sur le terrain de basket-ball situé à côté. Rocambolesque... mais surtout dramatique. Bernard Coffin, président d'un club taurin à Béziers, et qui fut blessé par le novillo, décéda à l'hôpital des suites de l'opération. Un drame.
Cela aurait pu par ailleurs mettre un terme définitif à la tauromachie à Boujan-sur-Libron. Et il n'y eut pas de novillada en 2008. Quelques années plus tard, en 2013, le maire de l'époque Raymond Faro (décédé en 2014), ainsi que son adjoint, furent condamnés à de la prison avec sursis ainsi qu'à des dommages-intérêts, pour violation d'une obligation de sécurité.
Avant le procès, la justice avait même eu recours à une reconstitution. Dans tous les cas, cette histoire datant de 2007 avait fait assez peu de bruit par rapport à sa gravité dans la presse taurine, et encore moins dans les médias en général. Il faut dire aussi que c'était le mois d'août, et que le nombre de ferias et de corridas à cette période de l'année est colossal.

Boujan-sur-Libron retrouva assez rapidement des toros, avec l'organisation de novilladas sans picadors dès l'été 2009. Tout cela dans de nouvelles arènes, métalliques, mais bien plus solides et aux normes cette fois. Des arènes portatives, restant cependant à l'année à Boujan, puisqu'elles ont été achetées par la commune. Elles seront baptisées plus tard du nom de Philippe Castelbon de Beauxhostes, dont un parent avait été à l'initiative à la fin du XIXème siècle de la construction des arènes de Béziers.
Le 7 août 2009, jour de la première course dans les nouvelles arènes de Boujan, il y avait une novillada sans picadors avec l'élevage français de Granier... et un certain Víctor Barrio parmi les novilleros à l'affiche.
Les non piquées se succédèrent encore d'année en année à Boujan, toujours au mois d'août. En 2013, c'est Andrés Roca Rey qui fut le triomphateur de la feria après avoir coupé deux oreilles à un eral de Robert Margé.

Et en 2014, nouveau rebondissement. À son élection, le nouveau maire déclara que la traditionnelle feria de non piquées du mois d'août se ferait désormais sans mise à mort ! Mais les aficionados furent vite rassurés, car une corrida s'organisa au mois de septembre 2014 à Boujan.
Cette date de septembre est toujours présente dans le calendrier aujourd'hui, tout comme la feria de becerradas au mois d'août.
Une nouveauté cependant, et pas des moindres, est apparue en 2015. Des organisateurs indépendants de la commune, ont décidé de monter une feria de novilladas avec picadors. Chose qui n'est pas si fréquente par les temps qui courent !
À la tête de cette audacieuse organisation, il y a Michel Bouisseren, qui s'est fait connaître par le biais d'une page sur les réseaux sociaux, "Brèves Taurines", et qui évoque la tauromachie "sans langue de bois" comme il le dit lui-même.
Première feria en juin 2015, non piquée de Robert Margé, et deux novilladas de Partido de Resina (avec Manolo Vanegas, Andrés Roca Rey et Joaquín Galdós) et de Cebada Gago (dont le triomphateur fut Vicente Soler). Et d'autres noms prestigieux en 2016, avec José Escolar Gil, les Curé de Valverde de Jean-Luc Couturier, et la présence par deux fois du valeureux novillero vénézuélien Manolo Vanegas. En bien ou en mal, mais surtout en bien car une feria de novilladas piquées est une chose rare par les temps qui courent, on entend souvent parler de Boujan-sur-Libron.

C'est l'arène française qui a dévoilé en premier ses plans pour la saison 2017. Le premier week-end de juillet, avec des novilladas de Los Maños et Dolores Aguirre, encore des noms de ganaderías prestigieuses pour les aficionados a los toros. De quoi remplir des attentes de combats complets, de la pique jusqu'à l'estocade. Un nouveau pari, une troisième feria d'affilée, la première feria de novilladas piquées de l'année en France... et un autre pari qui se murmure, celui de programmer de nombreux novilleros français.

Florent 

lundi 28 novembre 2016

Et l'histoire s'est répétée (Rétro 2016)

Taxi Lamelas bonjour. C'est à peine croyable. On a appris il y a quelques années que parallèlement à son activité de matador de toros, Alberto Lamelas était chauffeur de taxi à Madrid. Dans l'obligation de travailler à côté des toros. Cet automne, un article paru dans la presse espagnole évoquait les toreros contraints de mener une activité autre que la tauromachie pour assurer des revenus. À propos de Lamelas, l'article relevait une ironie du sort, en affirmant que le torero pouvait parfois récupérer des personnes à Las Ventas à la sortie des corridas de San Isidro, afin de les mener à un autre point de Madrid, sans que celles-ci n'aient connaissance de l'identité du chauffeur.
Ce torero, et pas des moindres, ne devrait pourtant pas faire l'objet d'un tel anonymat. Et il est impressionnant que la tauromachie renie un peu plus chaque jour ses plus courageux représentants. Ils devraient pouvoir en vivre pleinement, car c'est ainsi qu'ils justifient cette activité les jours où ils sont dans l'arène, avec honneur et immense courage.
Alberto Lamelas mène jusqu'à ce jour une carrière plus qu'honorable. Il a beaucoup toréé quand il était novillero, se produisant même dans les plus grandes arènes. Une carrière fournie.
Et des grands soirs aussi. Parentis, 5 août 2007. Impressionnante novillada de Raso de Portillo, et passionnante. Lamelas trois fois à genoux face au toril, un bandage à la cuisse, des banderilles avec un quiebro au centre de l'arène, du courage, et une envie débordante du début à la fin. Vivifiant.
Les années de novillero s'accumulent, les contrats sont moins fréquents, et c'est l'heure de prendre l'alternative, en 2009. L'année d'après, Alberto Lamelas refait un crochet par la France, à Orthez, face à une splendide corrida de Dolores Aguirre, et coupe la seule oreille de l'après-midi. Mais les galères sont loin d'être terminées.
En 2012, dans une arène portative de la région madrilène, à Alpedrete, et alors qu'il a coupé deux oreilles à son premier adversaire, Lamelas se fait prendre près des planches à la cape face au dernier toro, de Ribera de Campocerrado. Il est touché au thorax et à l'abdomen, et d'après les premières dépêches dans la soirée, on craint pour sa vie. Mais il réapparaît à peine deux mois plus tard.
Il y aura d'autres corridas après celle-là. Et puis, le 9 juin 2014 à Vic-Fezensac, une corrida de Dolores Aguirre. Alberto Lamelas porte un costume bleu et or, prêt à lancer la pièce en l'air une nouvelle fois. Le sixième toro, "Cantinillo", est un mastodonte d'une sauvagerie et d'une puissance impensables. C'est la panique dans l'arène, et l'inquiétude sur les gradins. Les chances étaient par ailleurs infimes pour que puissent se rencontrer un jour Alberto Lamelas et "Cantinillo" de Dolores Aguirre. Le tirage au sort en a voulu ainsi. Et au centre de l'arène, une fois de plus, Lamelas a tiré des passes aussi valeureuses les unes que les autres, et que personne n'aurait pu concevoir en voyant un tel toro. Un moment d'une extrême puissance, et un public fêtant Alberto Lamelas à la hauteur de cette faena de héros. La pièce est tombée du bon côté. On ne le dira pas trop fort, car ceux qui ne se sont jamais rendus à Vic pourront toujours en douter, mais oui, ce fut un combat historique.
Après cette corrida là, il ne faisait aucun doute que la carrière de Lamelas était complètement relancée, et qu'il aurait désormais à se consacrer uniquement à sa profession de matador de toros. Perdu...
Seulement quelques contrats signés, essentiellement en France, mais bien peu par rapport à la valeur du triomphe de Vic qui aurait dû ouvrir toutes les portes. Alès 2015, toro du Curé de Valverde, grave blessure à la cuisse. Alberto Lamelas torée tout de même à Vic une semaine plus tard. Alès 2016, toro du Curé de Valverde, pluie battante sur les Cévennes, intense début de faena... malheureusement stoppé par un autre grave coup de corne à la cuisse.
Alberto Lamelas perd son engagement à la feria de Vic, et revient un mois plus tard, à Aire-sur-l'Adour, mais il ne se passe pas grand-chose.
Alors, ce dimanche 24 juillet, quand Alberto Lamelas s'apprête à faire le paseo pour la corrida de Miura à Mont-de-Marsan, c'est la seule case qui lui reste cochée dans son agenda. On a quand même du mal à imaginer qu'il puisse faire comme à Vic-Fezensac en 2014. C'est quand même beaucoup pour un torero de devoir rééditer une telle performance, alors que la première, malgré toute l'énergie déployée, n'a pas porté ses fruits.
Si parfois l'histoire se répète, c'est toujours de façon différente. Alberto Lamelas est en blanc et or, comme à Parentis il y a neuf ans. Cette fois encore, il n'y a aucun autre contrat signé, on repart de zéro, et tout reste à faire. Mais que peut-on faire quand il n'en reste qu'une ? Sortir de l'ordinaire, certainement, et ne pas seulement se contenter de faire face.
A son premier toro de Miura, accueilli a portagayola, Alberto Lamelas a échoué avec l'épée même s'il a été ovationné. La suite, ce sera l'infirmerie ou le triomphe.
Il reste un toro, "Estanquero", le numéro 16. Lamelas s'installe une fois de plus à genoux face au toril. Tout va très vite ensuite. Lamelas torée de cape près des planches, fait une larga cambiada debout, puis une revolera... puis se fait cueillir. Ce n'était pas un accrochage anodin, mais une rouste comme on en voit rarement, avec un torero pris et repris dans les airs. En plus, sa tête semble cogner contre les planches. Et alors qu'il est amené vers l'infirmerie le visage en sang, Alberto Lamelas fait demi-tour, revient en piste, et surtout, décide de rester debout.
"Estanquero" est un grand toro de Miura, brave et dur. Face à lui, Alberto Lamelas fait passer le grand frisson de l'extrême courage. Les arènes sont pleines, et tendues comme jamais. C'est rare un combat intense comme celui-là. La dernière fois au Plumaçon, c'était probablement celui de Fernando Robleño face à "Canario" de José Escolar Gil.

Alberto Lamelas a toujours le visage en sang, mais ne se plaint pas et n'a aucune peur. C'est la seule opportunité qui lui reste. "Estanquero" qui l'a déjà touché en début de combat, le cherche encore. Mais le torero reste en place, ne recule jamais, et sourit face au danger. Et quand il porte l'estocade, entière, c'est la fin d'un grand combat. Malgré la blessure, Alberto Lamelas reste en piste le plus de temps possible l'oreille en main. Il savoure le moment, le public aussi. Et ceux qui l'ont vu toréer depuis ses débuts savent que sa place n'est pas au volant d'un taxi.

Florent  

mercredi 16 novembre 2016

Le toro de Céret (Rétro 2016)

Quelques jours avant que ne débute la feria de Céret, il y avait un toro dans les corrales qui animait déjà les conversations. Un toro noir d'Aurelio Hernando, le numéro 16. Imposant, avec des cornes infinies et pointues. C'était "Casote", et le tirage au sort le désigna comme premier toro de la feria, le samedi 16 juillet, pour Curro Díaz.
En plein coeur d'un été malheureusement fourni en tragédies. Quoi qu'il en soit, Céret reste Céret, et ce toro au centre de l'arène plante le décor. Céret est l'épicentre tauromachique d'une région, puisque c'est elle qui donne désormais le coup d'envoi de la saison taurine catalane depuis cinq ans. Pour l'ouverture cette année, c'était une corrida d'Aurelio Hernando, dont plusieurs toreros prétendent que cela peut "salir bueno" : sortir bon, de leur point de vue, et donner des possibilités. Curro Díaz qui n'est jamais venu dans cette arène, et Iván Fandiño qui n'a plus fait le paseo ici depuis neuf ans, sont à l'affiche. Et ce premier toro "Casote", de 540 kilos, est d'une présence terrible. Il est applaudi à son entrée en piste, prend quatre piques en sortant seul... mais alors, quelle impression de voir un toro comme ça sur une aussi petite piste. "Casote" aura au final été un toro dur et coriace, sans facilités. Un toro de Céret.
Un jour, l'aficionada cérétane Denise Amalia Vargas, qui signait souvent ses chroniques "D.A.V", avait affirmé que Céret était une sorte de Bilbao française. Certes, ces deux plazas ont sur la forme peu d'éléments comparables. Bilbao est une arène de 15.000 places, avec une feria d'une semaine, durant laquelle viennent toréer les vedettes. Céret est une arène de 3.700 places, avec une petite piste, et une politique taurine bien différente, basée sur des audaces.
Cependant, si l'on compare ces deux arènes dans leur propre environnement, on remarque que Céret est restée fidèle à sa tradition, et que Bilbao beaucoup moins, l'arène Basque se retrouvant désormais à la recherche d'une stabilité et d'un second souffle.
Avant 1988, et donc avant que n'existe l'ADAC, on trouvait déjà à Céret un attrait pour le toro fort, sérieux et des plus respectables. Les anciens pourront raconter les courses les plus épiques, souvent même des novilladas : Cortijoliva 1973, Picazo de Malibrán 1977, et bien d'autres...
Céret de Toros est de nos jours une feria très attendue par les aficionados. Peut-être même trop parfois. À bien y regarder, il arrive à certains d'oublier l'aspect expérimental de pas mal de corridas dans cette arène, en exigeant des toros qui poussent lors de quatre ou cinq piques chacun, et permettent une cinquantaine de passes avec émotion ensuite. Une alchimie pratiquement impossible à trouver. Et il ne pourra probablement jamais en être ainsi. Il y a bien trop d'incertitudes en tauromachie, et aucune recette miracle.
Néanmoins, Céret attend son grand toro, ou son grand lot de toros, depuis plusieurs saisons. Un truc hors du commun. Le meilleur, au niveau toro, ces trois ou quatre dernières années, c'était probablement des exemplaires d'Adolfo Martín en 2014. Mais au niveau feria complète et vibrante, on reste toujours sur le souvenir de 2010.
Pour 2016, les toros les plus intéressants sont sortis au début de chaque course, exception faite du toro de réserve de Miguel Zaballos. Les plus marquants auront été le premier Aurelio Hernando, les deux premiers novillos de Vinhas, et le premier Moreno de Silva. Et ce n'est jamais un avantage pour un ganadero de voir ses meilleurs produits sortir en début de corrida.
Si ce n'est qu'un seul week-end dans l'année, Céret est toujours une feria très attendue. Le toro au centre des débats. Mais il faut aussi respecter tous ces toreros et novilleros qui viennent à Céret, car c'est accomplir un geste que de toréer à cet endroit. Ce serait peut-être encore mieux aussi, si à l'avenir, les présidences indépendantes de l'ADAC étaient plus justes avec les toreros, et un peu moins radines. Pas en balançant systématiquement des trophées, mais en donnant des oreilles qui tout de même, en y réfléchissant quelques instants, n'auraient rien de superflu. En donner cette année à Curro Díaz pour son valeureux combat face à "Casote", à Fandiño pour son modèle d'estocade, ou à Alberto Aguilar pour avoir bataillé face à un toro gris de Moreno de Silva. Des choses à valoriser absolument.
En 2017, ce sera la trentième édition de Céret de Toros. Reviendront certainement une ou plusieurs ganaderías qui ont marqué l'histoire de l'Association des Aficionados Cérétans. On pense notamment à José Escolar Gil, qui a connu bien des triomphes dans cette arène. Escolar Gil ou autres, l'espoir d'assister en ces lieux à des choses sortant de l'ordinaire demeure, et ce chaque année. En attendant le toro de Céret.

Florent

jeudi 3 novembre 2016

Toulouse et les toros (Rétro 2016)

Peu d'arènes disparaissent de la carte taurine française ces dernières saisons, et c'est un motif de satisfaction pour les aficionados, les professionnels de la tauromachie et les organisateurs. Cette année, aucune disparition d'arène n'est à déplorer en France, à une exception près.
Rieumes, à 40 kilomètres de Toulouse, n'a pas donné de course cette année. La tradition taurine de Rieumes avait été validée au début des années 2000 au terme d'un long feuilleton judiciaire. Cela faisait par ailleurs quinze ans d'affilée que Rieumes montait une arène portative pour y célébrer des novilladas. En 2016, cela n'a pas été le cas, mais il est envisageable que les toros fassent leur retour dans ce village après un an de césure.
Rieumes, la seule arène actuelle de Haute-Garonne. Il y a quelques années, l'immense plaza de Fenouillet (avec 9.000 places et une piste de plus de 70 mètres de diamètre) n'était pas parvenue à se pérenniser.
La Haute-Garonne n'est pas un département taurin quelconque, puisqu'en France il est celui qui relie Sud-Ouest et Sud-Est. Il y a quarante ans, le 3 octobre 1976, c'était la dernière course célébrée aux arènes du Soleil d'Or à Toulouse. Une novillada de Rocío de la Cámara pour Gérald Pellen, Lázaro Carmona, Nimeño II et Juan Antonio Esplá. Il y a désormais un lycée à la place de ces arènes toulousaines, qui avec leurs 15.000 places, seraient les plus grandes de France en capacité si elles existaient encore.

Florent

Le boulanger fou (Rétro 2016)

 Un peu comme un terminus en gare de Sète. Rodolfo Rodríguez "El Pana" n'est pas mort le 1er mai à Ciudad Lerdo. C'est officiellement le 2 juin qu'il s'en ira, tandis qu'il pouvait seulement communiquer en clignant des yeux.
Mais un personnage comme El Pana, il ne partira jamais vraiment. Il s'en est allé en laissant tout de même des milliers d'anecdotes, d'images et de témoignages. Il serait d'ailleurs impossible d'être exhaustif au sujet de ce torero mexicain et de ses multiples vies. C'est le petit boulot – parmi tant d'autres – de boulanger qui lui valut un jour le surnom d'El Pana. Un cas à part.
Souvent, quand une personne plutôt fantasque meurt de nos jours, il est convenu d'utiliser l'expression "vie de bohème", sans plus de précisions, pour expédier l'info et ne pas perdre de temps. Bien sûr, il est impossible de tout dire, mais "vie de bohème", cela ne signifie quand même pas grand chose. Trois mots réducteurs qui tentent de synthétiser des vies impossible à résumer. "Vie de bohème" : quand on a dit ça, on n'a rien dit...
L'accident aux conséquences irrémédiables d'El Pana, cela a été le premier virage d'une saison endeuillée. À plus de 60 ans, El Pana s'était tout de même lancé pas mal de défis, car quelques semaines avant la corrida de Ciudad Lerdo, il s'était enfermé seul face à six toros à Texcoco !
Cela faisait alors neuf ans que sa notoriété avait pour de bon dépassé les frontières du Mexique. Et il est par ailleurs vrai que la modernité et les images d'Internet ont contribué à le faire connaître et à l'établir en tant que phénomène inexplicable.
Un homme qui, bien entendu, restera anonyme aux yeux du monde. Une ou deux lignes dans quelques colonnes de journaux pour faire état du drame, mais pas davantage, car seul l'aspect sensationnel de la mort d'un homme compte pour de nombreux médias de nos jours. Ce qu'il y a eu entre la naissance et la mort, soit tout le reste, ils s'en foutent.
Parce qu'il était torero, certains diront ou écriront ouvertement qu'il s'agit là d'une nouvelle réjouissante. On a malheureusement lu en d'autres occasions des écrits dégueulasses cette année.
El Pana est mort à 64 ans, dans l'indifférence d'une immense majorité de la planète. Ceux qui découvriront a posteriori son histoire se diront peut-être qu'il avait une gueule de clown triste, et n'iront pas chercher plus loin. D'autres approfondiront le sujet, et finiront par se dire qu'El Pana est immortel, en découvrant les images de la faena du 7 janvier 2007 à México. De ce trincherazo près de la porte du toril, où était curieusement écrit sur une pancarte "Rey Mago" (Roi Mage), le nom du toro de Garfías. Resteront en tête l'image du trincherazo, et le départ d'El Pana vers le centre de la piste en laissant tomber la muleta et l'épée.
En général, la folie comporte bien des aspect péjoratifs. Pour El Pana, c'était une folie heureuse. La capacité de vous fasciner d'une façon inexplicable. Parfois loin des canons historiques de la tauromachie, El Pana était un torero pour de vrai dans l'arène, dans ses attitudes, dans l'aspect mystique. Un sourire, de l'espièglerie, et l'inspiration qu'il avait dans ses passes... pas seulement celles de sa muleta.
Depuis neuf ans, El Pana avait pu franchir les frontières et découvrir de nouveaux ruedos. L'an dernier, il avait toréé un festival dans un Mas, tout près de Saint-Laurent-d'Aigouze. Le Gard, la Camargue, et un décor si lointain de celui du Mexique. C'est pourtant à Saint-Laurent-d'Aigouze, où il s'était rendu, qu'un festival fut célébré en sa mémoire ce samedi 15 octobre. Un beau festival dans un cadre qui l'était tout autant. Conscients qu'il serait impossible de tout dire à propos d'El Pana, les organisateurs avaient tout de même voulu en dire un peu. Allusions nombreuses au "Brujo de Apizaco". Lectures de textes en piste. Le "Cielo Andaluz" au paseo, une mélodie pour laquelle les spectateurs rugissent habituellement un olé à l'entrée des toreros sur le sable de México. Les novillos rebaptisés en hommage à El Pana. Un groupe de mariachis venu de Querétaro. Une mise en scène étonnante, surtout dans cet espace géographique. Mais ce fut un hommage ensoleillé, coloré, sans rien de lugubre, rappelant la folie heureuse d'El Pana. Invité à ce festival, Frascuelo – qui était très ami du torero – n'a malheureusement pas pu en être. On aurait aimé voir l'élégance de sa cape et de sa muleta déployées.
Face à des novillos de Laugier et Pagès-Mailhan, Robert Piles a assuré malgré ses 65 ans avec des gestes de classe, Alberto Lamelas qui remplaçait Frascuelo a montré toute sa détermination même pour un festival, le nîmois El Rafi a affiché des possibilités, et le très jeune subalterne Tomás Ubeda a été une belle surprise, puisqu'il pourrait avoir un bel avenir de banderillero.
Après avoir estoqué le dernier novillo de l'après-midi, El Rafi fit un tour de piste dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Telle est la façon dont les toreros effectuent le tour de piste au Mexique. Un pays qui pèse énormément dans la tauromachie, et dont El Pana, qui en était issu, en a marqué l'histoire à sa façon.

Florent

jeudi 20 octobre 2016

Un jour important

Ce 20 octobre 2016 restera une date très importante pour la tauromachie en Espagne. Ne serait-ce que pour son rapport à la société et au droit. Avec sa décision, le Tribunal Constitutionnel empêche à l'avenir toute région d'interdire la tauromachie sur son territoire, puisque cette activité est de ressort exclusif de l'État. C'est ce que l'on pouvait pressentir il y a quinze jours.
Et puis, surtout, c'est le contre-pied à ceux qui voyaient en la loi d'interdiction de 2010 en Catalogne le "début de la fin" pour la corrida. Ce 20 octobre a apporté la preuve du contraire.
Il y a plusieurs enseignements à tirer de cette décision. Notamment : si cette décision est primordiale, elle n'est que la moitié du chemin avant un retour effectif de la corrida en Catalogne. Ce 20 octobre 2016 est un jour important. Mais le jour historique, ce sera l'après-midi où les toros attendront dans les chiqueros et les toreros dans le patio de caballos.
Enfin, il ne faut pas oublier qu'en 2011, une seule arène était encore active en Catalogne : la Monumental de Barcelone. Le résultat d'un réel déclin pour la tauromachie dans cette région. La corrida avait pu y bénéficier il y a quelques décennies d'un public touristique, chose qui n'était désormais plus le cas. C'est d'ailleurs dans ce contexte de fragilité que les antis-corridas sont parvenus à se frayer un chemin.
Et puis, l'absence de véritable feria à Barcelone avait aussi plombé la fréquentation de la Monumental. Avec des corridas isolées le dimanche, sans rien autour, c'était difficile de faire une bonne entrée ou de remplir la plaza... à moins d'annoncer José Tomás.
Ne pas oublier non plus le recul de certaines empresas dans cette région, avec en quelque sorte l'abandon de plusieurs arènes. Le manque de sérieux dans l'organisation des corridas, parmi tant d'autres éléments, a aussi contribué au déclin.
On ne sait pas encore si un de ces jours la corrida reviendra pour de bon en Catalogne, que ce soit à Barcelone, Olot, Tarragone, Figueres... ou dans une portative qu'un maire d'une petite commune aura autorisé à monter. L'autre moitié du chemin reste à faire. Un chemin délicat mais parfaitement légal depuis aujourd'hui.
Quant à Barcelone, c'est une arène de première. Et si par bonheur elle est amenée à célébrer de nouveau des corridas, elle devra être digne de sa catégorie. Pour (re)commencer, le plus beau des symboles serait peut-être de reconduire le trio de toreros de la dernière corrida, le 25 septembre 2011, pour conjurer le sort et parce que ce cartel a une histoire : Juan Mora, José Tomás et Serafín Marín. Et surtout, pour dire que ce n'était pas le début de la fin...

Florent

vendredi 7 octobre 2016

"Padilla maravilla"

C'était à Santander, en 2009. La corrida de Cebada Gago n'avait rien d'exceptionnel, et avait même sombré dans l'ennui. Face au quatrième toro, au moment des banderilles, Juan José Padilla avait pu entendre un chant habituel pour lui dans les arènes du Nord de l'Espagne. Les peñas situées aux gradins soleil avaient repris le "illa illa illa, Padilla Maravilla", à s'en démolir le larynx. Parce que Padilla, l'Andalou, a une relation étroite avec les arènes du Nord. La chanson, par ailleurs, n'a pas été inventée pour le torero. En 1992, après que Juanito, le prestigieux joueur du Real Madrid, se soit tué en voiture à l'âge de 37 ans, les supporters Merengues lui avaient rendu hommage en chantant "Juanito Maravilla". Ce qu'ils font toujours à chaque match du Real Madrid, à la 7ème minute de jeu, numéro de maillot du joueur.
En 2009, Padilla est un torero inoxydable qui a déjà ramassé des coups de corne par dizaines. Dans l'arène, il peut très bien amuser la galerie ou décider d'être sérieux. Sa technique lui permet par ailleurs d'assurer sans soucis la seconde option. Un torero athlétique, puissant, lidiador, qui prend les corridas dites "dures", et n'a pas peur d'aller au charbon. Lors de la même année 2001, il se fait percer au cou à San Sebastián en début de saison puis à Pamplona en juillet face à un Miura. Il reprend l'épée à peine dix jours plus tard à Santander !
L'aspect rock'n'roll, les habits colorés (orange, fuchsia ou fraise), la personnalité, font que pas mal de publics s'y reconnaissent et l'adulent. Lui qui aurait dû être boulanger...
Il torée beaucoup dans les années 2000 car les corridas sont très nombreuses en France et en Espagne. Parfois, le numéro lasse et l'ensemble paraît surjoué, tandis qu'en d'autres occasions, Padilla impose le respect en étant d'un grand sérieux.
Comme pour la saison 2011, où à Dax par exemple, le président Dussarrat lui octroie une oreille après un combat âpre et une grande estocade devant un Dolores Aguirre. Dans ces saisons-là, Juan José Padilla semble désormais hors de portée d'un grave coup de corne, car les toros l'ont déjà énormément châtié, et parce qu'il lui faut bien une période plus chanceuse.
Manque de chance, Saragosse, soirée du vendredi 7 octobre 2011. Le quatrième toro d'Ana Romero, "Marqués", le prend au sol à la sortie d'une paire de banderilles, et lui inflige un effroyable coup de corne entrant sous la mâchoire, atteignant l'oeil et s'arrêtant à la base du crâne. On pense au pire, au plus pessimiste, car le coup de corne est destructeur sur le côté gauche du visage. A peine quelques heures plus tard, Padilla fera savoir par l'intermédiaire de ses proches qu'il souhaite revenir au plus vite dans une arène. Ce qui sera le cas moins de cinq mois après...
Cette terrible blessure de Saragosse à la fin de la saison 2011 a quand même jeté un froid sur les aficionados, à un moment où l'on ne s'attendait pas à une telle chose. Et une certaine malédiction à venir... car les principales arènes d'Aragon (qui n'est pourtant pas la région la plus prolifique en corridas en Espagne) connaîtront ensuite ce qu'il faut compter parmi les plus graves coups de corne observés. Morante de la Puebla en 2013 à Huesca, Francisco Rivera Ordóñez en 2015 lui aussi à Huesca... et surtout, le coup de corne dramatique car mortel reçu par Víctor Barrio le 9 juillet 2016 à Teruel.
Il y a cinq ans, le soutien envers Juan José Padilla avait été total, avec le fameux #FuerzaPadilla. Le torero, tellement robuste, avait fini par revenir. Sa carrière est différente depuis, car il n'affronte pas les mêmes élevages qu'auparavant. Mais c'est une carrière qui a déjà plus de 25 ans dont il est question, Padilla ayant pris l'alternative en 1994.
Si aujourd'hui, en recherchant sur la toile une image de Juan José Padilla, 90% des propositions seront des clichés de lui en habit de lumières les années après l'accident, ce qui est tout de même assez rageant. Car au moment d'être blessé en 2011 à Saragosse, Padilla avait déjà plus de vingt ans de carrière derrière lui. Le voyeurisme, aussi, a fait que les images du torero "pirate" ont été les plus consultées. Mais avant d'être pirate, Padilla était Cyclone, et le sera toujours. Quelle leçon – dépassant complètement le cadre de la tauromachie – aura été celle qu'il a pu démontrer en surmontant l'une des plus grandes difficultés : un handicap. Exemplaire.
En toréant toujours à l'heure actuelle, Padilla n'est pas à l'abri d'autres coups de corne. Il en a d'ailleurs reçu d'autres et les toros continuent à lui rappeler ce danger, celui qu'il a pleinement consenti en décidant un jour de devenir torero.
Voilà donc cinq ans, après ce 7 octobre 2011. Au-delà du torero, de son style, de sa personnalité dans l'arène, appréciée ou non, il y a ce miracle. Certainement la plus dingue des histoires en plusieurs siècles de tauromachie. Comprenez si un jour vous les entendez chanter "Padilla Maravilla"...

Florent

mercredi 5 octobre 2016

La Catalogne et les toros

Si ce personnage – ou du moins son esprit – rôde au-dessus de la gare de Perpignan, à Figueres, à Cadaqués ou ailleurs, et qu'il prend connaissance de l'actualité, il doit bien rigoler.
La loi d'interdiction de la corrida en Catalogne est sur le point d'être annulée par le Tribunal Constitutionnel d'Espagne. C'est le très sérieux journal La Vanguardia qui a publié l'information ce matin. La Vanguardia est un quotidien basé à Barcelone. Par ailleurs, le Tribunal Constitutionnel doit se prononcer sur une loi qui a été promulguée par le Parlement régional de Catalogne en 2010. Soit il y a déjà six ans. Et il ne doit pas se prononcer au fond, mais sur la constitutionnalité du texte. Or, on avait remarqué l'anomalie depuis le début. La tauromachie fait partie des domaines qui ne peuvent être interdits par un Parlement régional. Et la corrida n'a pas été interdite en d'autres Communautés autonomes auparavant. Comme aux Canaries par exemple, où on dit qu'elle est "interdite" depuis 1991, chose qui est fausse car il s'agissait d'une loi de protection des animaux dans un archipel où il n'y avait déjà plus de corridas. Le Tribunal Constitutionnel répond donc à une question de droit, pas à un débat.
Et puis, quand on entend les grandes gueules de la Catalogne anti-taurine évoquer le vote d'il y a six ans, on a l'impression qu'il s'agissait d'une majorité écrasante. Or, si l'on rappelle les faits, il y avait eu 68 votes pour l'interdiction, 55 contre, et 9 abstentions. Des chiffres plus serrés que sans appel !
Cela apprendra à ceux qui ont voulu utiliser la tauromachie à des fins électorales, faisant de celle-ci un sujet de société ! En 2010, il y avait dix corridas annuelles en Catalogne, à Barcelone, soit soixante toros combattus. Honte à ceux qui en ont fait un sujet de société. Honte à ceux qui un jour ont traité les aficionados d'assassins, de pervers, ou en ont fait des sous-citoyens. Honte à ces donneurs de leçons qui ont voulu imposer un mode de pensée unique. Honte à ceux qui exploitent l'héritage de Salvador Dalí en omettant son indéniable afición.
La réalité est que la corrida n'a pas de couleurs politiques, et que mieux encore, elle fait partie de l'histoire de la Catalogne. Personne n'est obligé d'aimer la corrida ou d'y assister, mais personne ne doit pour autant se sentir obligé d'affirmer que l'interdiction de la corrida est un bien, et que ceux qui l'apprécient souffrent de troubles. Généralement, les plus farouches opposants à la corrida sont ceux qui n'ont aucune idée du sujet.
Plusieurs arènes à Barcelone, et des "plaças de braus" également à Olot, Figueres, Tarragone (celles-ci sont toujours debout), à Lloret de Mar, à Gérone, à Lérida, à L'Hospitalet, à Sant Feliu de Guíxols et à d'autres endroits encore.
Si les toros reviennent effectivement en Catalogne, cette dernière ne sera probablement pas une aussi vaste région taurine comme elle a pu l'être. Mais quelques corridas, en restant raisonnable, seraient suffisantes pour combler l'afición Catalane qui s'est sentie bafouée pendant tant d'années.
Des corridas, mais aussi des courses avec des recortadores et des "correbous", car la tradition taurine de Catalogne provient également des jeux d'esquive face aux toros. Et puis, la Catalogne possède et a possédé ses toreros. Le plus actuel, et le plus emblématique au moment de l'interdiction par le Parlement régional, c'est bien sûr Serafín Marín.
Chaque jour, on recense dans ce triste monde bien des malheurs, des peines et des tragédies. Que peut-il bien y avoir de scandaleux dans la corrida au sein de ce monde actuel ? Beaucoup d'idées reçues à combattre. Le soleil d'été, les habits de lumières, les braves attendant dans le toril, et la tension habituelle d'un après-midi de toros, c'est quand même autre chose...

Florent

mardi 4 octobre 2016

La bataille des justes

C'est toujours un ciel incertain qui rythme les fins de saisons. Celui de Mont-de-Marsan était capricieux ce samedi, avec pas mal de gouttes tout au long de la journée, avant de s'abstenir finalement sur les coups de 17 heures. La corrida de Victorino Martín attendant dans les loges aurait dû normalement être combattue à Saint-Sever. Mais après divergences entre les organisateurs et la mairie, elle fut finalement annoncée au Plumaçon.
Hormis le premier toro qui n'était pas conforme à l'arène, les autres étaient à la fois fins de type et plutôt corrects. Quinze rencontres au cheval, en étant bravitos, sans jamais sortir seuls, mais en donnant peu de puissance et d'émotion à ce moment-là du combat. C'est d'ailleurs ce qui laisse parfois l'aficionado sur sa faim vis-à-vis du fer de Victorino Martín. Sans transmission le premier, et encastés les cinq autres.
À l'entrée en piste de ces six toros gris, on assista à une première, puisque le torero (certains disent "torère") landais Baptiste Bordes réalisa un écart à chaque fois, permettant peut-être au public d'entrer encore plus dans le vif du sujet.
C'était la seule corrida d'El Cid en France cette année. À part à la cape face au quatrième, son après-midi fut un voyage démotivé, en faisant passer les toros très loin, et sans s'engager avec l'épée. Que ce soit au premier qui était le moins intéressant, ou au quatrième, qui était un bon toro. Il n'empêche que le Cid a l'essentiel de sa carrière derrière lui. Avec les années, et quand Manuel Jesús aura pris sa retraite, ses nombreuses sorties discrètes auront été oubliées. Et pour cause, les gens ne se souviendront que du meilleur : Madrid, Séville, Bilbao, certainement Bayonne 2002 aussi. Et puis, El Cid est un torero riche. Pas seulement au sens économique du terme, mais aussi au niveau prestige et trophées. C'est d'ailleurs étonnant de le voir encore accepter autant de contrats en 2016.
Emilio de Justo et Alberto Lamelas n'ont pas, pour leur part, un statut aussi aisé. Mais quand on les voit toréer, on se dit qu'ils le mériteraient. Ces deux toreros évoluent dans des registres différents, mais ont des points communs. Deux apoderados français, Ludovic Lelong "Luisito" pour l'un, Robert Piles pour l'autre. Une situation quasi-similaire, celle de devoir gagner des contrats à chaque course. Offrir le meilleur d'eux même, s'en taper complètement de salir le costume ou de voler sur les cornes. Emilio de Justo a 33 ans, Alberto Lamelas 32. Ils ne sont pas les plus jeunes du circuit, mais à les voir, on dirait des toreros de 25 ans, morts de faim, et avec tout à prouver.
Emilio de Justo a "gagné" sa corrida de Mont-de-Marsan grâce à son triomphe d'Orthez deux mois plus tôt face à de difficiles toros de Hoyo de la Gitana. Au Plumaçon, il se présente dans un sobre costume grenat et or, et le toreo classique qui va avec. Le toro de Victorino Martín poursuit dangereusement Rafael Cañada qui a glissé au sol lors du deuxième tiers, heureusement sans conséquences. Puis Emilio de Justo, pour qui c'est seulement la seconde corrida de l'année, est disposé à triompher, à toréer pour de vrai. L'entame de faena avec le genou plié a beaucoup de cachet. Les séries qui suivent encore plus, avec torería et élégance, face à un Victorino exigeant qu'il faut tout de même canaliser. Une faena assez courte. Juste ce qu'il faut, s'arrimer comme un dingue, sans même une passe à genoux, sans une passe en rond et sans manoletinas. Juste un toreo sérieux et avec beaucoup de classe. Une estocade engagée, et deux oreilles pour Emilio de Justo, le triomphateur de l'après-midi. Devant le cinquième, difficile, le torero d'Extrémadure donne la distance, et montre aussi une facette courageuse. S'il se fait soulever en fin de parcours, il reste jusqu'au bout, en étant déterminé.
Le toreo d'Alberto Lamelas n'est pas de la même trempe, mais sa fougue et sa volonté permanentes à chaque corrida donnent envie de le revoir. Il se cogne d'ailleurs avec courage le troisième Victorino de l'après-midi, un toro difficile. Et au dernier, noble, après un début de faena brouillon, il s'adapte au fil des séries et parvient à donner de beaux muletazos. Oreille méritée.
S'ils ne seront peut-être jamais des figures de leur discipline, c'est une véritable place qui doit être faite aux toreros les plus déterminés.

Florent

vendredi 23 septembre 2016

Floirac

Demain, 24 septembre. Les dix ans de la dernière corrida célébrée aux arènes de Floirac, face à Bordeaux, de l'autre côté de la Garonne. De nombreux souvenirs à cet endroit, la plaza dite la "plus au Nord du monde" de 1991 à 2006. Toute en fer, elle était située entre un stade de rugby et des immeubles. Ce dimanche 24 septembre 2006, la dernière journée taurine s'était ouverte le matin avec une novillada sans picadors de la famille Jalabert pour le colombien Santiago Naranjo et le biterrois Tomás Cerqueira. Le cartel de l'après-midi n'avait rien de particulièrement attrayant. L'empresario, Alain Lartigue, avait par ailleurs concocté une corrida avec trois élevages différents sans qu'il ne s'agisse d'un concours. Deux toros d'Antonio Bañuelos (un élevage toujours fréquent à l'heure actuelle dans les arènes de l'organisateur bayonnais), deux d'Andrés Ramos et deux de Mercedes Pérez-Tabernero. Les trois toreros à l'affiche : Sánchez Vara, Julien Miletto et Mehdi Savalli. Une corrida peu passionnante, puisqu'il ne s'était rien passé d'extraordinaire, mis à part le toro "Dibujoso" d'Andrés Ramos qui avait failli atterrir dans les gradins après un saut ! Il y avait ce jour-là tout de même 3.000 personnes assises sur lesdits gradins. Preuve qu'il existe dans la région bordelaise un noyau important d'aficionados.
Pour cette corrida, il n'y avait pas eu de cérémonie particulière, alors que tout le monde savait pertinemment que ce serait la dernière. Une arène de 7.200 places, dont le nom était "Plaza de Goya" (la résidence érigée à l'heure actuelle à l'emplacement du ruedo porte par ailleurs ce nom). Démontée peu de temps après cette corrida, la grande arène fut mise aux enchères. Il y avait, à Floirac, un projet faramineux avec une arène de 10.000 places (avec toit amovible, sur le modèle de San Sebastián et Logroño), succédant à celle-ci. Mais le projet ne vit jamais le jour.
A Floirac, il y eut donc des corridas au pied des immeubles depuis le 25 octobre 1987, et un cartel réunissant Ruiz Miguel, Nimeño II et Miguel Cubero (frère du Yiyo) face à des toros portugais de Samuel Lupi. Le travail afin de renouer avec la tauromachie à Bordeaux avait été difficile jusqu'en 87. Deux décennies plus tard, en 2006, ce fut la dernière corrida de Floirac, et un abandon sans même l'aide des antis-taurins. Triste adieu.
On pourra toujours dire que La Brède se maintient sur la carte taurine, 20 kilomètres plus bas. Mais Floirac, quelque part, c'était la dernière arène aux abords d'une grande ville française. Deux rendez-vous taurins par an, le premier en mai, et l'autre fin septembre, pour ce qui était traditionnellement la corrida de clôture de la saison française. Ce jour-là, Bordeaux a rejoint Marseille et Toulouse au rang des grandes villes aux arènes en sommeil.

Florent   

jeudi 22 septembre 2016

Dernière cuvée

Il existe dans l'histoire des toros en France une tradition des courses de fin saison. Selon les endroits, soit elles se sont maintenues dans le calendrier, soit elles ont disparu. Corrida des Vendanges à Nîmes (devenue feria complète), corrida des Vendanges à Arles (devenue feria du Riz), Saint-Matthieu à Vic-Fezensac, Saint-Ferréol à Céret, entre autres.
Dimanche à la sortie des arènes de Vic, il se murmurait que cette date ne serait plus à l'avenir reconduite, à cause des trop modestes affluences (Barcial 2014, Granier 2015, Dolores Aguirre 2016). Beaucoup de toro, peu de public. Comme pour la sensationnelle novillada de Valdellán au mois d'août 2013, devant là-aussi une affluence réduite.
La ganadera Doña Dolores Aguirre Ybarra est décédée le 12 avril 2013. Ses novillos de dimanche à Vic étaient nés entre novembre 2012 et mars 2013. Sa dernière cuvée, les derniers qu'elle ait pu voir naître. Mais l'on peut en revanche être certain que l'histoire de ce si bel élevage durera encore.
À Vic, six novillos splendides et d'une présence remarquable. Dignes représentants de la devise jaune et bleue, du "mucho toro", qui s'oppose au "poco toro" de nombreuses ferias actuelles. La caste en permanence, à fleur de peau. Solides, encastés, et à leur actif, les plus beaux tiers de piques de la saison 2016. Vingt piques à y laisser leur peau, à terrasser les chevaux avec une force incroyable, les faire tanguer, les soulever, les envoyer aux planches. Et après cela, les pensionnaires de Dolores Aguirre gardèrent toujours de l'allant, finissant même souvent leurs combats au centre de l'arène.
La course, qui n'était pas évidente du tout, a été de bonne tenue grâce à des cuadrillas expérimentées. Même si les tiers de banderilles n'ont pas toujours été évidents, plusieurs subalternes y sont allés avec cran et ont été ovationnés : David Adalid et El Pela au troisième, Jesús Talaván et José Antonio Ventana "Toñete" au quatrième.
Il faut dire que la course avait commencé avec "Pitillito II", le fameux numéro 32, qui éblouissait déjà sur les photos. Magnifique de présentation, quatre piques avec puissance et caste, et de l'émotion dans la muleta. Manolo Vanegas, qui l'affronta, connaît une grande saison et ne passa pas à côté. Quel beau combat, avec des naturelles très valeureuses en fin de parcours, et une belle estocade. Une oreille méritée, et grande ovation à l'arrastre. Cela ne pouvait guère mieux débuter. Et si le quatrième Aguirre aura été le moins intense du lot, il possédait lui aussi de la caste !
Mais pas autant que le deuxième de l'après-midi, "Comadroso", qui poussa avec grande bravoure en trois piques, faisant mordre la poussière à l'équipage à la deuxième rencontre. A la muleta, il était encasté avec des charges vibrantes. Tout comme le cinquième, "Pitillito III", un autre grand novillo. C'est le colombien Juan de Castilla qui affronta ces deux-là, et si certes tout ne fut pas parfait, il eut le mérite de faire face, avec courage, dans un esprit bagarreur, et en s'engageant toujours à l'épée.
Les deux Dolores Aguirre destinés au mexicain Gerardo Rivera, vêtu d'un costume tout noir, étaient aussi des cornus fidèles à la réputation de la maison. Le troisième, "Guindoso", fut surpuissant face au cheval, avant que sa caste ne déborde le novillero à la muleta. Enfin, le novillo combattu en dernier aurait initialement dû sortir en troisième position. Mais le personnel des arènes n'arrivant pas à lui faire quitter le toril, il fut finalement sorti en sixième. Un novillo très compliqué, manso, encasté, violent et dangereux, face auquel Gerardo Rivera montra encore son métier insuffisant. Ce dernier alla rapidement chercher l'épée, reconnaissant quelque part et avec honnêteté ses lacunes, avec son impossibilité d'en faire davantage. Silence et silence pour Gerardo Rivera. Applaudissements aux trois novilleros à la sortie des arènes, même pour Rivera, car c'est toujours une performance d'aller affronter les toros marqués du fer de Dolores Aguirre.
Un élevage qui aura connu une superbe année 2016, en étant malheureusement boudé par les grandes arènes. On se souviendra de cette novillada de dimanche à Vic, de la caste et de la puissance des Dolores Aguirre, de leur entrée en piste jusqu'à l'estocade. Le mayoral aurait dû saluer. Et de cette cuvée, on aimerait bien en reprendre encore...

Florent

lundi 12 septembre 2016

L'irremplaçable

Je n'étais pas à Céret cette année-là. Le dimanche soir vers 18 heures 30, Yannick me laisse un message inquiétant, à peu de choses près c'était : "Dramatique coup de corne pour Esplá, il y a des gens qui pleurent". La raison, un moment de flottement, un coup de vent, et surtout les cornes d'un toro du Curé de Valverde. Fabien, qui plus tard deviendra membre de l'ADAC, était sur les gradins ce 15 juillet 2007 et filmait la course avec un petit caméscope. Une fois Esplá évacué du sable, il ne lui reste que le toro de Valverde à l'image. Il me dira qu'il avait sur le moment l'impression de filmer un équivalent d'Islero, d'Avispado ou de Burlero. Au patio de caballos, Juan José Padilla, alors pétrifié en attendant des nouvelles de son aîné, ne voulait pas reprendre la corrida. Né sous une bonne étoile, Luis Francisco Esplá, qui a déjà beaucoup morflé avec les accrochages et les coups de cornes depuis des décennies, se sort de cette épreuve.
La chose frappante et impressionnante l'année suivante, pour son retour à Céret, c'était l'ovation qui masquait complètement les sons de la Cobla Mil.lenaria au moment du paseo. C'était en 2008, et la corrida de Pepe Escolar était redoutable. Sur ce sable, Esplá avait franchi sa dernière épreuve en gardant le sourire tout au long de la corrida, lui, le torero de Céret et de tant d'autres arènes. 2008, et déjà une corrida aux souvenirs, avec plein de nostalgie. La première fois qu'Esplá avait toréé en France, c'était en 1975 ! L'impression de la corrida de Céret ce soir-là était émouvante, tout en respectant la retraite prochaine de Luis Francisco Esplá, qui décidait de partir au bon moment. L'année d'après, en 2009, il sortait en triomphe à Madrid, puis toréait sa dernière corrida en France à Nîmes, face à des Juan Pedro Domecq. 2010, l'alternative de son fils à Alicante, puis rideau.
En voyant les images télévisées de la corrida goyesque de ce samedi à Arles, il y avait encore matière à ressasser des souvenirs. Les toros de Zalduendo au programme n'étaient pas le quotidien d'Esplá pendant sa carrière, mais le voir là, à cette occasion, faisait plaisir. Des gestes, des attitudes, et un torero tellement à part et sans successeur dans son genre. Esplá est celui qui portait des costumes bourrés d'ornements, possédait une cape au revers bleu. C'est celui qui repartait directement vers les planches car il était le premier à voir que l'épée allait être suffisante. Mais surtout, c'était bien plus que cela. Une autre façon de voir le combat face au toro, des airs anciens, une capacité à s'extirper de situations périlleuses face à des toros durs, le sens de la lidia, des terrains, de la malice et de la roublardise aussi. Et surtout, une pureté et une authenticité inexplicables. S'il n'a pas exercé son domaine de prédilection samedi, Esplá aura aussi été un sacré torero-banderillero, qui parfois partageait l'affiche avec d'autres spécialistes du genre comme Nimeño II, Morenito de Maracay ou Víctor Mendes. Si le tiers des banderilles n'a rien d'essentiel en tauromachie, avec des toreros comme ceux-là, il était un moment à part entière du combat. La mention "corrida de toreros-banderilleros", d'ailleurs, n'existe plus de nos jours sur les affiches. Et c'est dommage, car cela a pu à une époque attirer du monde aux arènes. Esplá brillait avec les bâtonnets en main, passant même parfois dans des trous de souris avec des poses "por dentro". En voyant Esplá parcourir la piste sur le sable d'Arles samedi, toutes ces choses-là revenaient en mémoire. Luis Francisco Esplá, et la place importante qui est la sienne pour la France des toros. Le coeur d'Esplá, torero irremplaçable.

Florent

(Image de François Bruschet : le maestro Luis Francisco Esplá aux arènes de Céret, le 14 juillet 2008)