vendredi 5 février 2016

José Tomás Román, 27 years old

C'était le 19 septembre 2002. Au travers d'un communiqué de presse, José Tomás, 27 ans à ce moment-là, annonçait la fin de sa carrière. Une nouvelle qui surprit tout le monde, autant les journaux, comme en atteste cet article de Sud-Ouest, que les aficionados, supporters et détracteurs. Et d'un autre côté aussi, du pessimisme, beaucoup même, sur l'éventuel caractère définitif de cette décision.
José Tomás n'en était qu'à sa septième année en tant que matador d'alternative, et beaucoup pensaient qu'il déciderait d'en rester là, irrémédiablement, pour toujours. Peut-être en quête d'une autre vie, sans habits de lumières, José Tomás a tué le torero de 27 ans qu'il était, âge auquel disparaissent aussi les stars du rock.
Les mois et les années qui ont suivi cette décision ont alimenté beaucoup de questions et de polémiques. Ici, on croit le voir s'entraîner, et on pense à un retour certain. José Tomás reviendra bien, oui, mais seulement en 2007, cinq longues années après.

En 2016, cela fait neuf ans que José Tomás a effectué son grand retour. Et ce dimanche 31 janvier, il était à l'affiche des arènes de México, parvenant sur son seul nom à remplir les 45.000 places assises. Cela faisait des mois que l'on évoquait cette corrida. De France, d'Espagne et d'ailleurs, certains ont fait le déplacement (soit des milliers de kilomètres) juste pour le voir. Il faut dire que José Tomás s'est raréfié ces dernières saisons : trois courses en 2012, aucune en 2013, quatre en 2014, une seule en 2015. La rareté, et aussi l'envie pour celui qui ira le voir d'assister à un événement. Peu de place pour l'imprévu, on veut assister à quelque chose de grandiose coûte que coûte.
Beaucoup de choses se sont passées depuis son retour en 2007, mais il y a toujours cette question qui plane et hante les esprits : pourquoi s'être retiré ainsi du jour au lendemain à la fin de l'été 2002 ? Chaque aficionado qui va voir José Tomás tente de comprendre et aimerait rattraper le temps perdu.
D'ailleurs, quel que soit le résultat de la corrida du 31 janvier à México, cela ne change absolument rien. Sauf peut-être le compte en banque de ce torero (on parle là en millions d'euros) si mystérieux, et qui semble pourtant mener une vie relativement normale. José Tomás n'est pas un flambeur, il vit hors de tout cercle mondain, loin des paparazzis et des photos de soirées huppées.

Ses longues années de retrait, et ses rares apparitions par les temps qui courent, font de José Tomás un objet convoité. D'ailleurs, beaucoup l'appellent vulgairement par ses initiales, "JT", comme si ce n'était qu'un produit, un truc que l'on s'arracherait à tout prix. C'est une arme à double tranchant, car José Tomás attire d'une part un public snob par effet de mode, qui pense que la corrida n'est valable qu'au travers de ce torero ; et d'autre part, celui-ci a également permis à des gens de s'intéresser à la corrida, et de se rendre plus fréquemment aux arènes. Entre les deux catégories, il y a des aficionados de plus ou moins longue date, et qui ne manqueraient pas une seule de ses sorties.
Les arènes affichent toujours complet, ou peu s'en faut, depuis 2007. Mais il y a quand même quelque chose d'énervant chez José Tomás. Ce choix d'une carrière millimétrée, choisir les toros, ceux qui partagent l'affiche, éviter la concurrence, trier les arènes, refuser toute interview, prendre des cachets astronomiques, s'entraîner à portes fermées dans les arènes quelques jours avant la corrida.

Dimanche à México, toutes proportions gardées, les réactions et commentaires étaient similaires à celles du seul contre six d'Iván Fandiño l'an passé à Madrid. En points communs, beaucoup d'attente, et une certaine déception au final. C'est pourtant ce qu'était José Tomás avant sa première retraite. Septembre 1997 à Arles, un costume très pâle, des toros d'Ana Romero et Sepúlveda, José Tomás était là sans l'être en fait, comme absent, écoutant les broncas. Comme à Madrid aussi en 2001, quand résigné, il se plaça en contre-piste pour accepter l'échec et les trois avis, face à un toro d'Adolfo Martín. A son retour en 2007, chaque arène joua à "guichets fermés" quand il était à l'affiche. Tout le monde voulait rattraper les années de disette. Quelque part, c'est son retrait de 2002 qui entretient tout ce qui arrive ensuite.

On découvre une image un peu nouvelle. Il est à un très bon niveau à Dax en 2007, arène dans laquelle il avait toréé pour la dernière fois en France. Il retrouve aussi Barcelone, qui est d'ailleurs l'arène de sa réapparition. L'engouement à chaque passage à Barcelone est tel que les 20.000 places trouvent toujours preneurs. Mais cela ne sera malheureusement pas suffisant pour empêcher la fin des corridas à la Monumental (et en Catalogne), arène que lui seul pouvait encore remplir.
Avec José Tomás, on a l'image d'un torero d'une autre époque, car il est aussi celui qui refuse les caméras de télévision. Pour le voir en direct, il faut se déplacer. On dit toujours de lui qu'il est celui qui foule les terrains inconnus, torée en silence, et qui parfois s'en contrefout de se laisser soulever par ses adversaires. On garde l'image de ses deux corridas hors feria à Madrid en juin 2008, et notamment de celle du 15 juin, où il finira triomphant mais meurtri.
Début 2010, un dimanche de printemps, au moment de se réveiller, les aficionados d'Europe apprennent qu'il est entre la vie et la mort, après un gravissime coup de corne à la fémorale, reçu à Aguascalientes. José Tomás survit, et récupère longuement. Après son seul contre six de 2012 à Nîmes, l'organisateur Simon Casas écrira même un bouquin sur cette seule corrida.
Il n'empêche que l'on a toujours, aujourd'hui, l'image d'une carrière incomplète. Cinq longues années manquent encore. Et si le vrai de vrai datait en fait d'avant septembre 2002 ? Cela, seul José Tomás pourrait le dire.

Dimanche dernier, aucun orchestre dans les arènes de México n'a joué l'air des "Golondrinas", musique mélancolique qui symbolise des adieux. Et puis il y a tout de même, pour les partisans de José Tomás, l'espoir de le revoir encore une fois, au moins un jour, car il ne voudrait pas en rester là.

Florent

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