vendredi 25 mars 2016

Maravilha de Portugal

Il était quand même devenu assez rare de voir par ici des toros portugais annoncés sur une affiche. Mais si l'on en croit le calendrier 2016, il devrait y en avoir un peu plus qu'à l'accoutumée. De tous les pays taurins existants, le Portugal est peut-être le plus particulier d'entre eux. Là-bas, de nombreux élevages cultivent avec fierté des toros largement armés, solides et puissants. Pourtant, s'ils viennent à être combattus dans leur pays, cela n'aura rien de comparable avec les corridas de France et d'Espagne. Impossible d'admirer leurs cornes, dissimulées sous des cuirs en vue de l'affrontement avec les forcados. Aussi, au Portugal, ces toros-là ne livreront pas leur dernier souffle en piste, mais un peu plus tard, dans la pénombre de l'abattoir. Puisque la loi portugaise interdit les corridas avec mise à mort.
La corrida portugaise, quelque chose de spécial là-encore, une corrida segmentée. D'un côté, les rejoneadores, ou cavaleiros, qui esquivent les toros et posent successivement farpas et banderilles. Montés à cheval et vêtus de tenues élaborées, ils sont en quelque sorte les CSP+ de cette corrida-là.
Puis, vient le tour des forcados à la fin de chaque combat. C'est le populo cette fois, des hommes humbles, qui arrêtent à mains nues tout ce que le Portugal comporte en toros rugueux. Si l'on est surtout amateur de corrida à pied, telle qu'elle se pratique en France et en Espagne, c'est peut-être la prestation des forcados qui intrigue et fascine le plus. Les forcados ne redoutent pas de se prendre en pleine face des toros de 550, 600 voire parfois 650 kilos afin de stopper leur course. C'est le but du jeu. Même pas peur du traumatisme crânien ou de la commotion cérébrale. Les forcados : une prestation collective, un esprit d'équipe, et une solidarité linéaire, à la file indienne. Un truc vraiment couillu, presque inconscient, pour bien peu d'argent en jeu au final. A voir tout de même au moins une fois !

La disparition de Fernando Palha le mois dernier nous a fait repenser à tout cet univers des toros portugais. Dans les grandes arènes de France et d'Espagne, parfois, quand défilent les vedettes sur le sable de l'arène, on peut vivre un après-midi ruiné. On se demande si les toros en piste sont d'un gabarit et d'une présentation acceptables. Le seul fait de se poser la question donne des doutes.
Avec les toros portugais, en revanche, les doutes se dissipent très rapidement. La raison, une tradition de toros forts et imposants. Pendant de longues années, ce sont les Palha de Folque de Mendoça qui ont été les plus vus en France. Parfois même au point de faire écran sur les autres, car pendant une bonne période, ce fut quasiment le seul élevage portugais sollicité en France.
Mais le Portugal ne se résume pas aux Palha de Folque de Mendoça, même s'il faut leur reconnaître des sorties grandioses. Le Portugal, c'est aussi tout un tas d'élevages d'origine Pinto Barreiros, Comte de la Corte, etc... Ce sont les Coïmbras de Céret, qui ont laissé un souvenir vif. Les Murteira Grave aussi, qui reviendront très bientôt, et ont laissé un historique assez fourni. Et puis, il y a également des élevages bien plus exotiques et dont la présence relevait du pari : Vaz Monteiro, Irmãos Dias, Vale do Sorraia. Le Portugal des toros semble à la fois vaste et très intéressant à découvrir. Ne serait-ce que tous ces noms qui chantent lorsqu'on les écoute.

Et puis des souvenirs. Un souvenir. L'été 2012, le 21 juillet à Orthez. Des toros de Veiga Teixeira pour Fernando Robleño, Paulita et Serafín Marín. Le premier des six de Veiga Teixeira, "Passionarito", numéro 319, avait mis une éternité à quitter le toril. Au point que l'on commençait sérieusement à devenir impatient. Enfin, "Passionarito" est sorti après de longues minutes, destiné à Fernando Robleño, torero aguerri et courageux. De son entrée en piste jusqu'à son dernier souffle, "Passionarito" représentait ce que le Portugal peut posséder de plus beau en matière de toros de combat. Une combativité et une puissance exceptionnelles à la pique, de la fougue, une caste vive. Et le plaisir d'admirer au travers de ce toro châtain une extraordinaire présentation. Un toro venu se battre, et vendre chèrement sa peau. Une merveille. Car telle est la définition du toro de combat.

Florent

(Image de Campos y Ruedos : "Passionarito", numéro 319 de Veiga Teixeira, le 21 juillet 2012 à Orthez)

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