mercredi 30 mars 2016

Ramírez leur tend une perche

Avec ses 740 habitants d'après les recensements, Aignan est la plus petite commune de France à célébrer des corridas de toros. Dimanche, j'ai pensé à mon ami David d'Argelès ("sur-mer", et c'est important !) qui dit souvent que la corrida entretient un rapport privilégié avec la ruralité. A Aignan, le cadre rural était parfait, belle journée de printemps, ce Gers vallonné, ces manteaux enlevés, et ces Pyrénées encore enneigées que l'on pouvait regarder au loin.
Pour la corrida de l'après-midi, c'était Sánchez Vara le chef de lidia. Il était accompagné de son fidèle subalterne Raúl Ramírez, celui qui saute à la perche dans un habit moutarde et noir. Il l'a fait face au premier toro, mais la mayonnaise n'a pas pris (pardon pour le jeu de mots à la con). Peut-être que face au quatrième, plus sérieux d'apparence, le public aurait été plus disposé à s'enthousiasmer de cette performance. Il n'empêche que ce saut, avec les siècles qu'il évoque et les ombres qu'il projette sur le sable, est toujours de très bel effet. Mais à bien regarder la prestation de Sánchez Vara, ce n'est probablement pas dans un futur proche qu'on le reverra dans le coin. Le toreo de Vara, qui parfois est sérieux et appliqué, semble dépourvu de toute inspiration. Il laissa complètement inédit le quatrième toro, le superbe "Hortezuelo", numéro 46, qui avait fière allure sur les photos, et en piste également. Combatif à la pique, "Hortezuelo" avait encore plus éveillé notre curiosité. Mais Sánchez Vara fut très prudent face à cet adversaire exigeant. Silence et silence pour Sánchez Vara, l'indifférence d'un résultat qui en dit long.
Le lot de toros du Marqués de Albaserrada venu à Aignan était d'origine Pedrajas/Marqués de Domecq. A cause d'un débarquement mouvementé, seulement cinq d'entre eux purent être combattus le jour de la corrida. Et les cornes du premier d'entre eux, "Hermético", numéro 32, très astillées, étaient des stigmates de l'arrivée aux corrales. Plus tard, les autres toros ont dissipé toute forme de doute, puisqu'ils étaient largement et bien armés.
Dans une arène de village, quand surviennent des accidents de ce type, la gestion du problème est délicate. En deuxième position, c'est donc un toro de Camino de Santiago (propriété de Jean-Louis Darré) qui a été combattu par Alberto Lamelas. Bien Lamelas, mais quand même moins bien quand d'autres occasions. Ce torero doit à tout prix faire des efforts dans la lidia, et surtout au moment de maîtriser ses adversaires pendant le tiers de piques. Il fit toutefois preuve, comme toujours, d'une grande abnégation. Tout d'abord face au toro de Darré, noble, juste de forces, et vite éteint en partie à cause de la lidia, puis face au cinquième, "Diurno", un Albaserrada arrêté avec lequel il fut très patient, prenant le temps de bien faire les choses. A droite comme à gauche, Alberto Lamelas avança les fémorales sans aucun problème, et aurait pu repartir avec un autre trophée s'il avait été plus efficace avec les aciers.

A 20 heures, la corrida venait de se terminer. Devant la porte de l'infirmerie, la cuadrilla du vénézuélien César Valencia attendait, contente de la prestation de ce dernier, et détendue parce qu'il n'y avait pas de grave blessure à déplorer. "Seulement" un petit coup de corne interne à la cuisse droite, qui avait déjà envoyé Valencia aux soins pendant près d'une heure après le combat du troisième toro. Parmi les membres de la cuadrilla, il y avait Pedro Cebadera, le banderillero chauve, que l'on voit depuis de longues années dans plein d'arènes, accompagnant matadors et novilleros. Il y a une dizaine d'années à Alès, alors aux ordres de Javier Valverde, il avait reçu un sérieux coup de corne. Avant que César Valencia ne sorte de l'infirmerie, Cebadera expliquait que le jeune torero n'avait aucun autre contrat pour cette année. Puis Valencia est sorti de là, avec un pyjama bleu d'hôpital, tandis que son habit violet et or, celui de Céret et Orthez 2015, avait bien morflé. Il y a chez César Valencia une détermination extraordinaire, et un courage tel qu'il ferait déjouer tous les pronostics le voyant perdant à cause d'une technique qui est encore à parfaire. L'estocade face au troisième, "Granero", était splendide d'engagement, de sincérité, et lui coûta un accrochage contre les planches, ainsi que ce coup de corne à la cuisse. Enfin, le sixième toro, "Esclavo", numéro 26, aura été le plus intéressant de la corrida. Face à ce toro brave surtout à la première de ses trois piques, encasté et aux charges vibrantes, César Valencia a commencé en plein centre de l'arène, avec des cites de loin. De la main gauche, cette tauromachie d'intentions, d'imperfections et aussi d'erreurs lui valut un vertigineux accrochage. Mais peu importe, car le vénézuélien retourna immédiatement affronter "Esclavo", et chercher un triomphe mérité. On pouvait discuter du tour de piste accordé au très intéressant toro d'Albaserrada. Concernant César Valencia, sa faim de toros, sa fraîcheur, et son esprit encore "novillero" (il n'a que vingt ans) ont confirmé ses sorties de 2015. Mais il ne faut pas oublier que derrière ce caractère novillero, Valencia est déjà matador, et que beaucoup d'entre nous aimeraient le revoir à l'oeuvre.

Florent 

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